Israël refuse l’entrée à l’historien français Vincent Lemire
Le professeur a critiqué à maintes reprises les opérations israéliennes à Gaza et dénoncé la situation humanitaire dans l’enclave tout en appelant à la libération des otages
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Israël a refusé la semaine dernière l’accès à son territoire à Vincent Lemire, historien français très médiatisé et professeur à l’université Paris-Est Gustave-Eiffel, un établissement spécialisé dans l’étude des villes et des processus d’urbanisation.
Le professeur connu pour ses nombreux propos anti-Israël, qui travaille sur Jérusalem à l’époque ottomane et le conflit israélo-palestinien, détenait un visa valide et devait arriver dimanche. Quatre jours avant son départ, il a reçu un courriel de l’Autorité de l’État Civil et de l’Immigration lui notifiant la révocation de son visa, sans explication.
L’Autorité israélienne de la population, de l’immigration et des frontières a précisé que ce refus faisait suite à une recommandation de la police israélienne. Ni la police, ni le ministère israélien des Affaires étrangères n’ont souhaité commenter.
Plus tôt ce mois-ci, un chercheur judéo-américain résidant temporairement en Israël s’était vu refuser l’entrée pour avoir été qualifié « d’anarchiste appelant à la destruction d’Israël ».
Vincent Lemire a dirigé de 2019 à août 2023 le Centre de recherche français à Jérusalem, rattaché au consulat général de France, chargé de promouvoir la culture française et francophone. Depuis qu’il a quitté Israël il y a trois ans, il s’y rend régulièrement. La visite prévue comprenait une vingtaine de séminaires et de rencontres avec des chercheurs et étudiants israéliens et palestiniens, ainsi que des discussions sur la traduction de ses ouvrages en hébreu.
Selon les règles de l’Autorité israélienne de l’immigration, les citoyens français n’ont pas besoin de visa pour entrer en Israël, mais doivent remplir un formulaire en ligne appelé Electronic Travel Authorization (ETA) et payer 25 shekels. L’ETA de Lemire était encore valable pour un an. Le courriel reçu le 7 janvier précisait : « En raison d’un changement de circonstances vous concernant, l’approbation ETA-IL pour la demande (…) qui vous a été accordée le 27/02/2025 est révoquée. »
Vincent Lemire a critiqué à maintes reprises les opérations israéliennes à Gaza et dénoncé la situation humanitaire dans l’enclave tout en appelant à la libération des otages israéliens.
Il a aussi réclamé des sanctions contre Israël, notamment dans une tribune publiée en août avec l’ancien ambassadeur d’Israël en France, Elie Barnavi, appelant le président français Emmanuel Macron à intervenir pour permettre l’acheminement de nourriture et de soins à Gaza.
Le 22 septembre, invité sur Focus Dimanche sur RTL, Lemire était revenu sur l’opération des bipeurs menée par Israël, qui avait ciblé le Hezbollah pro-Iran le 17 septembre. Présenté par l’animateur Mohamed Bouhafsi comme « le plus grand spécialiste du Moyen-Orient », Lemire a mis cette opération en perspective avec les événements du 7 octobre 2023 : « Ce qui est arrivé mardi et mercredi [17 et 18 septembre, au Liban], moi, je le mets en miroir avec le 7 octobre », mettant sur le même plan un pogrom ayant tué plus de 1 200 victimes et fait plus de 250 otages, à une opération anti-terroriste pour le moins minutieusement ciblée.
Lemire accorde régulièrement des interviews aux médias français sur le conflit israélo-palestinien et a été critiqué publiquement en octobre par l’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka, à propos de ses publications sur Gaza.
Lemire dit avoir également constaté un changement d’attitude des agents de sécurité lors de ses passages à l’aéroport de Paris, qu’il décrit comme « une forme d’intimidation ».
« C’est mon terrain de recherche depuis 25 ans, mon laboratoire à ciel ouvert et, en termes de liberté académique, cela est très problématique », a-t-il déclaré à l’AFP, évoquant une dynamique similaire à l’interdiction récente de 37 ONG à Gaza qui refusent, comme Médecins sans frontières, de donner la liste des employés palestiniens locaux pour des raisons de sécurité puisque nombre d’employés d’agences dites humanitaires ont participé activement au pogrom du 7-Octobre ou ont été liés aux terroristes de l’enclave.
« Comme pour les 37 ONG interdites de travailler à Gaza, on a l’impression qu’on est dans une dynamique de règlement de compte » à l’égard des voix critiques d’Israël.
Le ministre français de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste a dénoncé sur X une « atteinte aux libertés académiques ». « Un monde qui accepte qu’on mette des frontières à la recherche est un monde qui se condamne à délaisser progressivement la quête du savoir comme ambition collective », a-t-il affirmé.
L’AFP a contribué à cet article.
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