Greenblatt : Jérusalem Est, une aspiration pour les Palestiniens, pas un droit
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Greenblatt : Jérusalem Est, une aspiration pour les Palestiniens, pas un droit

A l'ONU, l'envoyé de Trump a noté qu'Israël avait déjà "concédé 88 % du territoire" capturé par l'Etat juif au cours de la guerre défensive de 1967

Jason Greenblatt, représentant spécial de Donald Trump pour les négociations internationales, à Ramallah, en Cisjordanie, le 14 mars 2017 (Flash90)
Jason Greenblatt, représentant spécial de Donald Trump pour les négociations internationales, à Ramallah, en Cisjordanie, le 14 mars 2017 (Flash90)

Le prochain plan de paix américain ne s’appuiera pas sur « les fictions du consensus international » ou sur le droit international, a déclaré mardi l’envoyé pour la paix au Moyen-Orient de l’administration Trump, Jason Greenblatt.

Greenblatt a également indiqué que si les Palestiniens pouvaient aspirer à établir leur capitale à Jérusalem, ce n’était pas un droit.

« Il est vrai que l’OLP et l’Autorité palestinienne continuent à affirmer que Jérusalem-Est doit être la capitale des Palestiniens », a dit Greenblatt. « Mais souvenons-nous bien de ce qu’une aspiration n’est pas un droit ».

S’adressant au Conseil de sécurité des Nations unies, Greenblatt a rejeté l’idée que le droit international doive nécessairement servir de fondation à un futur accord de paix, affirmant que les deux parties interprètent différemment ce dernier.

« Ce conflit ne se terminera pas sur la base d’un consensus international sur qui a raison et qui a tort, sur qui devrait concéder X et qui devrait accepter Y », a lancé Jason Greenblatt, qui travaille avec Jared Kushner, le conseiller et gendre du président américain, à un plan de paix qui ne fait pas l’unanimité.

De la même manière, un traité de statut final ne pourra pas reposer sur les résolutions antérieures adoptées à l’ONU, qui sont « vagues » et n’ont produit aucun résultat jusqu’à aujourd’hui, a maintenu l’envoyé de Trump.

« Le consensus international n’est pas le droit international. Cessons de nous raconter des histoires », a-t-il ajouté, s’exprimant lors d’une session du Conseil de sécurité consacrée à la « situation au Moyen-Orient » et qui se tient régulièrement.

« Une paix durable et globale ne sera pas décrétée par la loi internationale ou par ces résolutions verbeuses et peu claires », a-t-il ajouté, dans une nouvelle prise de distance flagrante des Etats-Unis avec les Nations unies.

(de G à D) Brian Hook, représentant spécial des États-Unis pour l’Iran, le conseiller de Donald Trump Jared Kushner, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’envoyé de paix américain dans le Moyen-Orient, Jason Greenblatt, et l’envoyé israélien aux États-Unis, Ron Dermer, lors d’une réunion tenue au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 30 mai 2019. (Crédit : Ziv Sokolov / Ambassade des États-Unis à Jérusalem)

« Si un soi-disant consensus international avait eu la capacité de résoudre le conflit israélo-palestinien, cela aurait été le cas il y a déjà des décennies. Et cela ne l’a pas été ».

Greenblatt a également rejeté les déclarations portant sur un consensus international sur la question du statut de Jérusalem, affirmant qu’aucune résolution n’amènera jamais les Etats-Unis à nier que la ville sera la capitale d’Israël pour l’éternité.

Il a aussi noté que l’Etat juif « a déjà concédé » plus des trois-quarts du territoire capturé pendant la guerre des Six jours de 1967, se référant au retrait israélien de la péninsule du Sinaï et de la bande de Gaza.

« Nous avons tous entendu des arguments convaincants clamant que le droit international dit une chose ou une autre sur tel ou tel aspect du conflit israélo-palestinien. Certains de ces arguments sont persuasifs, au moins auprès de certains publics. Mais aucun d’entre eux n’a été concluant », a-t-il estimé.

Il est impossible de déterminer quelle interprétation du droit international est correcte, a-t-il clamé.

« Il n’y a pas de juge, de jury ou de tribunal dans le monde dont les parties impliquées ont reconnu la compétence pour décider quelle interprétation était correcte », a-t-il dit.

Greenblatt a tenu ces propos quelques minutes après que la sous-secrétaire-générale aux Affaires politiques et à la construction de la paix, Rosemary DiCarlo, a invoqué le droit international et les résolutions des Nations unies lors d’un discours prononcé devant la commission.

Le président américain Donald Trump, (à gauche), se tourne pour donner un stylo au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, (au centre), à la Maison Blanche à Washington, le 25 mars 2019, après avoir signé le décret officiel reconnaissant formellement la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan… De gauche à droite : Jared Kushner, conseiller de la Maison Blanche, Jason Greenblatt, envoyé spécial des États-Unis, David Friedman, ambassadeur des États-Unis en Israël, Ron Dermer, ambassadeur d’Israël aux États-Unis et Mike Pompeo, secrétaire d’État. (AP/Susan Walsh)

« Nous devons œuvrer de concert afin de faire revenir les Israéliens et les Palestiniens à la table de négociations avec pour objectif de résoudre le conflit sur la base du droit international, des résolutions de l’ONU et des accords antérieurs », avait-elle dit.

Il est possible de tergiverser sans fin sur le droit en prolongeant la souffrance des populations de la région, a expliqué Greenblatt, ou de « reconnaître la futilité » d’une telle approche.

« Ce conflit ne va pas se résoudre en se référant constamment aux centaines de résolutions des Nations unies adoptées sur la question. La référence constante à ces résolutions lourdement négociées, formulées à dessein de manière ambiguë, n’est rien de plus qu’une tentative d’évitement d’un débat substantiel sur les réalités du terrain et sur la complexité du conflit », a-t-il estimé.

C’est la même chose pour le statut de Jérusalem, a-t-il ajouté.

« Il n’y a pas de consensus international au sujet de Jérusalem. Et aucun consensus international, aucune interprétation du droit international ne persuadera les Etats-Unis ou Israël qu’une ville où les Juifs ont vécu et qu’ils adorent depuis presque 3 000 ans, qui est la capitale de l’Etat juif depuis 70 ans, n’est pas – aujourd’hui et pour l’éternité – la capitale d’Israël ».

Le 6 décembre 2017, le président américain Donald Trump était devenu le premier leader mondial à reconnaître officiellement Jérusalem en tant que capitale israélienne, même s’il avait souligné que son administration ne se positionnait pas à ce moment-là sur les frontières de la ville.

Jason Greenblatt, à gauche, envoyé spécial du président américain, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 12 juillet 2017. (Crédit : Haim Tzach/GPO)

Greenblatt a souligné que ses propos ne devaient pas être considérés comme une prise de position sur l’avenir de la ville, notant que les Palestiniens pouvaient, bien sûr, établir leur capitale à Jérusalem-Est « avec des solutions créatives qui soient susceptibles d’amener à respecter les trois religions qui chérissent cette ville incroyable ».

Dans son discours, Greenblatt a raillé le Hamas et noté que le schisme intra-Palestinien entre le groupe terroriste à la tête de la bande de Gaza et l’Autorité palestinienne devait être résolu.

Il a également critiqué ceux qui qualifient le contrôle israélien de la Cisjordanie « d’occupation illégale » et qui font une arme de cette qualification dans le but ultime de diaboliser l’Etat juif.

Il a salué Israël qui, selon lui, s’est défendu « de manière héroïque » contre les attaques pendant la guerre des Six jours.

« Ne perdons pas de vue le fait qu’Israël a d’ores et déjà concédé au moins 88 % des territoires que le pays avait capturé dans cette guerre défensive qu’il n’a eu d’autre choix que de mener en 1967 », a-t-il indiqué.

Israël a rendu la péninsule du Sinaï à l’Egypte avant le traité de paix signé en 1979 et s’est retiré unilatéralement de Gaza en 2005.

L’ambassadeur palestinien Riyad Mansour a déclaré pour sa part que la conférence économique organisée le mois dernier au Bahreïn avait « omis de reconnaître, ne serait-ce qu’au minimum, les causes à la racine de ce conflit », déclarant qu’aucune aide financière ne persuaderait jamais les Palestiniens à renoncer à leurs demandes d’indépendance.

« Tous ceux qui viennent au Conseil de sécurité tentent de nous convaincre que ce que nous faisons n’a aucun sens, que eux détiennent une formule magique… Mais ils ne vont pas réussir à nous persuader », a continué Mansour.

Plusieurs membres du conseil ont souligné l’importance des résolutions des Nations unies au cours de la rencontre de mardi.

La représentante britannique Karen Pierce a expliqué que tous les pays « ont la responsabilité » de les faire mettre en oeuvre.

L’ambassadeur allemand Christoph Heusgen a réitéré l’attachement de son pays à la solution dite « à deux Etats », israélien et palestinien, sur la base de paramètres agréés par les communauté internationale.

« Toute tentative de s’écarter de ces paramètres, définis collectivement, serait vouée à l’échec », a renchéri l’ambassadeur français Nicolas de Rivière à l’intention des Etats-Unis.

Greenblatt a estimé qu’une solution « ne peut pas être imposée aux parties ».

« Soyons honnêtes envers nous-mêmes, envers les parties impliquées et la région : le seul moyen d’avancer, ce sont des négociations directes entre Israël et les Palestiniens », a-t-il affirmé.

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