Rechercher

Heurts sur le mont du Temple : Un diplomate israélien fustige la Jordanie

Selon le haut responsable, Jérusalem tolère le "double jeu" d’Amman, mais le Premier ministre jordanien est allé trop loin en félicitant les fauteurs de troubles palestiniens

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Des Palestiniens se trouvent à la mosquée Al-Aqsa, au sommet du mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 17 avril 2022, pendant le Ramadan . (Crédit : Jamal Awad/Flash90)
Des Palestiniens se trouvent à la mosquée Al-Aqsa, au sommet du mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 17 avril 2022, pendant le Ramadan . (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

Un diplomate israélien de haut-rang a accusé mercredi sous couvert d’anonymat la Jordanie de se livrer à un « double jeu » suite à ses propos sur les récents heurts à Jérusalem – haranguant en public Jérusalem tout en adoptant à huis-clos une attitude beaucoup plus mesurée.

« Les Jordaniens nous expliquent que c’est un moyen de ‘gérer’ ceux qui, en Jordanie, appellent à rompre les liens avec Israël », a déclaré le diplomate lors d’un point-presse avec des journalistes israéliens.

Plus de la moitié de la population jordanienne est d’origine palestinienne, et le traité de paix de 1994 avec Israël est très impopulaire, en particulier pendant les périodes de tensions entre Israéliens et Palestiniens. Les relations, exécrables avec l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu, se sont nettement améliorées depuis que le gouvernement israélien actuel a prêté serment, en juin dernier. Le roi Abdallah de Jordanie a accueilli le Premier ministre Naftali Bennett ; le président Isaac Herzog ; le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et le ministre de la Défense Benny Gantz pour des entretiens, ces derniers mois, dans le cadre de ce réchauffement graduel des liens.

Israël et la Jordanie ont d’ailleurs conclu un accord, négocié grâce aux bons offices des Émirats arabes unis, concernant la construction d’une centrale solaire dans le royaume hachémite qui permettra de produire de l’électricité pour Israël. Par ailleurs, une usine de désalinisation en Israël fournira de l’eau potable à la Jordanie. Le haut diplomate israélien a déclaré qu’il ne s’attendait pas à ce que les récentes tensions aient un impact sur cet accord.

La Jordanie a toutefois pris certaines mesures contre Israël ces derniers jours, des mesures qui restent dans l’ensemble largement symboliques. Amman a ainsi convoqué l’ambassadeur d’Israël pour une réprimande, suite aux incursions répétées de la police israélienne sur le site de la mosquée Al-Aqsa où les forces de l’ordre tentaient de neutraliser des émeutes de jeunes Palestiniens.

La Jordanie a accusé Israël de violer le statu quo en vigueur sur le site – en vertu duquel les musulmans sont autorisés à entrer et prier sur le mont, tandis que les Juifs ne sont autorisés à s’y rendre qu’à des horaires choisis et qu’il leur est interdit d’y faire la prière.

Israël a rappelé son attachement au statu quo et sa volonté de protéger les droits des fidèles des trois religions à Jérusalem. Ces dernières années, la police a parfois permis à des Juifs de prier secrètement alors qu’ils étaient invités à parcourir le site par des employés du Waqf musulman de Jordanie, ce qui a pu être perçu comme une violation subtile du fragile statu quo.

Le président Isaac Herzog, à gauche, et le roi Abdallah II de Jordanie, à droite, au palais Al Husseiniya d’Amman, en Jordanie, le 30 mars 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)

« Je peux accepter le double jeu jusqu’à un certain point, mais le discours du Premier ministre au parlement est allé beaucoup trop loin », a déclaré le responsable, évoquant les propos de Bisher Al-Khasawneh, au début de la semaine, qui avait fait l’éloge des Palestiniens qui jetaient des pierres sur les « sympathisants sionistes souillant la mosquée Al-Aqsa ».

Le diplomate a déclaré qu’aucun pays ne pouvait tolérer un tel discours de la part d’un allié et que le message avait été transmis à Amman avec une fermeté à laquelle les Jordaniens n’étaient sans doute pas habitués.

Le Premier ministre jordanien Bisher al-Khasawneh s’adresse au Parlement, à Amman, le 18 avril 2022. (Crédit : Capture d’écran Twitter)

Le responsable a poursuivi en déplorant la réaction des Émirats arabes unis face aux récents troubles, tout en indiquant qu’il n’y aurait sans doute aucune conséquence sur les relations bilatérales établies il y a un an et demi seulement.

Les Émirats arabes unis ont convoqué mardi l’ambassadeur d’Israël à Abou Dhabi et ont émis un communiqué fustigeant les agissements de la police israélienne sur le mont du Temple. Selon deux diplomates proches du dossier, les Émirats arabes unis auraient tenu des propos véhéments à l’égard d’Israël lors de la réunion à huis-clos du Conseil de sécurité de l’ONU qui était consacrée à la question dans la même journée.

Le diplomate de haut-rang a cherché à minimiser la portée de la querelle et a indiqué que la teneur véritable de la discussion ayant eu lieu entre la ministre d’État émiratie à la Coopération internationale, Reem bint Ibrahim Al Hashemy, et l’ambassadeur israélien, Amir Hayek, avait été sensiblement différente de ce qui avait été ultérieurement relaté par les Émiratis.

Quoi qu’il en soit, Israël a fait part de son mécontentement face à la réponse des EAU. Mais « je ne pense pas que ce qui s’est passé portera atteinte à nos relations », a conclu le diplomate.

De gauche à droite, le prince héritier d’Abou Dhabi Mohammed bin Zayed al-Nahyan, le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et le Premier ministre Naftali Bennett se rencontrent à Charm el-Cheikh, le 22 mars 2022. (Crédit : Porte-parole de la présidence égyptienne)

En ce qui concerne la Russie, le diplomate a affirmé que Moscou avait critiqué les agissements d’Israël à l’occasion des récents heurts à Jérusalem en riposte au positionnement israélien en faveur de l’Ukraine.

« La Russie n’apprécie pas notre position sur l’Ukraine, alors elle prend position contre nous sur le front palestinien », a déclaré le responsable aux journalistes. Il a ensuite précisé que le positionnement adopté par les Russes à l’égard des Palestiniens restait conforme à la politique mise en place par Moscou, relevant néanmoins que le compte-rendu du Kremlin de l’appel du président Vladimir Poutine au chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, au début de la semaine, n’avait pas contenu de condamnation des actions de l’État juif sur le mont du Temple, comme Ramallah l’aurait souhaité.

« Nous nous doutions que notre position sur l’Ukraine ne plairait pas aux Russes. Nous ne sommes pas davantage heureux qu’ils aient attaqué une nation souveraine », a déclaré le responsable, ajoutant qu’Israël poursuivrait sa politique sur l’Ukraine, à la recherche d’un équilibre entre alignement sur le monde occidental et intérêts sécuritaires en Syrie, où Israël est autorisé par Moscou à attaquer les alliés de l’Iran dans l’espace aérien contrôlé par la Russie.

En ce qui concerne les négociations sur le nucléaire à Vienne, le diplomate israélien a laissé entendre que des responsables de l’administration Biden auraient informé leurs homologues européens que Washington n’avait pas l’intention de retirer le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien de leur liste noire du terrorisme dans le cadre des négociations.

Il a rappelé que les pourparlers nucléaires étaient actuellement au point mort, en grande partie en raison de la demande iranienne concernant le retrait des CGRI de la liste américaine des organisations terroristes étrangères. Israël a pris position, publiquement et en privé, contre cette revendication de Téhéran.

Le président russe Vladimir Poutine rencontre le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à Bethléem, en Cisjordanie, le 23 janvier 2020. (Crédit : Alexander NEMENOV / diverses sources / AFP)

Le haut-responsable a toutefois indiqué que, malgré le message transmis aux négociateurs européens par les États-Unis, l’administration Biden envisageait toujours de retirer une partie du CGRI de la liste, à l’exception de la force d’élite al-Qods. « Nous prenons part aux discussions sur ce point, qui n’est pas encore tranché », a-t-il précisé.

Le porte-parole du Département d’État américain, Ned Price, avait semblé rejeter la demande iranienne lorsqu’il avait été interrogé sur la question lors d’un point-presse, lundi. « Si l’Iran veut une levée des sanctions allant au-delà du JCPOA, il devra satisfaire nos exigences qui vont au-delà du JCPOA », avait-il déclaré à propos de la radiation des Gardiens de la révolution de la liste noire du terrorisme. « Les Iraniens devront négocier ces questions de bonne foi, avec réciprocité. »

Dans la mesure où l’Iran n’a manifesté aucune intention de modifier sa posture sur les questions non liées au nucléaire, les propos de Price ont semblé mettre fin à la possibilité d’une radiation unilatérale par Washington, même si Téhéran en faisait une condition pour la remise en conformité de l’Iran avec les dispositions du JCPOA.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...