‘Golem  ! Avatars d’une légende d’argile’ au MAHJ
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‘Golem  ! Avatars d’une légende d’argile’ au MAHJ

Une exposition explore les visages multiples du Golem permettant d’aborder toutes les significations du mythe et ses évolutions dans le monde contemporain

Un parcours qui montre que le mythe du Golem ne cesse de fasciner les mondes juif, spirituel, culturel et politique (Crédit : mahJ)
Un parcours qui montre que le mythe du Golem ne cesse de fasciner les mondes juif, spirituel, culturel et politique (Crédit : mahJ)

De la figure inquiétante de la tradition juive aux jouets, le mythe du Golem n’a jamais cessé de fasciner les consciences. À la veille des vacances et des congés estivaux, visiter l’exposition qui lui est consacrée jusqu’au 16 juillet 2017 au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (sis 71 rue du Temple, à Paris dans le IIIe) ravira et fascinera toutes les générations. Car le passé, le présent et le futur du Golem sont évoqués dans des domaines divers à travers un parcours mêlant peinture, dessin, photographie, théâtre, cinéma, littérature, bande dessinée et même jeu vidéo.

Mais qu’est-ce donc qu’un golem ? À cette question si simple, une réponse compliquée s’oppose, car cette figure issue d’une légende juive d’Europe centrale a pris des tours différents, s’enracinant dans la mystique juive médiévale, se popularisant dans la littérature, la bande dessinée et le cinéma et se réinventant dans les jeux vidéo. Être d’argile animé à l’aide de lettres sacrées, le Golem est l’une des figures juives les plus populaires. Celui que l’on a coutume de représenter sous les traits d’un géant aux pouvoirs surhumains n’a cessé de fasciner et d’endosser de multiples significations au fil du temps.

Comme le précise Paul Salmona, directeur du musée, s’amusant de la présence du golem dans ses lieux : « Mais que vient faire au mahJ cette créature issue de la glèbe de Bohême ? Créé par Rabbi Yehuda Loew, le Golem — entité bénéfique dont on perd le contrôle — est à l’image des excès du machinisme et de l’emprise de l’homme sur la nature.

Rarement, un mythe médiéval aura été aussi fécond pour penser le pouvoir créateur et les facultés destructrices de l’homme. Il a abondamment inspiré la littérature et les arts plastiques, mais aussi le cinéma et la bande dessinée, tandis que les chercheurs s’y réfèrent sans cesse. Le mahJ consacre ainsi une exposition aux avatars du Golem, du Moyen Âge à nos jours, des sources cabalistiques aux productions hollywoodiennes ».

Ce grand écart qu’illustre cette exposition entre les différentes représentations du golem suscitera l’intérêt familial de 3 à 120 ans et interpelle. Car du mythe aux réalisations, il ne faudra pas omettre que cette créature monstrueuse et protectrice est déjà mentionnée dans les Sources de la tradition juive.

Catalogue d’exposition : « Golem, Avatars d’une légende d’argile », Ada Ackerman (sous la direction de), 2017, 184 pages, 100 illustrations, coédition mahJ — Hazan, 32 € (Crédit : mahJ)
Catalogue d’exposition : « Golem, Avatars d’une légende d’argile », Ada Ackerman (sous la direction de), 2017, 184 pages, 100 illustrations, coédition mahJ — Hazan, 32 € (Crédit : mahJ)

Le mot apparaît en effet dans le Livre des Psaumes 139 pour qualifier une masse informe. Adam serait-il le premier golem ?

Selon la Genèse, l’homme originel a été créé par Dieu lors du sixième jour de la Création à partir de la poussière de la terre qu’il façonna à son image, avant de l’animer de son souffle. « Dieu créa Adam à Son image, à l’image de Dieu Il le créa, mâle et femelle Il les créa » dit la Torah.

Ada Ackerman, commissaire de l’exposition, l’explique : « Il apparaît dans la Bible au moment où un locuteur qu’on suppose être Adam s’adresse à Dieu en évoquant son état de “masse informe”. C’est essentiel puisque, d’emblée, quand on parle de golem, on trouve en filigrane la création de l’homme par Dieu. Donc, créer un golem, c’est imiter Dieu créant l’homme. Et par ailleurs avec cette idée de masse informe, d’ébauche, on est transposé d’emblée dans le domaine de la création artistique avec une forme que l’on doit parachever ».

Un parcours qui montre que le mythe du Golem ne cesse de fasciner les mondes juif, spirituel, culturel et politique (Crédit : mahJ)
Un parcours qui montre que le mythe du Golem ne cesse de fasciner le mondes juif, spirituel, culturel et politique (Crédit : mahJ)

Selon les circonstances et les époques, ce mot hébreu de golem s’est traduit par « masse informe », mais aussi par « embryon », « chrysalide », « sot », « rustre », « personne crédule », « personne dénuée de tact », « robot », « leurre à forme humaine ».

Au Moyen Âge puis à la Renaissance, cet être artificiel connu des seuls mystiques a été créé, selon la tradition juive, de toutes pièces à forme humaine par des sages initiés et persévérants qui avaient eu le pouvoir de l’animer à l’aide de différents rituels magiques liés aux lettres hébraïques.

L’intérêt des talmudistes médiévaux pour cette figure renvoie à sa proximité avec Dieu, car seul un homme sage, un Tsaddik [un juste], peut fabriquer un golem selon des contraintes extrêmement précises qui ne sont pas l’apanage d’une majorité d’érudits.

Depuis le XIXe siècle, le Golem est devenu une image populaire : une créature destinée à soulager la communauté juive de travaux pénibles et à la protéger des persécutions. Ces significations sont multiples, car il peut être aussi bien un monstre sympathique qui parle aux enfants qu’un être effrayant et inquiétant dans des films d’épouvantes.

Un livret-jeu dont voici la jaquette, destiné aux enfants à partir de l’âge 5 ans, est disponible gratuitement sur demande en billetterie pour accompagner de manière ludique le parcours (Crédit : mahJ)
Un livret-jeu dont voici la jaquette, destiné aux enfants à partir de l’âge 5 ans, est disponible gratuitement sur demande en billetterie pour accompagner de manière ludique le parcours (Crédit : mahJ)

Avec 136 œuvres provenant de 28 institutions et prêteurs privés, cette exposition montre comment cette légende juive médiévale opère encore aujourd’hui dans un imaginaire mondialisé de la présentation d’un remarquable Sefer Yetsirah (« Livre de la Création ») imprimé à Mantoue en 1612 à la projection d’extraits de Terminator 2, en passant par des œuvres de Boris Aronson, Christian Boltanski, Gérard Garouste, Antony Gormley, Philip Guston, Amos Gitaï, R.B. Kitaj ou Anselm Kiefer, l’exposition. Précurseur des super-héros et des avatars numériques, le Golem est aussi une figure qui permet de penser un monde inquiétant ou l’homme pourrait perdre le contrôle sur ses inventions.

Cette complexité est évoquée au mahJ dans cette exposition thématique, reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture, et prolongée par la parution du catalogue qui l’enrichit.

En outre, un livret-jeu destiné aux enfants à partir de l’âge de 5 ans est disponible gratuitement sur demande en billetterie pour accompagner de manière ludique le parcours de l’exposition. Il permet aux plus jeunes de comprendre les multiples visages du Golem et de lui redonner vie au travers d’un jeu lié à sa visite.

Pour rester dans les représentations du golem, la galerie Szapirosituée à côté du mahJ expose aussi ses Golems dans le cadre d’une exposition temporaire intitulée « Variations sur Franz Kafka » de l’artiste Sergio Birga.

Et le Golem n’en finit pas de faire couler beaucoup d’encre, au sens littéral, puisqu’à la rentrée, ce sera Éliette Abécassis, accompagnée de Bernard Lacombe, deux grands noms du roman et de l’illustration, qui revisiteront la légende dans un roman pour enfant. Un titre qui paraîtra chez Flammarion : L’ombre du Golem. La légende continue de faire parler d’elle…

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