Hausse du nombre de cas du coronavirus chez les Arabes israéliens
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Hausse du nombre de cas du coronavirus chez les Arabes israéliens

La "lassitude" de la pandémie, des dépistages faibles, un respect médiocre des règles sur les rassemblements et le retour "en force" des mariages en seraient à l'origine

Un travailleur vérifie la température d'un client dans un magasin de la ville de Deir al-Asad, dans le nord d'Israël, le 18 avril 2020. (Basel Awidat/Flash90)
Un travailleur vérifie la température d'un client dans un magasin de la ville de Deir al-Asad, dans le nord d'Israël, le 18 avril 2020. (Basel Awidat/Flash90)

Au cours des deux derniers mois, le nombre de cas actifs de coronavirus a augmenté de manière abrupte, diminué de façon spectaculaire puis recommencé à grimper.

Début octobre, les Arabes israéliens avaient considérablement réduit le chiffre des infections au sein de leur communauté, enregistrant 7 % des cas actifs dans le pays – même s’ils forment 20 % de la population israélienne, selon Ayman Seif, responsable-adjoint de la lutte contre le coronavirus au sein de l’État juif.

Selon des données récentes, ils représentent aujourd’hui environ 19 % des cas de virus en Israël.

Les responsables de la Santé qui se sont entretenus avec le Times of Israel ont attribué cette recrudescence de la maladie aux mariages et autres importants rassemblements.

« C’est indubitable : les chiffres élevés et la propagation rapide sont entraînés par les mariages et les rassemblements sociaux. Nous assistons à la reprise des mariages et les chiffres s’élèvent en proportion », a expliqué le docteur Zahi Saeed, qui conseille la caisse médicale Clalit sur les questions de santé au sein de la communauté arabe.

Un homme passe devant un panneau publicitaire avec une affiche du ministère israélien de la Santé qui demande aux gens de porter des masques faciaux en arabe comme méthode de prévention de la COVID-19 dans le quartier arabe de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le 8 octobre 2020. (Photo d’Ahmad GHARABLI / AFP)

Zahi Saeed a aussi évoqué un sentiment de « lassitude » de plus en plus fort face à la pandémie parmi les citoyens arabes, qui entraîne un relâchement dans le respect des directives sanitaires. De nombreuses villes arabes israéliennes avaient été soumises à des restrictions supplémentaires une semaine avant que le reste du pays n’entre dans son second confinement national.

« Après que nous sommes parvenus à redevenir une ville ‘verte’ [avec un taux d’infection faible], beaucoup de personnes se sont dit, ‘On a gagné’, et ont repris une vie normale. Les mariages, les fêtes et les rassemblements ont fait leur retour en force. Le nombre d’infections augmente encore », a commenté un responsable de la municipalité d’Umm al-Fahm, Abd al-Munim Fouad.

Aujourd’hui, les villes arabes de Shefaram, Majd al-Krum, Umm al-Fahm, Sakhnin, Rayna, Khurfish, et Abu Senan sont toutes entrées dans la catégorie « orange » en termes d’infections virales – à un seul pas de la catégorie « rouge » très redoutée, qui signifierait un retour à un confinement total.

Et pourtant, certaines villes arabes semblent avoir maintenu un taux d’infection bas à travers toute la période récente de recrudescence du coronavirus. A Kafr Qassem, par exemple, la réduction du taux d’infection s’est maintenue – passant de 21 personnes sur 10 000 résidents début octobre à 14 personnes sur 10 000 lundi.

Mais d’autres, comme Majdal Shams, ont connu de fortes augmentations au cours de la dernière semaine. Cette ville druze, au nord du pays, où vivent environ 11 000 personnes, a recensé 43 nouveaux cas ces sept derniers jours, selon les chiffres du ministère de la Santé. Les ministres ont voté, dimanche soir, l’instauration d’un confinement de cinq jours à Majdal Shams, avec un couvre-feu entré en vigueur lundi soir. En plus de la fermeture de toutes les entreprises, les entrées et les sorties de la ville devraient être restreintes.

Le docteur Akram Al-Safadi, à la tête d’un dispensaire de Majdal Shams, a noté qu’en plus de la reprise des mariages, les autorités religieuses druzes se sont mal assurées du respect des restrictions mises en place pendant les cérémonies.

« C’est vrai que le nombre de cas n’est pas très important aujourd’hui, mais l’augmentation rapide et nette qui a marqué ces derniers jours est ce qui a amené les autorités à prendre la décision de passer à l’action », a expliqué Akram al-Safadi.

Des fidèles musulmanes portant des masques faciaux font la prière de l’Aïd al-Adha dans un parc, car les mosquées sont limitées à dix personnes suite aux mesures prises par le gouvernement pour aider à stopper la propagation du coronavirus, dans la ville mixte arabo-juive de Jaffa, près de Tel Aviv, en Israël, le vendredi 31 juillet 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

Il n’y a pas de centre de dépistage à proprement parler à Majdal Shams, qui se situe sur le plateau du Golan, à la frontière avec la Syrie. Les habitants peuvent se tourner vers les dispensaires, et le Commandement du front intérieur organise occasionnellement des opérations de dépistage de type drive-in. Mais cette localité druze isolée n’envoie des échantillons de tests au coronavirus à un laboratoire que deux fois par semaine, ce qui entraîne des retards, explique Al-Safadi.

Selon le responsable de la lutte contre le coronavirus en Israël, Ronnie Gamzu, d’autres villes à majorité arabe devraient devoir bientôt connaître des fermetures localisées en plus du confinement partiel qui reste en vigueur dans tout le pays.

« Sakhnin et Umm al-Fahm risquent de devenir des villes ‘rouges' », a-t-il commenté dimanche, selon la chaîne publique Kan.

Pas de financement, manque de respect des règles, peu de tests

De leur côté, les leaders municipaux des villes arabes israéliennes affirment que leurs municipalités ont d’ores et déjà utilisé toutes leurs ressources financières pendant les deux vagues de l’épidémie, disant qu’ils ne sont plus en capacité de faire appliquer les restrictions sans l’aide du gouvernement.

Cela fait longtemps que les Arabes israéliens affirment que la police est réticente à l’idée de faire appliquer la loi dans leurs communautés. Certains Juifs ultra-orthodoxes auraient organisé d’importants mariages dans les villes arabes, espérant ainsi éviter les forces de l’ordre.

« Nous avons demandé deux choses au gouvernement : sensibiliser et faire respecter la loi. Le gouvernement doit investir dans des campagnes à tous les niveaux. Nous avons aussi besoin de forces de l’ordre présentes sur le terrain pour faire appliquer les règles sérieusement à Umm al-Fahm de manière à ce que la population se plie aux directives », recommande Abd al-Munim Fouad.

Autre problème, la baisse importante du nombre d’Arabes israéliens testés. Selon la Commission d’Urgence arabe, seuls 10 % des tests de dépistage en Israël ont été réalisés dans des villes arabes la semaine dernière, alors même que les Arabes forment 20 % de la population.

Ces chiffres marquent une baisse significative depuis le pic atteint pendant le deuxième confinement dans le pays, selon des données rendues publiques par la commission. A la mi-septembre, au plus fort de la lutte sanitaire du gouvernement, entre 50 000 et 60 000 tests avaient été effectués, chaque semaine, dans les villes arabes israéliennes.

Au cours de la semaine dernière, toutefois, seulement 22 042 tests ont été réalisés. Un chiffre qui ne cesse de chuter depuis des semaines, selon la commission.

La hausse des cas identifiés, accompagnée de la baisse du nombre de tests de dépistage, est profondément préoccupante dans la mesure où cela peut signifier que le virus se propage au sein des communautés arabes israéliennes sans être détecté.

Le responsable de la Clalit, Zahi Saeed, a toutefois souligné que cette baisse des tests était prévisible.

Illustration : Une femme est en poste à un point de contrôle improvisé dans le village druze de Majdal Shams dans le plateau du Golan le 9 avril 2020. (JALAA MAREY / AFP)

« Quand il y a un niveau élevé d’infections, on assiste à une très forte demande de tests », explique le médecin. « Maintenant que moins de personnes tombent malades, il est raisonnable qu’il y ait aussi moins de personnes qui viennent se faire dépister ».

Zahi Saeed souligne également que le nombre de tests qui reviennent positifs – une mesure essentielle pour déterminer combien de nouveaux cas échappent au radar – reste lui aussi relativement faible, soit environ 5 %. S’il est plus élevé que dans la population générale, ce taux est bien inférieur à celui qui avait prévalu au sommet de la seconde vague, où 10 % à 12 % des tests revenaient positifs.

Gamzu serait aussi inquiet de ce que des cas soient importés de régions de Cisjordanie contrôlées par l’Autorité palestinienne. Il devrait proposer une mise en quarantaine obligatoire pour tous les Arabes israéliens en revenant.

Dr Saeed estime, pour sa part, que ces déplacements ne sont pas une cause majeure de propagation virale – une hypothèse qu’il qualifie « d’insensée ».

« Ce n’est pas une explication suffisamment bonne pour expliquer ces infections. J’ai rencontré une centaine de patients… Si les gens suivent les règles, qu’ils portent le masque et qu’ils se lavent les mains, s’ils font attention quand ils font des courses, qu’ils respectent la distanciation sociale, ce n’est pas inquiétant. Si nous ne faisons pas attention, c’est là que nous serons infectés. Nous ne devons pas blâmer les autres pour cela », souligne-t-il.

Que les Arabes israéliens parviennent à éviter ou non une recrudescence cataclysmique du nombre de nouvelles infections, le virus a profondément marqué la communauté.

« La pandémie a atteint tous les quartiers, elle est entrée dans toutes les habitations, dans les habitations des voisins. Les réseaux sociaux sont remplis d’annonces de décès par des familles qui ont perdu un être cher des suites de ce virus », a écrit Salih Barias, responsable au sein du ministère de la Santé, dans un communiqué dimanche.

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