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Grossi : le programme nucléaire « ambitieux » de Téhéran « avance très, très vite »

Le chef de l'agence onusienne pour l'énergie nucléaire appelle à plus de transparence de la part de Téhéran et estime que les "belles paroles" ne suffisent pas

Rafael Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), prend la parole au début de la dixième révision annuelle du Traité de non-prolifération nucléaire au siège de l'ONU, le 1er août 2022 à New York. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)
Rafael Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), prend la parole au début de la dixième révision annuelle du Traité de non-prolifération nucléaire au siège de l'ONU, le 1er août 2022 à New York. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

Le programme nucléaire iranien « avance très, très vite » et les « belles paroles » de Téhéran ne suffisent pas aux inspecteurs internationaux, a déclaré mardi le chef de l’agence de surveillance nucléaire de l’ONU.

S’exprimant mardi au siège des Nations unies, le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a déclaré que « lorsqu’il est question de nucléaire, les belles paroles ne suffisent pas. Ce qui importe, c’est d’être transparent, de se conformer et de coopérer. Nous sommes prêts et j’espère qu’ils le seront aussi », a rapporté Reuters.

L’Iran, a-t-il dit, a un « programme nucléaire très ambitieux qui doit être vérifié de la manière appropriée ».

« Le programme avance très, très vite et pas seulement vers l’avant, mais il s’élargit aussi, parce qu’il se développe en ambition et en capacité », a ajouté Grossi.

Le pacte connu sous son acronyme anglais JCPOA vise à garantir le caractère civil du programme nucléaire de l’Iran, accusé de chercher à se doter de l’arme atomique malgré ses démentis.

Mais à la suite du retrait unilatéral en 2018 des Etats-Unis sous l’impulsion de Donald Trump et du rétablissement des sanctions américaines, Téhéran s’est progressivement affranchi de ses obligations.

L’Iran a ainsi dépassé le taux d’enrichissement d’uranium de 3,67% fixé par le JCPOA, montant à 20% début 2021. Puis il a franchi le seuil inédit de 60%, se rapprochant des 90% nécessaires à la confection d’une bombe.

Dans cette course technologique, Téhéran a aussi multiplié le nombre de centrifugeuses. Rien que cette semaine, de nouvelles machines ont commencé à être alimentées sur le site de Natanz et plusieurs centaines d’autres ont été installées, selon un rapport remis mercredi par l’AIEA aux Etats membres.

Cette image satellite de Planet Labs PBC montre le site nucléaire souterrain de Natanz en Iran, ainsi que la construction en cours pour agrandir l’installation dans une montagne voisine au sud, près de Natanz, en Iran, le 9 mai 2022. (Crédit: Planet Labs PBC via AP)

Les négociateurs chargés du dossier nucléaire iranien se retrouvent jeudi à Vienne, après des mois de blocage, pour tenter de relancer le processus et de stopper l’escalade technologique de Téhéran.

C’est la première fois depuis mars que l’ensemble des parties (Iran, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) se réunissent, avec la participation des Etats-Unis, afin de sauver l’accord moribond de 2015, censé empêcher la République islamique de se doter de l’arme atomique. En parallèle, l’Iran a accéléré son enrichissement d’uranium grâce à de nouvelles centrifugeuses plus perfectionnées.

L’émissaire de Washington, Robert Malley, également attendu à Vienne, loge en effet habituellement dans un autre hôtel du quartier, Téhéran ne souhaitant pas de contact direct. Dans un message annonçant son voyage, il a tempéré d’emblée l’enthousiasme. « Nos attentes sont mesurées mais les Etats-Unis (…) sont prêts de bonne foi à tenter de trouver un accord », a-t-il écrit sur Twitter. « On sera vite fixés pour savoir si l’Iran est prêt à la même chose ».

Après l’échec de pourparlers au Qatar fin juin entre Américains et Iraniens, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a soumis le 26 juillet un projet de compromis et a appelé les parties à l’accepter pour éviter une « dangereuse crise ».

L’Iran a également mis « des idées » sur la table et espère en débattre « dans ce cycle de pourparlers », a précisé mercredi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Nasser Kanani.

Un diplomate européen basé à Vienne a salué « une rencontre qui manifeste la volonté de tout le monde d’aller de l’avant ». « C’est positif, mais en même temps il n’y absolument rien de garanti », a-t-il averti.

Grossi a averti le mois dernier que le programme iranien « avançait au galop et que nous avions très peu de visibilité ».

L’AIEA a indiqué en juin que l’Iran disposait de 43 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 % de pureté, ce qui le rapproche des 90 %. Les experts en non-prolifération avertissent que cela représente suffisamment de matière fissile pour fabriquer une arme nucléaire si l’Iran décidait de la fabriquer.

Le mois dernier, l’Iran a également retiré 27 caméras de surveillance des sites nucléaires du pays, et l’AIEA a déclaré que cela augmentait le risque que ses inspecteurs ne soient pas en mesure de suivre les progrès de Téhéran.

Mohammad Eslami, nouveau directeur de l’agence nucléaire iranienne (AEOI), s’exprime sur la scène de la conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à Vienne, en Autriche, le 20 septembre 2021. (Crédit : Lisa Leutner/AP/Dossier)

Les commentaires formulés par Grossi mardi sont intervenus un jour après que le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), Mohammed Eslami, a déclaré que l’Iran pourrait produire une bombe atomique, mais ne souhaitait pas le faire, selon un reportage de l’agence de presse semi-officielle Fars.

Eslami ne s’est pas étendu sur les capacités nucléaires de Téhéran et a semblé réitérer les propos tenus le mois dernier par Kamal Kharazi, un haut collaborateur du guide suprême iranien Ali Khamenei. « Comme l’a mentionné M. Kharazi, l’Iran a la capacité technique de construire une bombe atomique, mais un tel programme n’est pas à l’ordre du jour », a déclaré Eslami, selon le reportage.

Trois obstacles

Parmi les obstacles qui demeurent, la levée des sanctions contre les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique.
q< Mardi, John Kirby, le porte-parole de la Maison Blanche pour les questions stratégiques, a réitéré le refus du président américain de les retirer de la liste des organisations terroristes "dans le cadre de ces pourparlers". Téhéran réclame par ailleurs des garanties au cas où le successeur de Joe Biden revienne sur la parole donnée, ainsi que la clôture d'une enquête de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le gendarme onusien du nucléaire.

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