GB : Visages et témoignages de 101 survivants de la Shoah
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GB : Visages et témoignages de 101 survivants de la Shoah

“Portraits for Posterity: Photographs of Holocaust Survivors in Great Britain” est né d’une simple séance-photo avant de devenir une exposition puis un livre

Les survivants de la Shoah qui figurent dans le livre de Matt Writtle, Portraits for Posterity. (Autorisation : Matt Writtle, via Jewish News)
Les survivants de la Shoah qui figurent dans le livre de Matt Writtle, Portraits for Posterity. (Autorisation : Matt Writtle, via Jewish News)

LONDRES (Jewish News) – Si les images valent mille mots, alors les portraits époustouflants de survivants de la Shoah de Matt Writtle doivent remplir une bibliothèque entière.

Pendant plus de deux ans, Writtle, accompagné par le conservateur Jan Marsh et le chef de projet Jacki Reason, a parcouru le Royaume-Uni pour photographier et recueillir les témoignages de 101 survivants des atrocités nazies.

Trente des photographies ont d’abord été exposées à l’Hôtel de Ville en 2007 et à présent, plus d’une décennie plus tard, Writtle a réuni la collection dans un nouveau livre, Portraits for Posterity.

Dans l’avant-propos, le chef de projet Reason explique que l’idée est née après avoir réalisé, lors de sa première visite de l’exposition sur la Shoah à l’Imperial War Museum, que l’un des témoignages vidéo montrait un visage familier.

« C’était Roman Halter, que je rencontrais tous les jours à la piscine, et qui habitait à cinq minutes de là », a raconté Reason.

À droite: Matt Writtle, auteur de “Portraits for Posterity”. (Autorisation : Matt Writtle, via Jewish News)

Une autre nageuse, Marsh, qui travaillait à la National Portrait Gallery, a suggéré de faire le portrait de Halter, et il ne fallut pas longtemps avant que Reason ne fasse appel à son voisin, Writtle, un photographe indépendant pour The Times.

Lorsqu’ils ont proposé le projet à Halter, il a répondu : « Oui, mais pourquoi seulement moi ? » C’est parti de là : il a présenté le groupe à sa femme Susie, une survivante elle-même, et les a mis en contact avec le Holocaust Survivors’ Center et la ‘45 Aid Society.

D’un portrait et témoignage, ils sont rapidement passés à 30, puis à 100 – « et un dernier pour la chance », écrit Marsh.

Ils ont voyagé de Londres à Manchester, en passant par Leeds et Hove, et les portraits ont été exposés à travers le pays, de Cornwall à Liverpool.

Les portraits ont eu un impact. Au vu de leur dimension grandeur nature de 50×40 cm, les visiteurs se retrouvaient à regarder dans les yeux les visages de plus de 100 hommes et femmes qui avaient été témoins de la barbarie du régime nazi et, surtout, y avaient survécu.

Mais malgré le succès des expositions, Writtle a toujours estimé que la collection serait « parfaite dans un livre, comme mémorial permanent », non seulement pour préserver leur histoire pour les générations futures, mais aussi pour la rendre plus accessible au grand public.

« Les raisons qui motivent ce projet sont évidentes, ce livre est là pour rappeler à tous, surtout de nos jours, de regarder et comprendre ce que ces personnes ont dû endurer », explique Writtle.

« C’est ce que des êtres humains ont fait à d’autres êtres humains. Compte tenu du nationalisme et du protectionnisme qui existent actuellement, il n’est pas exagérer de penser qu’une telle chose pourrait se reproduire », dit-il.

Dès le départ, Writtle a voulu raconter les histoires des survivants à travers la puissance de l’objectif et a suggéré que les portraits identifient les contributions des survivants à la société britannique. Mais après en avoir discuté avec Halter, il a réalisé qu‘une approche beaucoup plus simple permettrait un message plus puissant.

Il explique : « J’ai choisi le noir pour symboliser l’horreur de la Shoah et j’ai utilisé la lumière comme symbole de leur survie. »

Lili Pohlmann aujourd’hui, et à droite avec sa mère en 1954. (Autorisation : Lili Pohlmann, via Jewish News)

Il utilise une pellicule et d’un appareil photo moyen format, fixe une seule lumière frontale au-dessus de l’épaule de son sujet, et trois réflecteurs pour encadrer l’objectif de son appareil photo. Le résultat est que le survivant photographié ne peut voir ni le photographe ni son assistant pendant le cliché, ce qui lui a permis de capturer même le plus bref instant de contemplation.

« Vous les voyez commencer à entrer dans leur propre esprit, à se perdre dans leurs pensées – c’est à ce moment-là que je prends la photo », ajoute Writtle.

La plupart des survivants restaient silencieux tout au long de la séance photo, se préparant à parler de leur expérience après coup.

« Mais il y a des fois où les survivants parlaient et à ce moment-là il y avait des larmes derrière la caméra », révèle Writtle. « Je n’arrive toujours pas à concevoir que des gens aient pu faire ça à d’autres gens. »

Thomas Konrad aujourd’hui, et à droite en 1949 (Autorisation : Thomas Konrad, via Jewish News)

L’histoire d’une survivante, Eva Clarke, continue d’obséder Writtle. « Je me souviens, quand elle est entrée j’ai remarqué qu’elle n’avait pas l’air assez âgée pour être une survivante », raconte-t-il. « Elle m’a regardé et a dit : ‘C’est drôle que vous disiez ça. Je vais vous raconter mon histoire dans un instant’. »

« Je me suis assis et j’ai écouté son histoire. Sa mère ne pesait que 38 kilos et se trouvait à l’arrière d’une charrette qui montait à la chambre à gaz, lorsque les Alliés ont commencé à bombarder. Elle a perdu les eaux et a dû accoucher à l’arrière de cette charrette, en silence, toute seule, pendant que d’autres prisonniers tentaient de la dissimuler. Si elle avait été découverte, les gardiens les auraient abattus, elle et son bébé.

Portraits for Posterity, de Matt Writtle. (Autorisation : Matt Writtle, via Jewish News)

« Il y a tellement d’histoires horribles, mais celle-ci m’a vraiment marqué », dit Writtle.

Ayant eu le privilège de rencontrer tant de survivants, Writtle reconnaît qu’ils font preuve d’un « stoïcisme particulier ».

« Lorsque vous les rencontrez, ils pourraient être votre grand-mère, un membre de votre famille, quelqu’un comme vous et moi – et c’est ce qui est vraiment puissant selon moi, car cela montre que la Shoah peut arriver à n’importe qui », dit-il. « Mais en même temps, il ne fait aucun doute que ce sont des êtres humains impressionnants, car ils ont vécu l’horrible et ont pu continuer à vivre. »

Portraits for Posterity: Photographs of Holocaust Survivors in Great Britain de Matt Writtle est désormais disponible sur le site Web de Writtle.

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