Ioannina élit le premier maire juif de Grèce
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Ioannina élit le premier maire juif de Grèce

Moses Elisaf a remporté 51% des votes dans la ville qui, autrefois, était le coeur de la tradition juive romaniote du pays

Moses Elisaf, premier Juif élu maire en Grèce (Capture d'écran/YouTube)
Moses Elisaf, premier Juif élu maire en Grèce (Capture d'écran/YouTube)

Moses Elisaf, responsable de la minuscule communauté juive de la ville d’Ioannina, dans le nord de la Grèce, a été élu maire dimanche lors du scrutin local. Il serait le tout premier Juif de l’histoire moderne du pays à prendre la tête d’une municipalité.

Elisaf a recueilli 50,33 % des suffrages, l’emportant de justesse face au maire actuel Thomas Bega, qui a engrangé pour sa part 49,67 % des voix, a fait savoir le journal Ekathimerini. Selon le journal, c’est la première fois, dans la Grèce moderne, qu’un Juif est élu premier magistrat d’une municipalité.

Elisaf, professeur de pathologie à l’université, est le leader de la communauté juive locale depuis 17 ans et il a également été président du Bureau central des communautés juives de Grèce.

« Aujourd’hui, Ioannina a vécu un grand changement et a fait un grand bond en termes de progrès. Je ressens une émotion profonde et un sentiment de lourde responsabilité envers tous les habitants de ma ville », aurait-il déclaré, des propos repris par Ekathimerini.

Ce vote local a eu lieu cinq semaines avant les élections nationales et a vu le parti conservateur d’opposition « Nouvelle démocratie » l’emporter dans presque toutes les régions ainsi que dans les villes d’Athènes et de Thessalonique – sanctionnant la formation au pouvoir du Premier ministre Alexis Tsipras.

Elisaf s’était présenté sous une étiquette indépendante.

La communauté juive d’Ioannina n’est constituée aujourd’hui que d’une cinquantaine de personnes. Dans le passé, elle était néanmoins au centre de la tradition juive romaniote, vieille de 2 300 ans.

Les Juifs romaniotes, qui ne sont ni ashkénazes, ni séfarades, étaient nés des premières communautés juives d’Europe. Les registres indiquent que la première présence juive, en Grèce, remonte à l’an 300 avant l’ère commune.

Ces Juifs étaient devenus connus sous le nom de romaniotes et ils parlaient leur propre langue, le Yevanic, ou judéo-grec, une version du grec infusée de mots en hébreu et écrite avec le système d’écriture hébreu.

Au début du 20e siècle, environ 4 000 Juifs romaniotes vivaient à Ioannina. Mais face aux difficultés économiques et aux troubles qui avaient accompagné la fin de l’empire ottoman, un grand nombre d’entre eux avaient emboîté le pas à leurs compatriotes grecs et avaient émigré.

La majorité d’entre eux était partie pour les Etats-Unis et pour la Palestine mandataire, établissant des synagogues romaniotes à New York et à Jérusalem. Plus tard, une troisième devait être édifiée à Tel Aviv. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il ne restait qu’environ 2 000 Juifs romaniotes à Ioannina.

Des membres de la communauté juive, des dignitaires locaux et des diplomates étrangers participent à une cérémonie commémorative à la synagogue Kahal Kadosh Yashan, pour marquer les 70 ans des déportations nazies (Crédit : Gavin Rabinowitz/JTA)

Le 25 mars 1944, les occupants nazis allemands avaient rassemblé les Juifs d’Ioannina et les avaient déportés à Auschwitz.

Ils n’avaient été que 112 à survivre aux camps de la mort. Soixante-neuf étaient parvenus à échapper au rassemblement, se cachant auprès de familles chrétiennes ou fuyant dans les montagnes où certains avaient rejoint les rangs de la résistance grecque.

Il ne reste aujourd’hui que 5 000 Juifs en Grèce. 90 % des Juifs grecs auraient été tués pendant la Shoah.

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