Guerre au Moyen-Orient : Un oléoduc saoudien devient vital
L'oléoduc Petroline, qui traverse le royaume, permet de relier le Golfe à la mer Rouge sans passer par le détroit d'Ormuz
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Confrontée à une crise sans précédent, l’Arabie saoudite met en œuvre un plan d’urgence vieux de plusieurs décennies : pomper du pétrole à travers des étendues désertiques via un oléoduc, puis l’acheminer vers des pétroliers en mer Rouge.
Avec les voies maritimes du détroit d’Ormuz, stratégique, quasiment fermées par l’Iran, les monarchies du Golfe font face à une situation potentiellement désastreuse : la République islamique d’Iran vise leurs installations énergétiques, tandis que les capacités de stockage arrivent à saturation et que la production est bridée par la guerre.
Ces pays, riches en hydrocarbures, ont été durement touchés par des salves de missiles et de drones lancées par l’Iran.
Téhéran vise les nombreux intérêts américains dans la région, notamment des bases militaires, mais aussi des infrastructures civiles.
Face à cette crise, l’Arabie saoudite augmente l’utilisation de son oléoduc est-ouest, le Petroline, qui traverse le royaume et permet de relier le Golfe à la mer Rouge sans passer par le détroit d’Ormuz, a indiqué cette semaine le géant pétrolier Aramco, premier exportateur de brut au monde.
« Nous avons déjà été confrontés à des perturbations par le passé, mais celle-ci est de loin la plus grande crise à laquelle l’industrie pétrolière et gazière de la région ait jamais fait face », a estimé cette semaine le patron du groupe pétrolier saoudien, Amin Nasser, lors de la présentation des résultats.
Raffineries hors service
Il a expliqué que l’entreprise s’activait pour augmenter, dans les prochains jours, les flux de l’oléoduc Petroline dont la capacité peut atteindre environ 7 millions de barils par jour.
Ce réseau de 1 200 km relie deux voies navigables vitales pour le commerce mondial.
« Cela ne ‘réglera’ pas le problème du détroit d’Ormuz », prévient Jim Bianco, président de Bianco Research, sur le réseau social X.
Selon lui, le Petroline transportait environ un million de barils par jour avant la guerre, ce qui signifie qu’il ne peut absorber que six millions de barils supplémentaires par jour.
Ce chiffre représente une faible part des quelque 21 millions de barils de pétrole qui transitaient par le Golfe avant la guerre.
Malgré la présence de nombreuses bases américaines dans la région, l’Iran est parvenu à faire sa loi sur le détroit d’Ormuz en l’espace de quelques jours.
Sur une ligne allant de Koweït City à Abou Dhabi, l’Iran a mis hors service d’importantes raffineries du Golfe et contraint le Qatar à fermer de grandes installations fournissant environ un cinquième du gaz naturel liquéfié mondial.
Selon les États-Unis, l’Iran a par ailleurs commencé à minéraliser le détroit d’Ormuz, un point de passage maritime crucial par lequel transite d’ordinaire environ 20 % de la production mondiale de pétrole.
« Le détroit d’Ormuz sera soit un détroit de paix et de prospérité pour tous, soit un détroit de défaite et de souffrances pour les fauteurs de guerre », a écrit mardi Ali Larijani, chef du Conseil de sécurité nationale iranien, sur X.
Le sénateur américain Chris Murphy a estimé cette semaine, après un briefing confidentiel, que Washington n’avait « aucun plan » concernant le détroit d’Ormuz.
« Je ne peux pas donner plus de détails sur la manière dont l’Iran paralyse le détroit, mais à l’heure actuelle, ils ne savent pas comment le rouvrir en toute sécurité. Ce qui est impardonnable », a-t-il commenté sur les réseaux sociaux.
Conçu dans les années 1980 alors que le Golfe était secoué par la guerre Iran-Irak, le Petroline était destiné à contourner le détroit d’Ormuz, mais il n’est pas sans risques.
Le pétrole est en effet transféré vers des terminaux d’exportation situés sur la côte de la mer Rouge, en pleine ligne de mire du groupe terroriste chiite des Houthis du Yémen, soutenus par la République islamique d’Iran.
Depuis près de deux ans, les terroristes yéménites ont interrompu une grande partie du trafic maritime transitant par la mer Rouge.
Ils n’ont pas encore déclaré la guerre pour soutenir la République islamique d’Iran.
« Combien de temps avant que l’Iran et les Houthis ne frappent les terminaux d’exportation et les oléoducs de substitution ? », s’interroge sur X l’analyste spécialisé Michael Knights.
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