Grand rabbin de Russie : les liens avec Israël n’ont jamais été si étroits
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Entretien

Grand rabbin de Russie : les liens avec Israël n’ont jamais été si étroits

Moscou et Jérusalem sont tous deux “snobés” par le monde et se sont finalement trouvés, mais il y a des risques, prévient Berel Lazar

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président russe Vladimir Poutine, à gauche, et le grand rabbin de Russie Berel Lazar, en mars 2005. (Crédit : Kremlin/JTA)
Le président russe Vladimir Poutine, à gauche, et le grand rabbin de Russie Berel Lazar, en mars 2005. (Crédit : Kremlin/JTA)

MOSCOU – Les relations israélo-russes atteignent des niveaux sans précédent, a déclaré mardi le grand rabbin de Russie, qui pense que les pays améliorent rapidement leur relation parce qu’ils sont chacun « snobés » par la communauté internationale.

« Il n’y a jamais eu de moment où les liens ont été si étroits, a déclaré le rabbin Berel Lazar au Times of Israël. Il n’y a aucun doute si vous ramenez les choses 40 ou 50 ans en arrière, et même 25 ans en arrière quand les relations ont commencé, c’était toujours très froid. Israël était tabou. Je me rappelle de ces moments, quand nous rêvions que le président russe se rende en Israël ; c’était quelque chose que tout le monde pensait impossible. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est rendu à Moscou cette semaine pour sa quatrième rencontre avec le président Vladimir Poutine en moins d’un an. Le dirigeant israélien a été reçu avec les honneurs officiels, un accueil qu’il a qualifié « d’exceptionnel ».

Lazar, qui est né en Italie, a reçu son ordination rabbinique aux Etats-Unis et est grand rabbin de Russie depuis 2000, devait rencontrer Netanyahu mercredi matin avec d’autres dirigeants de la communauté juive du pays.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara pendant une cérémonie d'hommage sur la tombe du soldat inconnu, dans le centre de Moscou, le 7 juin 2016. (Crédit : AFP PHOTO/POOL/Maxim Shipenkov)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara pendant une cérémonie d’hommage sur la tombe du soldat inconnu, dans le centre de Moscou, le 7 juin 2016. (Crédit : AFP PHOTO/POOL/Maxim Shipenkov)

L’amélioration des relations entre Moscou et Jérusalem peut, en partie, être attribuée à l’expérience commune du terrorisme mais aussi à des objectifs culturels et économiques partagés, a déclaré Lazar.

« C’est aussi parce qu’aujourd’hui la Russie est snobée par d’autres, et qu’Israël est plus ou moins dans la même situation, qu’ils se sont trouvés, a-t-il déclaré. Certains pays dans le monde aiment avoir le sentiment d’être les gendarmes du monde. Ils sont ceux qui disent à la Russie et à Israël ce qu’ils devraient faire. Je pense qu’il est temps que les dirigeants mondiaux s’assoient autour d’une table et comprennent que nous sommes tous égaux. Il ne devrait pas y avoir des standards différents pour des pays différents. Vous ne pouvez pas attendre plus d’Israël que d’un autre pays. »

Réputé proche de Poutine, Lazar, qui appartient au mouvement hassidique du Habad Loubavitch, est parfois critiqué car trop peu critique des politiques du Kremlin.

Alors que Moscou ne cherche pas à remplacer les Etats-Unis comme l’allié le plus important d’Israël, Netanyahu prend un « risque » en se rapprochant de Poutine, a supposé le grand rabbin.

« Israël a un message simple : nous ne mettons pas tous nos œufs dans le même panier. Nous ne nous fions pas seulement à l’Amérique. Il y a beaucoup d’autres pays dans le monde. La Russie est l’un d’eux, et nous allons construire une relation avec autant de pays que possible », a-t-il déclaré.

« Ces dernières années, Israël était bien plus proche des Etats-Unis que de la Russie, mais c’était quand l’Amérique écoutait plus Israël. Et aujourd’hui, alors que les Etats-Unis n’écoutent pas Israël et ne sont pas réalistes à propos des problèmes qu’Israël affronte, je pense qu’Israël a le droit de se tourner vers d’autres pays, de trouver plus d’amis et de soutiens, dont la Russie », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le président russe Vladimir Poutine à Moscou, le 7 juin 2016. (Crédit : Haim Zach / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le président russe Vladimir Poutine à Moscou, le 7 juin 2016. (Crédit : Haim Zach / GPO)

Certains pays ne seront pas ravis de voir Israël se rapprocher de la Russie, et par conséquent Netanyahu « prend un risque en venant ici » si régulièrement, a-t-il dit, ajoutant qu’il n’avait été à Washington qu’une fois l’année dernière.

« Cela montre vraiment au monde à quel point Israël est vu positivement en Russie aujourd’hui. Regardez la presse en Europe ; regardez la presse en Russie. Regardez l’antisémitisme en Europe ; regardez l’antisémitisme en Russie. Regardez comment le président [Poutine] est réellement impliqué dans ce qu’il se passe dans la communauté juive et comment dans d’autres endroits du monde, [les dirigeants] ne s’intéressent pas aux juifs. »

Malgré son éloge de Poutine, Lazar n’a pas nié que la Russie vote souvent contre Israël dans les forums internationaux et vend des armes aux ennemis d’Israël dans la région.

Cependant, il a affirmé que Moscou considérait la sécurité d’Israël comme « de la plus haute importance ».

« Après chaque rencontre qu’ils [Poutine et Netanyahu] ont eu dans le passé, le Premier ministre Netanyahu en est sorti et a dit ‘j’ai eu assez d’assurances, je n’ai rien de sérieux dont m’inquiéter ; nous sentons que la Russie comprend nos problèmes et coopère avec nous’ », a déclaré Lazar.

Contrairement aux Etats-Unis et à l’Europe, la Russie a des relations amicales avec certains états arabes et avec l’Iran, a déclaré le grand rabbin. « Et parfois grâce à ces relations, [les Russes] ont des leviers que d’autres pays n’ont pas. Ils sentent qu’il est important pour eux de maintenir un certain équilibre. »

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