Grèce : Une journaliste néerlandaise poursuivie pour avoir hébergé un réfugié
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Grèce : Une journaliste néerlandaise poursuivie pour avoir hébergé un réfugié

Ingeborg Beugel est passée en comparution immédiate devant le tribunal du Pirée, accusée d'avoir "facilité le séjour illégal" d'un étranger en situation irrégulière

La journaliste néerlandaise Ingeborg Beugel. (Crédit : Facebook)
La journaliste néerlandaise Ingeborg Beugel. (Crédit : Facebook)

Une journaliste néerlandaise est poursuivie en Grèce pour avoir accueilli chez elle un demandeur d’asile afghan, et encourt jusqu’à un an de prison et au moins 5 000 euros d’amende, a précisé mercredi à l’AFP son avocat.

Ingeborg Beugel, 61 ans, correspondante du magazine hollandais De Goene Amsterdammer, a été arrêtée le 13 juin sur l’île d’Hydra, où elle vit avec ses enfants une partie de l’année depuis 40 ans.

Le 13 juin, elle explique avoir été emmenée au poste de police sur l’île d’Hydra où elle a passé la nuit et être passée en comparution immédiate devant le tribunal du Pirée, accusée d’avoir « facilité le séjour illégal » d’un étranger en situation irrégulière.

« Ce genre de condamnation pour simple hébergement d’un migrant est très inhabituelle en Grèce », précise Vassilis Papadopoulos, son avocat.

« Un policier m’a dit que des insulaires en colère les avait contactés anonymement. C’est une façon de m’intimider, certains de mes reportages dérangent », confie à l’AFP Ingeborg Beugel.

Ayant alerté l’ambassade des Pays-Bas à Athènes, elle a rapidement été libérée et son procès a été reporté à l’automne.

Ingeborg Beugel héberge à Hydra depuis maintenant plus d’un an un demandeur d’asile afghan, Fridoon, 23 ans.

« La clause de la loi concerne la dissimulation d’une personne sans-papiers. Je n’ai jamais caché que Fridoon vivait avec moi », a déclaré Ingeborg Beugel à son employeur, l’hebdomadaire De Groene Amsterdammer.

Par ailleurs, Ingebord Beugel a précise à l’AFP que « Fridoon n’est pas en situation irrégulière ».

« En raison de la fermeture du service d’asile grec pendant des mois à cause de la COVID-19, lui et des dizaines de milliers d’autres demandeurs d’asile sont devenus involontairement « illégaux » car ils ne pouvaient pas respecter certains délais en raison du non fonctionnement des services d’asile », explique-t-elle.

Fridoon est arrivé à Lesbos en 2015, après avoir fui Kaboul où son père et son oncle ont été tués par les talibans, d’après le récit de la journaliste hollandaise.

Des enfants jouent à l’intérieur du nouveau camp de réfugiés de Kara Tepe à Mytilène, sur l’île grecque de Lesbos, le 29 mars 2021. (Crédit : ARIS MESSINIS / AFP)

D’après cette dernière, sa demande d’asile a déjà été rejetée deux fois mais en raison d’une mauvaise traduction de son histoire aux services d’asile. Il a donc été autorisé à se faire réenregistrer. Depuis octobre dernier, le jeune homme tentait d’avoir un rendez-vous avec les services d’asile via Skype pour régulariser sa situation.

En 2017, dans une affaire similaire, l’agriculteur français Cédric Herrou avait été condamné à quatre mois de prison et à 3 000 euros d’amende pour avoir hébergé des migrants en provenance d’Italie. Il avait finalement été acquitté en appel en 2020.

Le bureau du Premier ministre grec et le ministère des Migrations n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de l’AFP.

Le gouvernement grec conservateur du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis n’a cessé de durcir les lois migratoires depuis son arrivée au pouvoir en 2019.

Les organisations de défense des droits ont accusé à plusieurs reprises la Grèce d’avoir refoulé illégalement des demandeurs d’asile en Turquie, ce qu’Athènes nie vigoureusement.

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