GB: Un syndicaliste demande à un ex-ministre d’origine juive de « compter son or »
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GB: Un syndicaliste demande à un ex-ministre d’origine juive de « compter son or »

Le chef du syndicat Unite the Union s'est plus tard excusé pour ses propos jugés antisémites, qui ont entraîné des critiques sur la haine anti-juive au sein du Labour

Le secrétaire-général d'Unite the Union Len McCluskey lors d'une manifestation à Londres, le 6 mars 2019. (Crédit : AP Photo/Frank Augstein)
Le secrétaire-général d'Unite the Union Len McCluskey lors d'une manifestation à Londres, le 6 mars 2019. (Crédit : AP Photo/Frank Augstein)

Le chef du plus important syndicat du Royaume-Uni et d’Irlande et proche de l’ex-leader du parti Travailliste Jeremy Corbyn, a demandé à un ex-ministre britannique d’origine juive d’aller « compter son or » – des propos qui ont été largement considérés comme antisémites.

Le Labour, sous la direction de Corbyn, avait été constamment mis en cause pour l’antisémitisme qui émanait de ses rangs et les propos de Len McCluskey ont été fustigés par les leaders politiques juifs.

Dans un entretien accordé à la BBC, lundi soir, Len McCluskey, secrétaire-général du syndicat Unite the Union, évoquait la nouvelle direction du Labour placé sous l’autorité de Keir Starmer depuis avril.

McCluskey était interrogé au sujet de Peter Mandelson, ex-ministre Travailliste ayant siégé dans le gouvernement de Tony Blair qui avait salué l’arrivée de Starmer à la barre du Labour. Le père de Mandelson était Juif et son grand-père avait fondé la Harrow United Synagogue, selon l’édition britannique du Jewish Chronicle.

« J’ai envie de suggérer à Peter de s’enfermer dans une pièce pour y compter son or et de ne pas s’inquiéter de ce qu’il se passe au sein du parti du Labour. Laissons cela à ceux qui, parmi nous, nous intéressons aux travailleurs ordinaires », avait-il riposté.

« Avant que les choses ne dégénèrent, je veux vous dire que le langage est important et que je présente mes excuses à Peter Mandelson et à tous ceux que le langage que j’ai utilisé a heurté », a-t-il ensuite écrit sur Twitter.

Unite the Union, généralement désigné sous le nom de « Unite », serait le plus grand syndicat du Royaume-Uni et de l’Irlande, comptant environ 1,4 million de membres.

Les personnalités politiques juives au Royaume-Uni ont dénoncé les propos de McCluskey.

Le groupe Labour Against Antisemitism a déclaré dans un communiqué qu’il « n’est guère surprenant, mais pourtant toujours aussi choquant, d’entendre l’un des plus hauts-responsables du mouvement syndical britannique exprimer un point de vue d’une telle toxicité ».

Mike Katz, dirigeant du Jewish Labour Movement au Royaume-Uni, a indiqué pour sa part avoir eu « la nausée » en entendant ces paroles.

« Mais je suppose qu’il sait mieux que les autres ce qui est antisémite. Tout comme il a assurément une meilleure expérience que Mandelson en termes de victoire aux élections générales », a-t-il dit, sarcastique.

Le parti Travailliste, sous l’autorité de Corbyn, avait connu une défaite écrasante lors du scrutin du mois de décembre 2019.

Peter Mandelson, politicien Travailliste britannique, lors d’un service de commémoration de l’ex-leader des Libéraux-Démocrates Lord Paddy Ashdown à l’Abbaye de Westminster à Londres, le 10 septembre 2019. (Crédit : AP Photo/Kirsty Wigglesworth)

Margaret Hodge, députée juive du Labour, a estimé que « l’ignorance avec laquelle ces tropes sont utilisés par McCluskey et d’autres montrent combien l’antisémitisme est généralisé et incontestable à l’extrême-gauche ».

Euan Philipps, porte-parole du groupe Labour Against Antisemitism, a déclaré que « quand Len a suggéré à Peter Mandelson (qui est d’origine juive) de ‘compter son or’, il a de toute évidence exploité un trope antisémite sur la richesse présumée des Juifs. C’est grossier ».

Marie van der Zyl, à la tête de l’organisation Board of Deputies des Juifs britanniques, a indiqué être « très inquiète de ce que le leader de l’un des syndicats les plus puissants de ce pays puisse passer à la télévision et reprendre un trope antisémite qui remonte au Moyen-Age ».

« C’est la démonstration de la profondeur de l’enracinement du langage antisémite parmi ceux qui vont indubitablement se dépeindre comme étant des anti-racistes », a-t-elle ajouté.

Unite, de son côté, a affirmé ne pas considérer les propos tenus par son secrétaire-général comme porteurs de haine anti-juive.

« Le sens de la déclaration faite par McCluskey, c’est sa conviction qu’au cours des dernières années, Mandelson a témoigné plus d’intérêt à l’idée d’augmenter encore sa propre richesse qu’au combat pour la justice sociale au nom de la classe ouvrière », a indiqué Unite dans un communiqué, selon les médias du Royaume-Uni. « La seule suggestion que ces propos puissent être antisémites est ridicule ».

Corbyn avait démissionné de son poste de numéro un du Labour après sa défaite aux élections du mois de décembre 2019.

Après avoir pris les rênes du parti, Starmer avait présenté ses excuses à la communauté juive pour l’antisémitisme entachant les rangs du Labour, qu’il avait qualifié de « souillure » et promis d’éradiquer.

« Nous devons faire face à l’avenir avec honnêteté », avait-il ajouté. « Au nom du parti Travailliste, je suis désolé… J’ai vu la douleur que l’antisémitisme a entraîné dans un si grand nombre de communautés juives ».

Son épouse, Victoria Alexander, est d’origine juive et elle a de la famille qui vit à Tel Aviv.

Starmer avait déclaré au Jewish Chronicle que « si la définition de ‘sioniste’, c’est croire en l’Etat d’Israël alors oui, je suis sioniste ».

Les groupes juifs avaient accusé Corbyn d’avoir permis à l’antisémitisme de se développer massivement dans les rangs d’un parti qui était considéré, dans le passé, comme le foyer naturel de la communauté juive britannique. Des milliers de cas de discours de haine antijuive présumés avaient été signalés au sein du Labour depuis l’élection de Corbyn à sa tête.

Le leader du parti du Labour britannique, Jeremy Corbyn, à gauche, donne un verre d’eau au secrétaire d’Etat au Brexit du cabinet fantôme, Keir Starmer, lors d’un événement de campagne sur le Brexit à Harlow, en Angleterre, le 5 novembre 2019 (Crédit : AP Photo/Matt Dunham)

Les Juifs britanniques avaient déserté le parti en foule, croyant que le Labour était devenu institutionnellement antisémite sous l’autorité de Corbyn – un politicien pro-palestinien qui avait pris les rênes de la formation en 2015 et qui était lui-même largement accusé d’antisémitisme, ce qu’il a toujours nié.

Un grand nombre des craintes des Juifs britanniques avaient été alimentées par des révélations sur le passé de Corbyn – des informations qui avaient été rendues publiques après son arrivée à la tête du parti. Ainsi, il avait été révélé que le politicien avait qualifié « d’amis » le Hamas et le Hezbollah, qu’il avait défendu une fresque antisémite dans l’est de Londres et qu’il avait semblé prompt, au cours de sa carrière, à se rapprocher d’antisémites, terroristes et autres négationnistes de la Shoah présumés.

Corbyn, pour sa part, avait affirmé voir pris en charge le problème de l’antisémitisme au sein du Labour de manière appropriée.

Starmer a été salué pour avoir tenté de ramener au sein du parti les Juifs qui avaient déserté ses rangs en grand nombre, là où Corbyn avait détourné le regard face à une haine anti-juive devenue endémique.

En 2017, McCluskey avait rejeté les accusations d’antisémitisme au sein du Labour en évoquant un complot visant à renverser Corbyn.

« Je pense qu’on fait jouer une musique d’ambiance qui a été composée par des personnes qui veulent nuire à Jeremy Corbyn », avait-il dit à ce moment-là.

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