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Israël et antisémitisme : Wikipedia décrète l’ADL « source non-fiable »

Le contributeur qui a initié la délibération visant à interdire d'utiliser le groupe juif comme source d'information l'accuse de "politisation éhontée" ; seule une petite minorité a pris la défense du groupe

Le logo "Wikipedia" sur un écran de tablette à Paris, le 4 décembre 2012. (Crédit : AFP Photo/Lionel Bonaventure)
Le logo "Wikipedia" sur un écran de tablette à Paris, le 4 décembre 2012. (Crédit : AFP Photo/Lionel Bonaventure)

JTA — Les contributeurs de Wikipedia ont décrété, lors d’un vote, que l’Anti-Defamation League (ADL) devait être considérée comme « généralement non-fiable » s’agissant de ses informations sur le conflit israélo-palestinien, ajoutant l’organisation à la liste de ses sources interdites et partiellement interdites.

Une majorité écrasante d’éditeurs impliqués dans le débat sur l’ADL ont également jugé que l’ADL n’était pas non plus fiable sur la question de l’antisémitisme, qui est pourtant au cœur de son action. Un communiqué officiel sera bientôt émis sur le sujet.

La décision qui a été prise, la semaine dernière, sur les informations transmises par l’ADL en lien avec l’État juif, signifie que l’un des groupes de veille juifs les plus importants et les plus anciens des États-Unis – un groupe qui a été considéré, dans l’Histoire, comme une autorité sur la question de l’antisémitisme – a dorénavant rejoint les rangs du National Inquirer, de Newsmax ou d’Occupy Democrats en tant que source de propagande ou de désinformation aux yeux de la fameuse encyclopédie en ligne.

De plus, à une quasi-unanimité, les dizaines de contributeurs de Wikipedia qui étaient impliqués dans la discussion ont dit croire que l’ADL ne devait plus être citée en ce qui concerne les informations factuelles sur l’antisémitisme parce que ses actions étaient celles d’une organisation pro-israélienne avant tout, ajoutant que le groupe avait tendance à considérer les critiques légitimes d’Israël comme des manifestations de haine anti-juive.

« L’ADL ne semble plus adhérer à une définition sérieuse, intellectuellement logique et grand public de l’antisémitisme, choisissant plutôt de s’adonner à une politisation éhontée du sujet qui lui valait, dans le passé, d’être saluée pour sa fiabilité », a écrit un éditeur connu sous le nom d’Iskandar323, dont la demande initiale d’ouvrir un débat sur l’ADL a finalement entraîné cette interdiction.

Dans un communiqué, l’ADL a déclaré que la décision prise par Wikipedia entrait dans le cadre d’une « campagne visant à ôter toute légitimité à l’ADL », ajoutant que les contributeurs qui se sont opposés à l’interdiction « se sont livrés à des réfutations, point par point, s’appuyant sur des citations factuelles face à toutes les accusations qui ont été lancées – mais il semble apparemment que les faits n’aient plus d’importance ».

« C’est un développement triste pour la recherche et pour l’éducation mais l’ADL ne se laissera pas décourager dans son combat contre l’antisémitisme et contre toutes les formes de haine », a continué le communiqué.

Jonathan Greenblatt, directeur général de l’Anti-Defamation League, lors de la conférence « Never is Now », à New York, le 5 mars 2024. (Crédit : Autorisation)

La capacité de l’ADL à mener à bien sa mission est directement liée à sa crédibilité – une crédibilité qui a essuyé un coup significatif avec la décision qui a été prise par Wikipedia, explique James Loeffler, professeur d’Histoire juive à l’université Johns Hopkins.

« Internet est une source majeure de menaces », affirme Loeffler. « Perdre ce sceau de confiance va entraver la capacité de l’ADL à toucher le public numérique et à contrer la haine qui s’exprime en ligne. Nous avons désespérément besoin d’une analyse solide, basée sur des preuves de l’antisémitisme contemporain. Sans une autorité considérée comme fiable, nous assisterons probablement à plus de politisation, à plus de polarisation et ce, au détriment de tous, en particulier au détriment des Juifs vulnérables ».

Les contributeurs volontaires de Wikipedia débattent de la fiabilité de l’ADL depuis des années, le groupe essuyant les critiques de plus en plus marquées de la gauche et de la droite. Des inquiétudes qui avaient finalement entraîné de nouvelles discussions sur cette interdiction de s’appuyer sur les sources provenant de l’ADL au mois d’avril dernier avec un débat qui, pendant plusieurs mois, a débouché sur des centaines de commentaires écrits par des dizaines de contributeurs.

Une minorité relativement petite d’éditeurs ont cherché, pour leur part, à défendre l’ADL, affirmant que les statistiques et les analyses de l’organisation sont largement reprises par de nombreux médias qui bénéficient eux-mêmes de la confiance de Wikipedia. Les défenseurs du groupe de veille disent que ses critiques ne sont pas parvenus à démontrer le fait que l’ADL pouvait être biaisée ou partisane, échouant à prouver que l’organisation diffuserait de fausses informations.

Les contributeurs qui soutiennent l’interdiction évoquent la conduite de l’ADL suite au massacre commis, le 7 octobre, par le Hamas dans le sud d’Israël ; la guerre qui a suivi à Gaza et la vague de manifestations pro-palestiniennes qui a balayé les campus américains.

De nombreux contributeurs ont indiqué que l’organisation avait nui à sa crédibilité en changeant sa catégorisation des incidents antisémites. Sa nouvelle méthodologie a ainsi intégré de nombreuses manifestations propalestiniennes dans son audit annuel sur la haine antijuive, un audit qui a fait état d’un antisémitisme en forte recrudescence au cours de l’année qui s’est écoulée.

Des activistes anti-israéliens participent à un défilé à l’occasion du 76e anniversaire de la création de l’État d’Israël, la « Nakba » – la catastrophe en arabe – à Brooklyn, à New York, le 11 mai 2024. (Crédit : Leonardo Munoz/AFP)

Une série de déclarations controversées qui ont été faites par le directeur-général de l’ADL, Jonathan Greenblatt – qui a affirmé que les manifestations étudiantes étaient soutenues par l’Iran, qui a comparé le keffieh à la croix gammée, qui a salué Elon Musk après sa promotion d’un post antisémite sur sa plateforme X et qui a comparé l’antisionisme à la suprématie blanche. Les contributeurs ont souligné l’information portant sur une révolte des employés de l’ADL après ces propos.

Les deux parties se sont attardées sur une définition controversée de l’antisémitisme que l’ADL a fait sienne. Cette définition qui a été établie par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), a été approuvée par des centaines d’universités, entreprises et autorités locales ainsi que par la Chambre des Représentants. Mais elle est contestée, avec des critiques qui déclarent qu’elle est trop large et qu’elle pourrait être utilisée pour réduire au silence le discours pro-palestinien.

Un grand nombre des critiques proférées par les contributeurs sont des choses que la gauche politique dit depuis des années, selon Dov Waxman, directeur du Centre d’études pour Israël au sein de l’université de Californie, à Los Angeles.

« A gauche, l’ADL est souvent rejetée et considérée comme un mauvais acteur, un organe de propagande », commente Waxman. « Mais si ce phénomène doit commencer à aller au-delà de la gauche et de Wikipedia et autres sources et que les journalistes commencent à ignorer les données de l’ADL, alors ça deviendra un réel problème pour les Juifs américains qui s’inquiètent – et on les comprend – de l’essor de l’antisémitisme ».

En déclarant que l’ADL est « généralement non-fiable », Wikipedia dit à ses usagers que « cette source ne doit pas être utilisée et qu’elle ne doit jamais l’être concernant une personne encore en vie ». Wikipedia ne devrait pas toutefois interdire totalement l’ADL ; un nombre suffisant d’éditeurs ont estimé qu’une partie du travail de l’organisation, et notamment sa base de données sur les symboles de haine, devait encore être considéré comme digne de confiance.

Sur cette photo d’archive du mercredi 18 janvier 2012, une page d’atterrissage du blackout est affichée sur un écran d’ordinateur portable à l’intérieur de la  » salle de guerre anti-Sopa  » dans les bureaux de la Wikipedia Foundation à San Francisco. (Crédit : AP Photo/Eric Risberg)

Cette querelle entre contributeurs sur la question de la fiabilité factuelle et de la partialité de l’organisation arrive dans le sillage de débats récents sur la manière de catégoriser les médias d’information conservateurs. Wikipedia a examiné de manière répétée le dossier Fox News, affirmant à chaque reprise que la chaîne ne devait pas être considérée comme digne de confiance s’agissant des problématiques politiques et scientifiques. Au début de l’année, il a été décidé, par consensus, que le New York Post ne devait pas être utilisée comme source, en particulier en matière politique.

Ce n’est pas la première fois que les contributeurs de Wikipedia mettent en doute la fiabilité d’une source juive. En 2021, ils avaient discuté de la couverture des sujets relatifs à la gauche et aux groupes musulmans du côté du Jewish Chronicle, un journal britannique, décidant finalement qu’il devait être considéré comme « généralement fiable » malgré des inquiétudes portant sur sa partialité. La même année, les éditeurs de Wikipedia avaient interdit l’encyclopédie en ligne Jewish Virtual en raison de préoccupations liées à son exactitude et à un parti-pris pro-israélien présumé. Au début de l’année, cela a été le tour de NGO Monitor, un groupe de veille pro-israélien dont le siège est à Jérusalem.

Cela fait longtemps que Wikipedia est un champ de bataille intellectuel impliquant les Juifs et Israël et les éditeurs bénévoles qui sont en charge du site ont parfois rencontré des difficultés à faire respecter l’ordre. L’année dernière, par exemple, un scandale avait éclaté lorsque deux universitaires avaient déclaré qu’un groupe de contributeurs dénaturaient en permanence l’Histoire de la Shoah sur la plateforme. Plus récemment, des querelles ont opposé les contributeurs sur les pages consacrées au massacre du 7 octobre en Israël, un massacre qui avait été commis par le Hamas, et à la guerre qui a suivi.

Pour Mira Sucharov, professeure de sciences politiques à la Carleton University, la décision prise par Wikipedia est une opportunité majeure de réfléchir aux raisons expliquant l’attention accrue qui est actuellement portée à l’ADL et l’occasion de réexaminer les approches communautaires de la lutte contre l’antisémitisme.

« C’est le signe que la communauté juive a besoin de meilleures institutions », estime-t-elle.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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