Incendie à Jérusalem: comment la police a évacué l’hôpital psychiatrique Eitanim
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Incendie à Jérusalem: comment la police a évacué l’hôpital psychiatrique Eitanim

Kobi Yaakobi dit avoir dû prendre des décisions dures et rapides lors de cet incendie majeur pour éviter la répétition de la catastrophe du Carmel, en 2010, qui avait fait 44 morts

Le commandant de police israélien  Kobi Yaakobi, à gauche, et le superintendant en chef Dvir Tamim s'expriment devant les caméras de la Treizième chaîne à proximité de l'hôpital psychiatrique Eitanim, le 17 août 2021. (Capture d'écran : Treizième chaîne)
Le commandant de police israélien Kobi Yaakobi, à gauche, et le superintendant en chef Dvir Tamim s'expriment devant les caméras de la Treizième chaîne à proximité de l'hôpital psychiatrique Eitanim, le 17 août 2021. (Capture d'écran : Treizième chaîne)

Peu après la prise de contrôle par les forces sur le terrain du gigantesque feu de forêt qui a ravagé, cette semaine, les collines boisées de Jérusalem, une chaîne de télévision israélienne a diffusé, mardi dans la soirée, les témoignages dramatiques de responsables de la police qui ont raconté l’évacuation de dernière minute, difficile et audacieuse de l’hôpital psychiatrique Eitanim.

Dans ces témoignages plane le spectre de l’incendie qui était survenu dans le Carmel, dans le nord d’Israël, qui avait fait 44 morts alors qu’il venait tout juste de se déclencher.

Un responsable israélien de la police dit ainsi à la Treizième chaîne qu’il a dû prendre des décisions rapides, parfois à l’encontre des ordres officiels qui lui avaient été donnés, pour mettre le personnel de l’hôpital et ses 156 patients en sécurité.

« J’ai vu brusquement une grosse flamme alors que nous étions en train de réfléchir à comment arriver là-bas », raconte le commandant Kobi Yaakobi, s’exprimant mardi devant les caméras au bord d’une route montant la colline et menant à l’hôpital.

Yaakobi déclare avoir rencontré un gardien de la sécurité d’Eitanim, qui lui a signalé que la route était le seul accès permettant d’arriver à l’hôpital. Les policiers ont alors demandé que la route puisse rester ouverte malgré les recommandations faites par les responsables des services de secours et d’incendies, qui avaient réclamé qu’elle soit fermée à la circulation.

Il ajoute avoir rencontré à ce moment-là un responsable de la lutte contre les incendies et lui avoir dit : « Vous et moi allons monter à l’hôpital et nous allons le faire maintenant. Je ne sais pas comment, mais vous allez m’emmener dans cet hôpital. Il faut que nous allions là-bas : Si nous n’y allons pas, personne n’en sortira. »

Un feu de forêt à l’ouest de Jérusalem, le 15 août 2021. (Crédit : Ariel Kedem/Autorité israélienne de la nature et des parcs)

Yaakobi a finalement pris la décision d’entrer dans le brouillard formé par la fumée opaque avec ses agents. Il raconte que le chauffeur de son véhicule ne voyait pas la route au-delà d’un demi-mètre.

Avant d’arriver à l’hôpital, il a franchi une courbe qui lui a rappelé la route qui était devenue un piège mortel, en 2010, dans la région du Carmel, pour les 37 officiers du service des prisons qui se trouvaient dans un bus qui n’avait pas pu faire demi-tour à temps. Le conducteur du bus était lui aussi mort dans l’incident, ainsi que trois pompiers et trois officiers de police qui avaient tenté de venir en aide à l’autocar bloqué.

Cette pensée omniprésente à l’esprit, Yaakobi a alors indiqué au réseau de communication de la police : « L’incendie va atteindre tous ceux qui se trouvent à l’hôpital dans une minute. Il faut agir vite. Je vais les faire partir en voiture. Je ne vais pas attendre un bus. »

Parmi les responsables présents également sur les lieux, le superintendant en chef Dvir Tamim, qui dirige l’unité Yasam de la police israélienne.

« Tout l’hôpital était plongé dans la fumée. C’était le chaos dedans. Le personnel, les patients, tout le monde hurlait », raconte Tamim devant les caméras. Il ajoute avoir appelé de nombreux membres de son unité en renfort pour procéder à l’évacuation.

L’hôpital psychiatrique Eitanim, le 4 juillet 2004. (Crédit : Flash90)

Yaakobi note que de nombreux patients de l’hôpital restaient immobiles et que certains se sont même opposés avec ferveur à l’idée d’être évacués dans des voitures par des inconnus.

« Ils se couchaient sur le sol et je les ai fait entrer de force dans les voitures. Certains s’y sont opposés, ils ne comprenaient pas qui étaient ces gens venus ainsi leur faire quitter les lieux par la force. Et la fumée tout autour de nous nous empêchait de voir, nos yeux pleuraient. »

Il a averti le réseau de communication que le feu était très proche des bâtiments, demandant le renfort d’un avion bombardier d’eau.

En finalement, alors que les policiers voulaient fouiller l’endroit une dernière fois pour s’assurer qu’ils n’avaient oublié personne, le commandant de district leur a donné l’ordre de quitter immédiatement les lieux, les flammes étant sur le point de dévorer l’hôpital tout entier.

Les efforts livrés par les sapeurs-pompiers ont permis d’épargner l’hôpital qui reste aujourd’hui largement intact.

Le professeur Gadi Lubin, administrateur de l’hôpital Eitanim, a remercié Yaakobi et dit à la Treizième chaîne que la contribution apportée par ce dernier au bon déroulement de l’évacuation avait été « absolument déterminante ».

De la fumée sur une forêt proche de Jérusalem alors qu’un incendie se propage vers le sud de la ville sainte, le 16 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La chaîne a ajouté que les responsables pensaient que l’incendie avait été volontaire, deux foyers ayant été allumés à deux différents endroits à proximité de Beit Meir, un secteur où les randonneurs ne sont pas nombreux et où aucun objet susceptible d’avoir déclenché le feu par accident n’a été découvert.

Toutefois, aucune image montrant un individu allumer le feu ou fuyant la zone n’a encore été trouvée.

Le site d’information Walla a publié une vidéo montrant les deux foyers qui sont à l’origine de l’incendie, ajoutant que certains résidents de Beit Meir ont été interrogés par la police pour savoir s’ils avaient pu voir d’éventuels suspects fuir la zone.

Officiellement, le chef des services de lutte incendie Dedi Simchi a indiqué à la Treizième chaîne ne pas savoir si l’incendie était d’origine criminelle, notant que seule la police serait en mesure de le déterminer.

Cet incendie est devenu l’un des plus grands de toute l’histoire du pays, dépassant par son ampleur celui qui avait été le plus important jusqu’à présent, à toucher le secteur de Jérusalem, en 1995. Il avait détruit de vastes zones forestières, des sentiers de randonnée prisés et des parcs nationaux appréciés par les Israéliens, notamment le site de Sataf et Har Hatayasim.

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