Hommage à 6 survivants de la Shoah qui se sont récemment éteints
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Hommage à 6 survivants de la Shoah qui se sont récemment éteints

Un auteur connu, un député et un comédien figurent parmi ces personnalités et éducateurs communautaires dont les décès ont été éclipsés par la politique américaine et la pandémie

Maurice Cling s'exprime devant des lycéens à Paris, le 29 septembre 2015. (Crédit : Memorial de la Shoah/ via JTA)
Maurice Cling s'exprime devant des lycéens à Paris, le 29 septembre 2015. (Crédit : Memorial de la Shoah/ via JTA)

JTA — L’afflux constant d’informations de dernière minute sur la politique américaine et sur la pandémie de coronavirus a contribué à éclipser un fait attristant : Six survivants de la Shoah, qui avaient consacré une grande partie de leurs vies à éduquer les autres contre la haine, sont décédés en Europe au cours du dernier mois.

Voici leurs histoires.

Esther Cohen

Seule survivante du génocide parmi les 160 personnes qui formaient la communauté juive de sa ville natale d’Ioannina, en Grèce, Cohen s’est éteinte dans la ville qui l’avait vue naître, le 1er décembre, à l’âge de 96 ans. Elle était parvenue à s’échapper du camp de la mort d’Auschwitz-Birkenau et, pendant des années, elle avait témoigné de son histoire devant les lycéens, a fait savoir TVXS.

Cohen appartenait à l’ancienne communauté juive romaniote – qui avait survécu pendant 2 000 ans avant d’être quasiment éradiquée par les nazis. Ioannina était un centre de vie majeur des Juifs romaniotes, et accueillait environ 1 800 membres avant la Shoah. Cohen avait deux enfants.

Esther Cohen. (Capture d’écran YouTube / Jewish Museum of Greece)

Maurice Cling

Né de parents juifs roumains qui avaient fui l’antisémitisme et s’étaient réfugiés en France, Cling était linguiste et professeur d’anglais. Il est mort le 23 novembre à Paris, à l’âge de 91 ans.

Professeur expérimenté, écrivain de talent, il prenait souvent la parole dans les lycées pour sensibiliser les adolescents. Un grand nombre d’entre eux se projetaient facilement dans l’histoire de Cling, qui avait 15 ans lorsque la police était venu le chercher à son lycée, le 20 mai 1944.

Maurice Cling. (Crédit : Capture d’écran)

Cling avait été envoyé au camp d’internement de Drancy avec ses parents et son frère aîné Willy. La famille avait été déportée à Auschwitz, où les nazis avaient assassiné son père et sa mère dès leur arrivée. Willy avait aidé Maurice à survivre dans le camp mais il avait été finalement assassiné là-bas. Cling avait été transféré à Dachau et libéré par les soldats américains. Il avait quatre enfants.

Paul Sobol

Paul Sobol. (Crédit : capture d’écran YouTube Warveterans.be)

Après avoir dû continuer à avancer, des jours durant, dans une marche de la mort partie d’Auschwitz, Sobol, qui est décédé à Bruxelles en date du 17 novembre et à l’âge de 94 ans, avait trouvé la force de s’enfuir pendant un raid aérien des Alliés mené sur les soldats qui le surveillaient, lui et les autres prisonniers. Il avait alors 18 ans.

Avant sa capture, Sobol et sa famille avaient vécu pendant quatre ans dans la clandestinité à Bruxelles, ville qui était à ce moment-là occupée par les nazis. Ces derniers avaient assassiné ses parents et son plus jeune frère. Sa sœur avait survécu.

Après la guerre et pendant de nombreuses années, Sobol n’avait pas beaucoup évoqué la Shoah. Il avait toutefois ressenti le besoin de transmettre son histoire en vieillissant. Il était salué par les médias locaux qui voyaient en lui un « convoyeur de la mémoire » pour ses activités dans les écoles et lors des événements de commémoration du génocide.

Sobol laisse derrière lui deux enfants.

Renzo Gattegna

Renzo Gattegna, président de l’union des communautés juives italiennes. (Crédit : Ben Sales/JTA)

En plus de témoigner devant les jeunes des horreurs de la Shoah, Gattegna, qui a succombé à une forme grave de la COVID-19 le 10 novembre à l’âge de 81 ans, avait aussi aidé à reconstruire la communauté juive d’Italie après le génocide. Gattegna avait dirigé l’Union des communautés juives italiennes pendant une décennie, jusqu’en 2016.

Même s’il était né en 1938, « j’ai commencé à vivre en 1944 », avait-il commenté dans une interview. Sa petite enfance avait été marquée par la peur et l’incertitude alors que sa famille passait d’une cachette à une autre dans les banlieues de Rome. Ses parents étaient parvenus à fuir avant l’arrivée des fascistes qui avaient détruit l’habitation familiale.

Gattegna était père de deux enfants.

Mikhail Zhvanetsky

Mikhail Zhvanetsky. (Capture d’écran/YouTube)

Avant son décès survenu le 6 novembre à Moscou, Zhvanetsky était pour les Russes ce que Jackie Mason est pour les Américains : un étendard du one-man show comique.

Mais Zhvanetsky, qui s’était identifié comme Juif quand le faire était encore très dangereux, n’avait pas renoncé à sa carrière de comédien en Union soviétique sous l’un des régimes les plus répressifs, dont l’antisémitisme était connu. De manière désarmante, avec auto-dérision, il évoquait la vie quotidienne en Russie. Des sketchs apolitiques mais toutefois quelque peu engagés – toujours à la limite de ce qui pouvait être exprimé en public à cette époque-là.

Né à Odessa, dans ce qui est aujourd’hui l’Ukraine, Zhvanetsky avait été évacué avec sa famille vers la Russie avant la conquête de sa ville natale par l’armée nazie, qui avait assassiné ses amis d’enfance et de nombreux membres de sa famille pendant la Shoah. Zhvanetsky était monté sur scène pendant des décennies et il n’avait pris sa retraite que le mois dernier. Il avait remporté de nombreuses distinctions, notamment l’Ordre du mérite pour la patrie, l’année dernière.

Il laisse derrière lui cinq enfants.

Justin Sonder

Des anciens prisonniers d’Auschwitz, (g à d) Erna de Vries, Justin Sonder and Leon Schwarzbaum à une conférence de presse à Detmold, avant le procès d’un SS Reinhold Hanning, le 10 février 2016 (Crédit : PATRIK STOLLARZ / AFP)

Policier à la retraite, politicien, très investi dans la commémoration de la Shoah, Sonder s’est éteint le 3 novembre à Chemnitz, à l’âge de 94 ans.

Peu après son retour d’Auschwitz en Allemagne, Sonder avait commencé à consacrer son existence à reconstruire la société qui avait créé le nazisme. Il était devenu agent de police seulement six mois après sa libération par les troupes américaines d’une marche de la mort reliant Auschwitz, en Pologne, à l’Allemagne. Sa mère et 21 de ses proches avaient été assassinés dans les camps.

Grimpant les marches de la hiérarchie, Sonder était finalement devenu commissaire chargé des crimes graves. Après sa retraite, il avait été élu en 2009 député au Parlement fédéral et pendant quatre ans sous l’étiquette du parti de gauche Die Linke. En 2016, il avait témoigné lors du procès du SS Reinhold Hanning, qui avait été condamné pour crimes contre l’humanité.

Pendant des décennies, Sonder avait évoqué la Shoah devant des lycéens de l’est de l’Allemagne où l’extrême-droite connaît un nouvel essor. Il était père de trois enfants.

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