Israël rejette l’immigration des Juifs ougandais, colère des massorti US
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Israël rejette l’immigration des Juifs ougandais, colère des massorti US

Le ministère de l'Intérieur refuse les conversions non-orthodoxes des Juifs Abayudaya, reconnues par l’Agence juive, creusant davantage le fossé entre Juifs d’Israël et de diaspora

  • Juifs de la communauté ougandaise Abayudaya participant au projet Shabbat. (Autorisation : Projet Shabbat)
    Juifs de la communauté ougandaise Abayudaya participant au projet Shabbat. (Autorisation : Projet Shabbat)
  • Sept garçons de la communauté juive Abayudaya célèbrent leur bar-mitsva, le 18 octobre 2014. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israel)
    Sept garçons de la communauté juive Abayudaya célèbrent leur bar-mitsva, le 18 octobre 2014. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israel)
  • Les jeunes Abayudaya lors d'un voyage inédit de Birthright en Israël s’approchent du Mur occidental le 27 août 2018. (Capture d'écran)
    Les jeunes Abayudaya lors d'un voyage inédit de Birthright en Israël s’approchent du Mur occidental le 27 août 2018. (Capture d'écran)
  • La communauté Abayudaya est passée de 300 en 1980 à plus de 2 000 aujourd'hui. Ici, un groupe pose devant une soucca. (Melanie Lidman / Times of Israël)
    La communauté Abayudaya est passée de 300 en 1980 à plus de 2 000 aujourd'hui. Ici, un groupe pose devant une soucca. (Melanie Lidman / Times of Israël)

JTA – Des Juifs américains ayant des liens avec une petite communauté de Juifs d’Ouganda condamnent la décision du ministère de l’Intérieur d’Israël de rejeter le droit de ces juifs d’immigrer en Israël.

Le ministère a répondu à une requête de Kibita Yosef à la Cour suprême, un Juif ougandais qui avait demandé l’autorisation de faire son alyah.

Yosef, qui s’est converti au judaïsme en 2008 sous les auspices du mouvement massorti, a d’abord demandé à immigrer en Israël lorsqu’il étudiait dans une yeshiva en vertu de la Loi du Retour. La loi permet à tous les Juifs, y compris les Juifs convertis, de devenir citoyens.

Mais le ministère de l’Intérieur, en charge de la citoyenneté, a rejeté la demande de Yosef, selon le quotidien Haaretz. Yosef a fait appel à la Cour suprême, qui devrait rendre sa décision la semaine prochaine et pourrait annuler celle du ministère.

Le conflit pourrait avoir des conséquences potentielles pour les Juifs du monde entier.

« Nous sommes profondément déçus par la décision du ministère de l’Intérieur », a déclaré le rabbin Jacob Blumenthal, PDG de la Synagogue unie du judaïsme massorti et de l’Assemblée rabbinique, qui entretient des relations de longue date avec la communauté juive Abayudaya en Ouganda. « Nous voyons cela comme une insulte profonde au mouvement massorti. »

Illustration : Un Juif ougandais Abayudaya se penche pour toucher un rouleau de la Torah porté par Enosh Keki Mainah, 23 ans, à gauche, pendant les services de Shabbat à la synagogue de Nabugoya, en Ouganda, le 3 mars 2002. (AP Photo / Sayyid Azim / File)

Les Abayudaya ont commencé à pratiquer le judaïsme en 1919 après qu’un dirigeant ougandais, Semei Kakungulu, se fut déclaré Juif et ait commencé à adopter des pratiques juives. En 2002, le mouvement massorti a commencé à superviser les conversions officielles dans la communauté.

La communauté ougandaise est affiliée à Masorti Olami, l’organisation internationale représentant les communautés massorti du monde entier, et abrite une section de Marom, un groupe de jeunes du mouvement massorti. Gershom Sizomu est devenu plus tard le premier rabbin ougandais après son ordination à la Ziegler School of Rabbinic Studies, le séminaire du mouvement massorti à Los Angeles. Une femme de la communauté, Shoshanna Nambi, est maintenant étudiante rabbinique au Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion du mouvement réformé.

Blumenthal a déclaré qu’il avait visité la communauté en Ouganda et observé « le dynamisme de leur vie juive » et « leur amour profond d’Israël et du peuple juif ». L’Agence juive, l’organisation para-gouvernementale en Israël qui facilite et encourage l’immigration en Israël, a reconnu la judéité des Juifs ougandais.

Mais le ministère de l’Intérieur, qui a le dernier mot sur les questions de citoyenneté, avec à sa tête Aryeh Deri, chef du parti ultra-orthodoxe Shas, a adopté une approche différente.

Le rabbin Gershom Sizomu, chef spirituel de la communauté juive Abayudaya, dans un village près de Mbale, dans l’est de l’Ouganda, le 2 juillet 2016. (AFP / Michael O’Hagan)

Dans un document du tribunal cet été, le ministère a édicté une nouvelle politique sur les communautés juives « émergentes » comme les Abayudaya, a rapporté Haaretz. Selon cette politique, ces communautés ne seraient pas éligibles à immigrer en vertu de la Loi du Retour, qui stipule que seuls ceux qui se convertissent au judaïsme dans une communauté juive « reconnue » sont autorisés à immigrer.

Yosef, dont le dossier d’immigration est sur la sellette, est représenté par le Centre d’action religieux israélien.

La décision ultime sur son cas pourrait avoir des ramifications considérables pour les Juifs vivant en dehors d’Israël.

« C’est également une bataille pour déterminer qui définit le judaïsme », a déclaré le rabbin Bradley Artson, doyen de la Ziegler School of Rabbinic Studies.

La validité de la conversion par des rabbins non-orthodoxes, et même par des rabbins orthodoxes qui ne répondent pas aux normes du grand rabbinat israélien ultra-orthodoxe, est un sujet controversé depuis de très nombreuses années. Les convertis au judaïsme qui partent en Israël dont les conversions ne sont pas reconnues par le grand rabbinat ne peuvent pas se marier en Israël, car le grand rabbinat contrôle les mariages. Les conversions réformées et massorti effectuées en Israël ne sont pas reconnues depuis des années.

Bien que la décision pour le cas de Yosef n’aurait pas d’impact immédiat sur le statut d’immigration potentielle des convertis non-orthodoxes dans les communautés juives établies, le rejet des conversions de la communauté ougandaise pourrait jeter le doute sur d’autres conversions effectuées par ces mêmes rabbins massorti.

« Soyons clairs, nier que les Abayudaya sont authentiquement juifs, c’est d’une certaine façon dire que mon école rabbinique n’est pas une authentique école rabbinique et que je ne suis pas un rabbin authentique », a déclaré Artson, qui a participé à la conversion de centaines de Juifs ougandais.

Chef du réseau rabbinique T’ruah pour les droits de l’homme Rabbi Jill Jacobs. (Tamara Fleming Photography)

La femme rabbin Jill Jacobs, directrice exécutive de T’ruah, une organisation rabbinique de défense des droits de l’homme, a condamné la position du ministère de l’Intérieur sur l’affaire Yossef comme étant du « racisme pur ».

« Je suis très fière que le mouvement conservative, auquel j’appartiens, ait forgé une relation solide avec cette communauté, notamment en ordonnant un rabbin et en luttant pour les droits de cette communauté en Israël », a-t-elle écrit dans un tweet. « C’est du racisme pur de la part de l’État. La Haute Cour doit faire ce qu’il faut. »

Interrogé sur la question de savoir si la décision avait un rapport avec la couleur de peau, Artson a répondu qu’il n’était pas sûr des « motivations profondes » du ministère.

« Mais cela a certainement l’apparence du racisme », a-t-il déclaré.

Blumenthal a déclaré que la décision de rejeter la revendication de Yosef ne ferait que séparer davantage les Juifs américains d’Israël.

« C’est un autre exemple de fossé que le gouvernement israélien crée entre certains en Israël et le peuple juif hors d’Israël », a-t-il déclaré.

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