Il y a déjà une zone de prière pluraliste au mur Occidental. Voici ce qui aurait changé
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Il y a déjà une zone de prière pluraliste au mur Occidental. Voici ce qui aurait changé

La zone située à l'arche de Robinson fonctionne depuis l'an 2 000. Alors pourquoi cette nécessité de compromis de grande envergure, le même qui a été gelé dimanche ?

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Des Juifs conservateurs prient dans la section préparée pour la prière pour les Femmes du mur à l'arche de Robinson, dans la Vieille ville de Jérusalem, le 30 juillet 2014 (Crédit : Robert Swift/Flash90)
Des Juifs conservateurs prient dans la section préparée pour la prière pour les Femmes du mur à l'arche de Robinson, dans la Vieille ville de Jérusalem, le 30 juillet 2014 (Crédit : Robert Swift/Flash90)

Depuis l’an 2000, suite à une longue campagne de sensibilisation juridique et publique, les Juifs libéraux ont le droit – accordé par l’Etat d’Israël – de prier dans la section sud de la place du mur Occidental. Aux côtés d’autres mouvements juifs libéraux, le mouvement conservateur israélien a depuis laissé des châles de prière et des livres là-bas, tentant d’encourager la prière pluraliste au mur Occidental.

Le mur Occidental est révéré par les Juifs en tant que vestige d’un mur qui soutenait le complexe du Second temple, détruit par les Romains en l’an 70 de l’ère commune. Parce que la prière sur le mont du Temple elle-même est interdite aux Juifs par l’état d’Israël – hormis dans les tunnels souterrains du Temple – le mur Occidental (ou Kotel en hébreu) est le site le plus proche du lieu le plus saint vénéré par les Juifs.

La zone égalitaire porte souvent le surnom d’ « Arche de Robinson » en raison des célèbres objets archéologiques qui y ont été découverts, dans ce qui est également connu sous le nom de parc archéologique Davidson. Cette zone adjacente au mur Occidental contient actuellement deux principales plates-formes de prière temporaires, construites sur – et parmi – les vestiges archéologiques.

La section la plus large, qui, vue d’en-dessous, rappelle des gradins branlants, ne touche en fait pas le mur Occidental mais se trouve à environ 10 mètres de lui. La seconde, une section non-contiguë, se divise en plusieurs paliers avant d’atteindre le mur Occidental via une plate-forme de taille modeste.

Le ministre Naftali Bennett dévoile une plateforme temporaire pour la prière égalitaire au mur Occidental de Jérusalem en août 2013 (Crédit : Ezra Landau/Flash90)
Le ministre Naftali Bennett dévoile une plateforme temporaire pour la prière égalitaire au mur Occidental de Jérusalem en août 2013 (Crédit : Ezra Landau/Flash90)

Cette plate-forme de 450 mètres de large a été inaugurée en grande fanfare en août 2013 par Naftali Bennett, alors au poste de ministre des Affaires religieuses. A l’époque, Bennett avait expliqué que cette plate-forme visait à devenir un « lieu par intérim mais essentiel d’adoration pour les services égalitaires et pluralistes de prière ».

Bennett avait été fortement poussé par des plaintes déposées au tribunal par le groupe des ‘Femmes du mur’, avec à sa tête Anat Hoffman, dont les membres désiraient pouvoir faire la prière au mur Occidental avec des châles de prière, des phylactères et lire des extraits de la Torah, en particulier lors de services de prière massifs au début de chaque mois du calendrier hébreu.

https://www.facebook.com/bennettnaftalienglish/videos/1043164625814835/

Les ‘Femmes du mur’ avaient déjà remporté un jugement en leur faveur rendu par la Cour de district au cours de ce mois d’avril 2013, qui accordait à ses membres le droit de prier dans la section réservée aux femmes de la place principale avec des châles de prière et des phylactères. Selon les informations qui avaient circulé à ce moment-là, Bennett aurait toutefois préféré concevoir un espace séparé pour les femmes et les Juifs libéraux pour apaiser les tensions entre eux et les fidèles orthodoxes.

« Le Kotel [mur Occidental] appartient à tous les Juifs, qui qu’ils soient et indépendamment du courant auxquels ils appartiennent », avait dit Bennett en 2013. « Cette nouvelle plate-forme, construite avant Rosh Hashana, aidera à unifier le peuple juif et permettra à tous les Juifs de prier librement au Kotel.”

Des escaliers glissants et imprégnés d'eau mènent à la plateforme temporaire de prière égalitaire qui a été construite en 2013 au parc archéologique de Davidson dans la Vieille ville de Jérusalem, tels qu'ils apparaissaient le 12 avril 2016 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)
Des escaliers glissants et imprégnés d’eau mènent à la plateforme temporaire de prière égalitaire qui a été construite en 2013 au parc archéologique de Davidson dans la Vieille ville de Jérusalem, tels qu’ils apparaissaient le 12 avril 2016 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

La plate-forme temporaire a tout d’abord suscité un certain scepticisme – et dans certains cas, du dédain – de la part des chefs des communautés juives de la Diaspora et de l’association des Femmes du mur qui, à ce moment-là, ont cherché à trouver un espace plus normatif au sein du complexe du mur Occidental et, au moins, quelque chose qui ferait office de solution permanente.

En 2012, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait chargé le chef de l’Agence juive Natan Sharansky et le secrétaire de cabinet de l’époque Avichai Mandelblit d’aider à mener des efforts de négociations pour trouver un compromis acceptable pour les Juifs libéraux, les Femmes du mur et la Fondation du patrimoine du mur Occidental – connue par son représentant qui est aussi le rabbin du mur Occidental, Shmuel Rabinovitch.

La reconnaissance d’un tel compromis par les ultra-orthodoxes était vitale, mais pour le moins difficile à obtenir. Un vent de révolte sous-jacent de la part des ultra-orthodoxes a été malgré tout clairement perçu durant toutes les années de pourparlers.

En avril 2013 même, le rabbin du mur Occidental Rabinovitch avait déclaré aux rabbins orthodoxes durant une visite en Amérique du nord que les « tentatives de division de la place de prière ou d’horaires délimités [pour les services égalitaires] feront face à une opposition forte et amèneront une guerre civile ».

Toutefois, après des années de négociations, le 31 janvier 2016, le gouvernement a adopté une décision – appelée « l’accord du Kotel » – qui a été annoncée par les médias dans le monde entier.

Ce compromis historiques avait plusieurs facettes en termes d’impact : la prière égalitaire continuerait dans la zone sud du mur Occidental mais il y aurait une entrée pour tous vers la place du Kotel, qui mènerait à des pavillons différents : pluraliste ou réservé aux hommes ou aux femmes.

La plateforme de prière temporaire construite en 2013 dans le part archéologique de Davidson de la Vieille ville de Jérusalem, le 12 avril 2016 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)
La plateforme de prière temporaire construite en 2013 dans le part archéologique de Davidson de la Vieille ville de Jérusalem, le 12 avril 2016 (Crédit : Amanda Borschel-Dan/The Times of Israel)

Une commission conjointe formée de deux dirigeants du mouvement réformé, deux dirigeants du courant conservateur, deux représentantes non-orthodoxes, président de l’Agence juive et de six responsables gouvernementaux était également prévue. Elle devait être chargée de superviser la zone sud du mur Occidental .

Le pavillon de prière orthodoxe existant aurait été administré par Rabinovitch. De plus, la taille des plates-formes de prière temporaires auraient été multipliées par deux, et elles auraient été reliées entre elles – offrant davantage d’accès à la prière au Kotel dans le parc archéologique de Davidson, en mesure d’accueillir jusqu’à 1 200 personnes.

Le plan réclamait un budget de 35 millions de shekels en 2016-2017. Selon la décision du cabinet, 5 millions de shekels auraient été versés par le bureau du Premier ministre, 5 millions encore par le ministère de la Diaspora (en 2017) et 5 autres millions par le ministère des Finances. L’Agence juive s’était pour sa part engagée à donner les 10 millions de shekels restants nécessaires en 2016.

La section pluraliste, en bleu, doublerait de taille en passant environ à 900 mètres carrés. La section orthodoxe, en violet, s'étalerait sur 2000 mètres carrés. Le secteur qui se situe derrière la section orthodoxe concernerait les cérémonies nationales (Crédit : JTA)
La section pluraliste, en bleu, doublerait de taille en passant environ à 900 mètres carrés. La section orthodoxe, en violet, s’étalerait sur 2000 mètres carrés. Le secteur qui se situe derrière la section orthodoxe concernerait les cérémonies nationales (Crédit : JTA)

Pour certains, ce compromis de 2016 n’avait pas été une victoire mais une défaite : Certains archéologues de haut-rang avaient déploré cette décision de remanier un site qui se consacrait à des millénaires de patrimoine national. De plus, de nombreuses membres du groupe des Femmes du mur avaient fait scission dans une autre association, qui s’appelle dorénavant les Femmes du mur ‘originelles’, et qui est aujourd’hui encore bien déterminé à continuer les prières dans la section réservée aux femmes de la place du mur Occidental et non dans la section égalitaire.

Toutefois, le groupe principal des Femmes du mur avait qualifié ce compromis de victoire féministe. « En approuvant ce plan, l’état reconnaît la pleine égalité au Kotel et l’impératif de la liberté de choix dans le judaïsme en Israël. La création d’une troisième section au Kotel établit un précédent fort pour le statut des femmes en Israël : des femmes administratrices d’un site sacré, des femmes leaders, des femmes en tant que force d’influence qu’on ne peut ni ignorer ni réduire au silence », avaient écrit les Femmes du mur dans un communiqué.

La section pluraliste, en bleu, doublerait de taille en passant environ à 900 mètres carrés. La section orthodoxe, en violet, s'étalerait sur 2000 mètres carrés (JTA)
La section pluraliste, en bleu, doublerait de taille en passant environ à 900 mètres carrés. La section orthodoxe, en violet, s’étalerait sur 2000 mètres carrés (JTA)

Que ce soit en raison des déclarations triomphantes des communautés juives du monde, ou en raison d’un regret tardif, dans les quelques jours qui avaient suivi la décision gouvernementale, les membres ultra-orthodoxes de la Knesset avaient dénoncé l’accord – même après l’avoir accepté et voté en sa faveur – jurant d’empêcher sa mise en oeuvre.

Le 25 juin 2017, le bureau du Premier ministre a émis un communiqué laconique annonçant le vote du cabinet qui réclamait le « gel » de la construction du pavillon de prière pluraliste au mur Occidental. Le ministre Tzachi Hanegbi du parti du Likud de Netanyahu et le secrétaire de cabinet Tzachi Braverman ont été nommés comme représentants du gouvernement lors de nouvelles négociations, a indiqué le communiqué.

Toutefois, selon une vidéo publiée par Bennett sur Facebook, la plate-forme temporaire qu’il avait faite construire à proximité du mur Occidental en 2013 devrait être encore élargie et devenir permanente.

JTA a contribué à cet article.

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