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Israël teste la livraison de sang et d’autres fournitures médicales par drone

En cas de guerre ou de catastrophe naturelle, les drones pourraient être utiles pour acheminer sang et médicaments vers les hôpitaux de la périphérie et l'armée sur le terrain

Des unités de sang sont déballées après leur arrivée par drone au Centre hospitalier de Galilée à Nahariya, le 28 mars 2023. (Crédit : Roni Albert/Centre hospitalier de Galilée)
Des unités de sang sont déballées après leur arrivée par drone au Centre hospitalier de Galilée à Nahariya, le 28 mars 2023. (Crédit : Roni Albert/Centre hospitalier de Galilée)

Le 28 mars dans la matinée, un drone autonome transportant 3,8 litres de sang a décollé à 9h42 du matin du centre hospitalier Rambam de Haïfa pour atterrir 13 minutes plus tard sur le terrain de l’hôpital de Galilée à Nahariya, près de la frontière d’Israël avec le Liban, dans le nord du pays.

Les poches de sang ont été soigneusement vérifiées après leur voyage de 25,2 kilomètres dans les airs et se sont avérées en parfait état, prêtes à l’emploi.

Le vol du 28 mars fait partie d’un projet pilote impliquant plusieurs organisations médicales et organismes gouvernementaux qui étudient la faisabilité du transport par drone de sang et d’autres fournitures médicales de première nécessité aux hôpitaux.

L’objectif est de banaliser cette pratique, en particulier au profit des centres hospitaliers de la périphérie susceptibles d’être coupés du reste du pays en cas de guerre ou de catastrophe naturelle.

« Quand la situation se gâte à la frontière, il n’est pas rare que des centaines de roquettes pleuvent. Nous pourrions nous retrouver isolés durant plusieurs jours », explique le Dr Zvi Sheleg, directeur général adjoint du Centre hospitalier de Galilée.

Sheleg, directeur de cette initiative pour l’hôpital, s’est entretenu avec le Times of Israel le 4 avril, un jour avant que 34 roquettes ne soient tirées vers Israël depuis le Liban.

Des roquettes ont également été tirées depuis la bande de Gaza, les deux attaques étant attribuées au Hamas.

Au moment de la rédaction de cet article, on ignorait si ces conflits étaient terminés.

Selon Idita Israeli, responsable de l’innovation pour la Direction des centres hospitaliers publics, cette initiative autour des drones a commencé pendant la pandémie de COVID par des vols à destination et en provenance de deux hôpitaux gériatriques, de deux établissements psychiatriques et d’un hôpital général du centre d’Israël.

Les transferts concernaient alors principalement des fournitures non réglementées comme des masques.

« Quand nous avons vu que cela fonctionnait, nous avons décidé de tester le transport de fournitures réglementées et essentielles comme le sang, les tests de laboratoire, les médicaments ou les organes destinés à la transplantation », explique-t-elle.

La première étape de cette nouvelle phase du projet pilote est le convoyage de sang et de composants sanguins par drone, en coopération avec plusieurs autorités clés, parmi lesquelles l’Autorité de l’innovation de la Direction des centres hospitaliers publics du ministère de la Santé, le Service national du sang du Magen David Adom, l’Autorité de l’aviation civile d’Israël, l’armée et les forces de l’ordre israéliennes et les sociétés privées de drones.

« Il nous fallait vérifier que le sang supportait aussi bien le transport par drone que par véhicule terrestre », explique la directrice du Service national du sang, la professeure Eilat Shinar.

La professeure Eilat Shinar est directrice des services nationaux du sang d’Israël. (Avec l’aimable autorisation du Magen David Adom)

Le Magen David Adom est l’unique fournisseur de sang des hôpitaux israéliens et de Tsahal.

Les hôpitaux sont tenus de détenir 120 % de leurs besoins en sang à tout moment.

Pour éviter une pénurie nationale, Israël exige que 1 100 unités de sang soient données par jour.

Shinar précise que les trois types de composants sanguins ne peuvent pas voyager dans le même emballage en raison de conditions de stockage différentes.

« Le sang total, ou plus généralement tout ce qui contient des globules rouges, doit être emballé dans de la glace et maintenu à une température comprise entre 2 et 8 degrés C. Les plaquettes doivent elles être conservées à 22 degrés, soit la température ambiante. Le plasma est quant à lui conservé à une température de moins 30 degrés. Il doit impérativement parvenir à l’hôpital sous forme congelée », détaille Shinar.

De manière générale, en temps de crise, les hôpitaux ont besoin de poches de globules rouges et de plaquettes.

Le sang total se périme 35 à 42 jours après le don et les plaquettes ne sont elles utilisables que dans les cinq jours qui suivent le don. Le plasma, pour sa part, peut être conservé jusqu’à un an tant qu’il est congelé.

Cette expérience a commencé le 3 mai 2022, lorsque des unités ont été transportées par drone sur une courte distance, depuis la banque centrale de sang du MDA jusqu’au centre hospitalier Sheba. Tous deux se trouvent sur le campus de Tel Hashomer à Ramat Gan, aux environs de Tel Aviv.

Suite au succès de ces vols courts, la décision a été prise de tester le convoyage de sang entre Haïfa et Nahariya le mois dernier.

D’autres tests sur le même parcours seront effectués les 17 et 18 avril prochains.

« Si tout se passe bien, notre intention est de présenter nos résultats au comité consultatif sur le sang du ministère de la Santé et demander que le transport par drone soit autorisé pour transférer le sang vers tous les établissements médicaux, et même vers les blessés sur le terrain », explique Israeli.

Israeli ajoute que les capacités des drones leur permettent de parcourir de 100 à 150 kilomètres avec des dizaines de kilogrammes de charge utile.

Toutefois, Shinar a noté que même avec le drone utilisé le 28 mars, d’une capacité d’emport maximale de 10 kilogrammes, une quantité importante de sang pourrait être convoyée à chaque vol.

« De l’ordre de 50 poches de plaquettes, 16 de sang total ou 32 de concentrés de globules rouges. C’est suffisant pour un hôpital de la taille de l’hôpital de Galilée », précise Shinar.

Au Times of Israel, Sheleg dit qu’un pilote confirmé pourrait gérer « une armée de drones », déployés dans le ciel d’Israël avec leur précieux chargement en cas d’urgence.

Des poches de sang sont déballées après leur arrivée par drone au centre hospitalier de Galilée à Nahariya, le 28 mars 2023. (Crédit : Roni Albert/Centre médical Galilée)

« Nous pourrions résoudre beaucoup de problèmes grâce à ces drones. Ce serait bien mieux de ne pas dépendre des hélicoptères, qui seront alors occupés à bien d’autres choses », explique Sheleg.

Shinar explique que, lorsque des tempêtes de neige frappent des villes situées en altitude, comme Jérusalem ou Safed, il est presque impossible d’y livrer du sang.

« Les drones permettraient de faire face en pareille circonstances. À l’heure actuelle, lorsque Jérusalem est enneigée, nous devons utiliser des véhicules de l’armée pour aller de Latroun à la capitale, afin d’approvisionner Hadassah et Shaare Zedek. C’est toujours un gros problème », confie-t-elle.

Elle aimerait que le prochain essai permette de rallier le Centre national des services sanguins Marcus, à Ramle, et Jérusalem. Ce centre souterrain, unique au monde, a été inauguré en mai 2022.

Un drone, chargé de poches de sang, avant son décollage du centre hospitalier Rambam à Haïfa, le 28 mars 2023. (Autorisation)

Selon Israeli, les drones sont cruciaux pour acheminer le sang et d’autres fournitures médicales sensibles du centre du pays vers sa périphérie, car ils peuvent s’affranchir des destructions causées par un tremblement de terre, un tsunami ou une inondation.

L’industrie chimique et gazière de Haïfa est particulièrement préoccupante.

« En cas de bombardement de Haïfa, ou d’une explosion de gaz ou de produits chimiques, le sang ne pourrait pas être acheminé par un véhicule terrestre de crainte d’une contamination », explique-t-elle.

Sheleg ajoute que la possibilité de faire voler des drones au-dessus de la Méditerranée pourrait permettre également permettre de s’affranchir des obstacles qui existent en surplomb de la Terre.

Shinar siège à l’organe consultatif de la Croix-Rouge internationale et du Croissant-Rouge. À ce titre, elle assure que la livraison de sang par drone est déterminante dans des pays comme le Rwanda ou l’Australie, qui comptent de nombreuses communautés éloignées des grandes villes et des centres hospitaliers.

Les distances en Israël sont beaucoup plus courtes, mais sa situation unique exige une livraison rapide et efficace de sang et d’autres fournitures médicales.

Les acteurs de ce projet pilote espèrent que leur projet sera approuvé par le ministère de la Santé.

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