Israël suspend les exportations d’une firme technologique d’espionnage
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Israël suspend les exportations d’une firme technologique d’espionnage

Le ministère de la Défense a suspendu les autorisations d'Ability Computer and Software Industries et d'Ability Security Systems. Les détails sont placés sous embargo

Le ministère de la Défense à Tel Aviv, le 29 août 2016 (Crédit :  Miriam Alster/Flash90)
Le ministère de la Défense à Tel Aviv, le 29 août 2016 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le ministère de la Défense a suspendu mardi les licences de deux filiales de la compagnie technologique israélienne Ability pour avoir contrevenu aux lois sur les exportations. Un embargo a été imposé sur la plupart des détails de l’enquête.

Les deux entreprises — Ability Computer and Software Industries, et Ability Security Systems — sont soupçonnées d’avoir commercialisé et exporté des systèmes d’écoute et de localisation de manière illégale et sans autorisation, a expliqué le ministère.

Les représentants des deux firmes ont été convoqués mardi pour une audience par le ministère de la Défense suite à des investigations.

La décision de la suspension des autorisations qui servent, selon l’entreprise, à « fournir des technologies de renseignement aux agences gouvernementales et aux armées » est une initiative inhabituelle de la part du ministère.

Illustrative photo of satellite dishes (photo credit: Nati Shohat/Flash90)
Photo d’illustration d’une parabole satellite (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Au terme des procédures, Ability Security Systems a été suspendu du registre des exportations de la Défense ainsi que ses licences de commercialisation, d’exportation et de cryptage. Ability Computer and Software Industries ont écopé de la même suspension.

Les exportations israéliennes en matière de Défense sont régulées conformément à une loi de 2007 qui exige des contractants du secteur de prendre en compte quelles armes israéliennes seront utilisées et dans quelles circonstances. Cette loi a pour objectif d’empêcher les firmes de vendre en toute connaissance de cause des armements à des pays ayant l’intention de les utiliser pour commettre les atrocités.

Alors que les contractants doivent, selon la loi, prendre en considération les éventuelles violations aux droits de l’Homme, cette exigence peut être contournée pour des raisons diplomatiques ou sécuritaires.

Actuellement, le droit israélien n’interdit que la vente d’armes à destination de pays placés sous un embargo officiel de la part du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce type d’embargo ne survient que rarement – généralement à cause des vetos opposés par la Chine et par la Russie.

Israël a été accusé d’avoir vendu des armes et des services militaires à des nations contrevenant aux droits de l’Homme dans le monde depuis des décennies – notamment à l’Afrique du Sud sous apartheid, au Rwanda au cours du génocide de 1994 et plus récemment au sud-Soudan, malgré un embargo des armes presque universel imposé en raison de la guerre civile sanglante qui a déchiré le pays.

L’entreprise israélienne NSO est actuellement traduite en justice pour vente présumée de matériel d’espionnage à des gouvernements avec des antécédents douteux en termes de droits de l’Homme. La Douzième chaîne a rapporté le mois dernier que NSO avait fait appel au service de la société d’investigations privée controversée Black Cube pour enquêter sur les personnalités impliquées dans ce dossier, une affirmation niée par le NSO Group.

Le logo de l’entreprise israélienne NSO Group sur un bâtiment où se trouvaient les bureaux de l’entreprise jusqu’à 2016 à Herzliya. (Crédit : AP Photo/Daniella Cheslow)

Récemment, l’Etat juif a également été accusé d’avoir fourni au Myanmar des « armes avancées » utilisées pendant la campagne de nettoyage ethnique du pays contre les musulmans Rohingyas. Le ministère de la Défense a admis l’année dernière qu’Israël avait en effet vendu des armements au Myanmar dans le passé mais que tous les contrats avaient été gelés début 2017.

En 2018, le président philippin controversé Rodrigo Duterte avait déclaré au président Reuven Rivlin que son pays n’achèterait des armes qu’en Israël en raison du manque de limitations en vigueur dans le pays. Il avait déjà noté dans le passé qu’il considérait l’Etat juif comme un fournisseur alternatif en termes d’armement après que les Etats-Unis et d’autres pays ont refusé de lui vendre des armes en raison de ses violations faites aux droits de l’Homme.

Le nouveau drone kamikaze Mini-Harpy d’Israel Aerospace Industries, dévoilé lors du salon Aero India à Bangalore, en Inde, au mois de février 2019 (Crédit : Israel Aerospace Industries)

Israël a été critiqué aussi pour sa coopération avec l’Azerbaïdjan, un autre pays accusé de violations faites aux droits de l’Homme – même s’il est l’un des quelques Etats à majorité musulmane avec lesquels l’Etat juif entretient une relation ouvertement positive.

L’Azerbaïdjan est considéré comme un allié important dans la mesure où le pays partage une frontière avec l’ennemi juré de l’Etat juif, l’Iran. L’année dernière, le président Ilham Aliyev a révélé que l’Azerbaïdjan avait acheté pour cinq milliards de dollars d’armes et de systèmes de défense à Israël.

Au mois de février, le hauts-responsables du fabricant israélien de drones Aeronautics Defense Systems Ltd. ont été suspendus, soupçonnés d’avoir testé l’un de leurs « drones suicides » contre les militaires arméniens pour le compte de l’Azerbaïdjan en 2017.

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