Israël aurait violé l’espace aérien iranien en 2012
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Israël aurait violé l’espace aérien iranien en 2012

Le Wall Street Journal affirme que Washington aurait caché à Jérusalem des pourparlers avec Téhéran alors même que l'Etat juif suivait à la trace les avions de l'administration

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en compagnie du président américain Barack Obama, lors de sa visite à la Maison Blanche, le 4 mars 2014 (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en compagnie du président américain Barack Obama, lors de sa visite à la Maison Blanche, le 4 mars 2014 (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Le Wall Street Journal a rapporté vendredi qu’Israël avait violé l’espace aérien iranien en 2012 dans ce qui a été perçu par les États-Unis comme un galop d’essai pour une frappe contre les installations nucléaires de l’Iran et ce, malgré le fait que responsables américains aient gardé secrets leurs pourparlers avec Téhéran.

Le journal affirme que les États-Unis avaient « surveillé de près les bases militaires israéliennes et espionné les communications secrètes » en 2012, craignant que l’Etat juif ne prépare un attentat contre le site nucléaire de Fordo.

Le rapport dresse le portrait de deux alliés qui se sont graduellement montrés de plus en plus méfiants l’un envers l’autre, qui ont gardé leurs propres secrets et se sont engagés dans des activités clandestines.

Selon le rapport, « les nerfs ont lâché à la Maison Blanche » quand les Etats-Unis ont découvert l’activité aérienne israélienne au dessus de l’Iran. Washington a alors immédiatement envoyé un porte-avion pour le Moyen-Orient et a également préparé des avions d’attaque, au cas où, comme un haut fonctionnaire américain a déclaré au Journal, « le pire venait à éclater ».

Alors que l’administration Obama s’entretenait clandestinement avec l’Iran à Oman, les services de renseignement américains surveillaientt de leur côté les communications israéliennes pour s’assurer que Jérusalem n’était pas au courant des rencontres, a indiqué le journal. Mais au cours d’une rencontre à la Maison Blanche en septembre 2013, Yaakov Amidror, alors conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahu à la sécurité nationale, a révélé à son homologue américaine Susan Rice qu’Israël avait identifié des avions banalisés du gouvernement des États-Unis à Mascate, lieu où se tenaient les négociations secrètes.

Rice avait convoqué Amidror à la Maison Blanche pour l’informer que le Président américain Barack Obama passait à ce moment un appel téléphonique historique à son homologue iranien Hassan Rouhani.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu consulte ses conseillers à Blair House à Washington en mai 2011. Gil Shefer est à l'extrême gauche. Dore Gold est à l'extrême droite. Ron Dermer assis, deuxième à partir de la droite, avec le dos à la caméra en chemise à manches courtes. Yaakov Amidror (barbu), Yitzhak Molcho (partiellement obscurci par Netanyahu) et l'ancien secrétaire du cabinet Zvi Hauser (T-shirt noir, lunettes) sont également à la table (Crédit : Avi Ohayon / Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu consulte ses conseillers à Blair House à Washington en mai 2011. Gil Shefer est à l’extrême gauche. Dore Gold est à l’extrême droite. Ron Dermer assis, deuxième à partir de la droite, avec le dos à la caméra en chemise à manches courtes. Yaakov Amidror (barbu), Yitzhak Molcho (partiellement obscurci par Netanyahu) et l’ancien secrétaire du cabinet Zvi Hauser (T-shirt noir, lunettes) sont également à la table (Crédit : Avi Ohayon / Flash90)
L'ancien conseiller à la sécurité nationale Yaakov Amidror avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie d'adieu en l'honneur d'Amidror, le 3 novembre 2013 (Crédit photo: Kobi Gideon / GPO / Flash90)
L’ancien conseiller à la sécurité nationale Yaakov Amidror avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie d’adieu en l’honneur d’Amidror, le 3 novembre 2013 (Crédit photo: Kobi Gideon / GPO / Flash90)

Au même moment, les relations entre les dirigeants des deux pays ont commencé à se dégrader. Obama et Netanyahu qui, avant de remporter chacun les élections dans leurs pays respectifs, partageaient le même avis sur la manière de traiter avec l’Iran, ont vu leurs avis diverger de plus en plus jusqu’en 2009, une fois qu’ils avaient tous les deux pris leurs fonctions. Des parlementaires républicains avaient rapporté à Netanyahu que Barack Obama était « pro-arabe », a dit le Wall Street Journal, citant des responsables israéliens. Ces conversations étaient ensuite parvenues jusqu’à la Maison Blanche.

En conséquence, selon le journal, le Président américain a alors pris des mesures visant à rassurer Israël, notamment en développant des opérations secrètes communes déjà existantes contre l’Iran et en renforçant la coopération entre la CIA et le Mossad. Cependant, les Américains étaient réticents à approuver certains des plans drastiques d’Israël, comme par exemple renverser le système financier iranien ou faire changer le régime du tout au tout.

Les relations ont commencé à se détériorer plus sérieusement encore à la suite d’une réunion en mai 2009 entre les deux dirigeants à la Maison Blanche, à l’issue de laquelle Netanyahu a commencé à briefer les journalistes immédiatement, sans une coordination préalable avec l’administration américaine.

Selon le rapport, la détermination de Netanyahu à effectuer une frappe militaire contre les installations nucléaires iraniennes a également suscité l’anxiété à la Maison Blanche. Un plan israélien visant à attaquer de l’intérieur Fordo, site nucléaire lourdement fortifiée, a été considérée comme une « mission suicide » par les États-Unis qui ont refusé de vendre à l’Etat juif le matériel qu’il estimait nécessaire pour procéder à l’attaque.

Les États-Unis ont tenté de rassurer Israël sur la question, essayant de convaincre l’Etat juif que de se livrer à une activité accrue secrète contre l’Iran – Obama s’étant même engagé publiquement à une frappe militaire – aboutirait à un échec des négociations. Cela n’a pourtant pas suffi à dissuader Netanyahu et, en 2012, le service de renseignement américain a rapporté « une avalanche de réunions » entre le Premier ministre et ses hauts fonctionnaires de la défense.

Les responsables israéliens, rapporte le journal, ont cherché à obtenir du « matériel militaire américain utile pour une frappe » à l’été 2012. » Au sommet de la liste figuraient V-22 Ospreys, des avions qui décollent et atterrissent comme des hélicoptères, mais qui volent comme des avions à voilure fixe … les Israéliens aussi parlé aux fonctionnaires du Massive Ordnance Penetrator, un bombardier de l’armée américaine capable de frapper des bumkers, qui a été conçu pour détruire Fordo. »Selon Gary Samore, coordinateur de la Maison Blanche d’Obama pour le contrôle des armes et des armes de destruction massive, l’administration a fait savoir qu’elle considérait cela comme «une grandee erreur » et selon le Wall Stree Journal Journal, « la Maison blanche a décidé de ne pas fournir le matériel. »

Toujours elon l’article, tout cela a conduit les Etats-Unis à croire qu’Israël envisageait sérieusement une frappe contre l’Iran et l’administration Obama a donc intensifié sa surveillance de l’activité aérienne israélienne. Cette surveillance a montré aux Etats-Unis qu’Israël pratiquait des « missions de frappe » en s’efforçant de travailler sur la manière de pénétrer dans l’espace aérien iranien sans se faire repérer.

Selon le Wall Street Journal, la nature fracturée du renseignement a fait croire – à tort – aux Américains qu’Israël avait déjà effectué une « répétition » en prévision d’une attaque contre l’Iran, et a décidé de laisser Jérusalem dans le flou à propos de ses négociations secrètes . Cela a également convaincu les États-Unis qu’une solution diplomatique était requise d’urgence.

Les responsables américains promettent désormais « de travailler en étroite collaboration avec leurs homologues israéliens pour surveiller la conformité de l’Iran àl’accord international », conclut le journal. « Mais il est difficile de savoir comment la Maison Blanche va réagir à toutes les actions israéliennes clandestines contre le programme nucléaire de l’Iran, que les fonctionnaires israéliens actuels et passsés affirment qu’il était indispensable pour préserver leur pays. Une clause dans l’accord dit que les grandes puissances vont aider les Iraniens à sécuriser leurs installations contre le sabotage. Les fonctionnaires du Département d’Etat ont déclaré que la clause ne concernait pas la protection des sites les sites nucléaires iraniens d’actions venant d’Israël « .

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