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Israël va lancer le projet-pilote pour faciliter l’entrée des Américano-palestiniens

Ce test a lieu dans le cadre de l'entrée d'Israël dans le programme américain de dispense de visa (WVP) ; les militants exigent l'égalité dans le traitement de tous les voyageurs

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des voyageurs sortant de l'aéroport international Ben Gurion, alors qu'Israël ouvre ses frontières et permet aux touristes d'entrer dans le pays, après des mois de fermeture en raison de la pandémie de COVID-19, le 1er novembre 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/FLASH90)
Des voyageurs sortant de l'aéroport international Ben Gurion, alors qu'Israël ouvre ses frontières et permet aux touristes d'entrer dans le pays, après des mois de fermeture en raison de la pandémie de COVID-19, le 1er novembre 2021. (Crédit : Tomer Neuberg/FLASH90)

Israël doit lancer un programme pilote, le mois prochain, qui mettra à l’épreuve sa capacité à permettre aux Américano-palestiniens de voyager plus librement en Israël – une initiative que Jérusalem est dans l’obligation d’accepter pour pouvoir intégrer à l’automne prochain le Visa Waiver Program (VWP), le programme d’exemption de visa américain, ont expliqué un responsable israélien et un responsable américain mardi au Times of Israel.

Par ailleurs, les pressions exercées dans ce cadre par les députés et par les ONG sur l’administration Biden se sont intensifiées. Différents acteurs se disent inquiets à l’idée qu’Israël ne parvienne pas à respecter une stipulation inscrite dans le VWP qui garantira que le pays accordera des droits « réciproques » de déplacement aux Américano-palestiniens, aux Américains d’origine musulmane, aux Arabes américains et à tous les citoyens des États-Unis. Les ressortissants américains d’origine palestinienne, arabe et musulmane se plaignent depuis longtemps de discrimination et de maltraitance présumées de la part des autorités aux frontières de l’État juif.

L’ambassadeur américain en Israël, Tom Nides, qui a piloté cette initiative prise par l’administration Bien et qui autorisera, à terme, les Israéliens à se rendre aux États-Unis sans obtention préalable d’un visa pendant une période allant jusqu’à 90 jours, avait confié au mois d’avril au Times of Israel que Washington n’accepterait l’entrée d’Israël dans le VWP que si le pays acceptait de signer un protocole d’accord ancrant dans le marbre cet engagement à la « réciprocité ». Il avait ajouté que des règles de caducité entreraient en vigueur en cas de violation de l’accord.

Nides a organisé mardi une visioconférence avec des représentants d’organisations arabes de Washington, qui exercent des pressions sur l’administration Biden depuis que les négociations portant sur l’entrée d’Israël dans le programme de dispense de visa ont été lancées. Deux délégués ayant participé à la visioconférence ont déclaré que cette dernière avait été cordiale et ils ont exprimé leur gratitude à l’égard de la volonté affichée par l’ambassadeur de tenir compte de leurs préoccupations.

Ils ont toutefois aussi fait part de leur malaise entre ce qui leur a semblé être un « écart » entre leur désir de garantir que tous les Américains seront traités de manière équitable aux frontières israéliennes et la priorité apparemment accordée par Nides à la nécessité que les Américano-palestiniens seront bien autorisés à entrer sur le sol israélien et à transiter via l’aéroport Ben Gurion.

Actuellement, les Palestiniens n’ont pas le droit d’utiliser l’aéroport Ben-Gurion et dans la mesure où Israël n’autorise pas l’Autorité palestinienne à construire son propre aéroport, ils sont obligés de passer par la Jordanie, via l’aéroport d’Amman, avec les frais et le temps de voyage supplémentaires induits par ce détour.

Des passagers arrivant du côté jordanien du pont Allenby, qui relie la Cisjordanie et la Jordanie, le 19 juillet 2022. (Crédit : Khalil Mazraawi/AFP)

Le responsable israélien et le responsable américain proches des négociations entre les deux pays sur l’intégration d’Israël dans le VWP ont expliqué que Jérusalem avait accepté de commencer à permettre aux Américano-palestiniens d’entrer en Israël et d’utiliser l’aéroport Ben-Gurion. Les États-Unis veulent néanmoins qu’Israël démontre que le pays s’est doté d’un système efficace pour honorer cet engagement.

De la même manière, l’administration américaine a demandé à l’État juif de lancer une période d’essai qui durera un mois et qui commencera au début du mois de juillet – une période pendant laquelle les Américano-palestiniens pourront réclamer une autorisation de voyage de 90 jours pour pénétrer sur le sol israélien par le biais de la liaison militaire avec les Palestiniens, le COGAT (Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires).

Pendant le même mois d’essai, les États-Unis veulent qu’Israël puisse apporter la preuve qu’un grand nombre d’Américano-palestiniens auront pu se porter candidats en ligne par le biais du COGAT, qu’ils recevront bien une autorisation et que leur entrée en Israël sera acceptée.

Ces ressortissants seront autorisés à transiter via l’aéroport Ben-Gurion mais les autorisations de déplacement pourront être utilisées pour aller à Jérusalem, à Tel Aviv et dans toutes les villes israéliennes. Ils seront encore soumis à des considérations d’ordre sécuritaire, malgré tout – et les Palestiniens ayant été arrêtés par l’armée israélienne, dans le passé, pourraient rencontrer des difficultés.

Des passagers internationaux arrivant à l’aéroport international de Miami avant d’être contrôlés par le service américain des douanes et de la protection des frontières (CBP) qui utilise la biométrie faciale pour automatiser les contrôles manuels des documents requis pour l’admission aux États-Unis, à Miami, en Floride, le 20 novembre 2020. (Crédit : Lynne Sladky/AP)

Ces autorisations, dans l’idée, viendront refléter le Système électronique d’autorisation de voyage (ESTA) auquel sont soumis les citoyens des pays participant au VWP afin de pouvoir accéder au sol américain. L’ESTA reste valide pendant deux ans, période pendant laquelle les ressortissants dont le dossier a été accepté peuvent entrer pour autant de séjours de 90 jours maximum qu’ils souhaitent sans avoir à déposer à nouveau une candidature – tant qu’ils respectent la durée maximale de leur voyage et qu’ils ne travaillent pas illégalement aux États-Unis.

Les négociations sont encore en cours mais cela signifierait, dans les faits, que les Américano-palestiniens seront en capacité d’entrer et de sortir librement d’Israël, depuis la Cisjordanie, pendant une période de deux ans – avec un processus d’approbation préalable de demande d’autorisation qui, espère l’administration Biden, ne prendra que 24 à 48 heures.

Un porte-parole du COGAT n’avait pas répondu à une demande de réaction sur le programme-pilote et sur la date exacte de son lancement au moment de la rédaction de cet article.

Les petites avancées sont-elles suffisantes ?

Si certaines organisations arabes ont demandé à ce que l’exigence de réciprocité s’applique également à la bande de Gaza – qui accueille approximativement 500 Américains – l’administration Biden ne devrait pas répondre favorablement à cette requête, selon les deux officiels qui se sont entretenus avec le Times of Israel. Le département d’État recommande actuellement aux Américains d’éviter les déplacements au sein de l’enclave côtière dirigée par le Hamas, dont le nom est inscrit sur la liste noire des organisations terroristes américaine.

Mais l’exigence de réciprocité aura un impact sur les 70 000 Américano-palestiniens approximativement qui sont inscrits sur les registres de la population de l’AP – dont la moitié vit en Cisjordanie. Il y aurait plus de
400 000 Américano-palestiniens de plus qui vivent aux États-Unis et dont les noms ne figurent pas sur les registres de l’Autorité palestinienne. Alors que ces derniers ont été en mesure d’utiliser l’aéroport Ben-Gurion jusqu’à présent, un grand nombre ont fait état de discriminations lors de leur arrivée ou de leur départ, choisissant finalement de passer par la Jordanie, comme la majorité des autres Palestiniens, en traversant le poste-frontière d’Allenby, qui sépare le royaume hachémite et la Cisjordanie.

Le département d’État a reçu bon nombre de plaintes de ce type depuis des années. Une mise en garde aux voyageurs est depuis longtemps visible sur son site internet, établissant que « certains citoyens américains d’origine arabe et musulmane (notamment les ressortissants Américano-palestiniens) ont rencontré des difficultés significatives aux frontières et aux postes de contrôle israéliens, faisant état de maltraitances occasionnelles ».

Des voyageurs font la queue pour s’enregistrer à l’aéroport Ben Gurion, le 13 juin 2022. (Yossi Aloni/Flash90)

« Les citoyens américains s’étant rendus dans des pays musulmans ou d’origine arabe, moyen-orientale ou musulmane sont susceptibles de devoir subir des interrogatoires supplémentaires de la part des autorités chargées de l’immigration et des frontières », continue la mise en garde aux voyageurs.

Israël justifie, de manière générale, son profilage de données, ses contrôles sécuritaires intensifs et ses restrictions appliquées aux Palestiniens en affirmant qu’ils entrent dans le cadre de ses efforts livrés dans la lutte contre le terrorisme.

Oded Raz, ancien chef-adjoint de la Division des services de sécurité du Shin Bet, avait déclaré au Times of Israel au mois d’avril dernier que le traitement des voyageurs arabes s’était nettement amélioré à l’aéroport Ben Gurion, ces dernières années.

Une fois qu’Israël sera intégré dans le VWP, le pays aura accès aux bases de données des voyageurs, aux systèmes de sécurité et aux protocoles des États-Unis – ce qui, notent les soutiens de l’initiative au sein de l’administration, permettra à Jérusalem de peaufiner ses propres tactiques et de moins s’appuyer sur le profilage. Parvenir à autoriser un petit nombre de personnes issues de la population palestinienne à voyager plus librement peut aussi aider à trouver le moyen de parvenir à le faire avec succès à plus grande échelle.

Pour de nombreuses organisations impliquées dans le dossier, à Washington, le meilleur traitement des voyageurs américains venant en Israël ne doit pas être une conséquence de l’intégration du pays au sein du VWP mais plutôt une condition préalable à son entrée dans le programme. Elles affirment ainsi que l’État juif devra prouver sa bonne foi dans ce contexte – et pendant plus longtemps qu’un petit mois.

« La réciprocité, ça implique davantage que de trouver une solution répondant à quelques besoins particuliers d’Israël et même que de trouver une solution répondant à quelques besoins palestiniens », commente James Zogby, président du Arab American Institute, qui a participé à la visioconférence avec Nides, mardi.

De gauche à droite : Le ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, le chef de mission adjoint de l’ambassade des États-Unis, Jonathan Shrier et la ministre de l’Intérieur, Ayelet Shaked lors de la signature de l’accord Preventing and Combating Serious Crime (PCSC), le 7 juillet 2022. (Crédit: Ambassade des États-Unis en Israël)

« J’apprécie le fait que la nécessité, pour les Palestiniens vivant aux États-Unis, de pouvoir rendre visite à leur famille ou que le besoin des Américano-palestiniens de se rendre en Cisjordanie en utilisant l’aéroport Ben-Gurion aient été reconnus mais le problème est plus important que ça », affirme-t-il, insistant sur le fait que l’intégration au sein du VWP impliquera de traiter de manière égalitaire tous les voyageurs américains, pas seulement à l’aéroport mais aussi aux checkpoints israéliens qui sont installés en Cisjordanie.

« Le problème, c’est toutes les portes d’entrée et de sortie. Ce n’est pas agréable de subir une humiliation à chaque pas une fois que vous êtes à l’intérieur du pays », continue Zogby. « Je ne suis toujours pas convaincu que tous les acteurs impliqués dans le processus aient compris clairement de quoi il retourne ».

Certains, au sein de l’administration, disent reconnaître les inquiétudes soulevées par les sceptiques. Ils déclarent toutefois qu’ils ne sont pas en mesure de résoudre toutes les problématiques à la fois et que l’entrée d’Israël dans le VWP reste une opportunité qui permettra d’améliorer concrètement la vie de dizaines de milliers d’Américano-palestiniens.

Mais l’une des organisations arabes ayant pris part à la visioconférence avec Nides note que le nouvel arrangement en faveur des Américano-palestiniens n’est finalement pas si différent du système actuel, où les Palestiniens doivent soumettre des demandes d’autorisation au COGAT – une instance qui ne fait l’objet que de peu de supervision. « On a évoqué ‘une règle de caducité’ mais nous savons tous pertinemment qu’une fois qu’Israël aura intégré le programme, aucune administration américaine ne l’en exclura parce que les dispositions du programme auront été violées », estime-t-elle.

Coup de chaud dans toutes les directions

La visioconférence de mardi n’a pas été la seule à avoir été organisée par les responsables de l’administration Biden avec des citoyens préoccupés par la candidature d’Israël au VWP.

Des officiels du département d’État et du Département de la sécurité intérieure ont ainsi discuté par visioconférence, la semaine dernière, avec trente autres leaders communautaires arabes, une rencontre virtuelle qui a eu lieu à l’initiative de l’AFRP (American Federation of Ramallah, Palestine).

Deux participants ont indiqué que le secrétaire d’État-adjoint à Israël et aux Affaires palestiniennes, Andrew Miller, avait assuré que les restrictions qui ont récemment été mises en œuvre par le COGAT concernant l’entrée des ressortissants étrangers en Cisjordanie ne s’appliqueraient pas aux citoyens américains.

Dans un communiqué émis après la visioconférence qui avait été organisée, une membre de l’AFRP, Hanna Hanania, a indiqué que « les communautés palestinienne et arabe américaine sont unies dans leurs demandes, celle qu’aucune exception ne soit faite pour Israël dans l’évaluation de l’éligibilité du pays au programme américain de dispense de visa et celle que toutes les règles mises en vigueur dans le cadre du programme soient pleinement et totalement appliquées ».

Le président américain Joe Biden, à gauche, serrant la main du chef de l’opposition, Benjamin Netanyahu, à la résidence présidentielle, à Jérusalem, le 14 juillet 2022. (Crédit : Bureau du Premier ministre)

L’administration ressent aussi les pressions exercées par les organisations juives qui ont plaidé leur cause auprès des députés.

L’alliance Progressive Israel Network, qui est constituée de sept groupes pacifistes, a écrit une lettre au secrétaire d’État Antony Blinken et au secrétaire de la Sécurité intérieure Alejandro Mayorkas, lundi, dans laquelle elle déclare que « tout accord autorisant l’entrée d’Israël dans le VWP doit ainsi impliquer que le pays ne promettra pas seulement de mettre un terme aux pratiques discriminatoires, mais qu’il le fera en permanence et de manière vérifiable. »

Un courrier qui a fait écho à une autre missive qui avait été envoyé le mois dernier à Blinken et à Mayorkas. Écrite par 16 députés démocrates, elle demandait aux deux hauts-responsables de préciser clairement l’envergure de l’exigence de réciprocité et de démontrer que des mécanismes seraient mis en place pour faire assumer ses responsabilités à Israël si le pays devait échouer à respecter ses engagements.

Sentant l’opposition croissante à l’intégration d’Israël dans le programme de dispense de visa, l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) a demandé qu’un autre courrier soutenant plus clairement cette initiative soit rédigé au Congrès.

« Nous exprimons notre soutien aux efforts qui visent actuellement à intégrer Israël dans le VWP et nous encourageons le département d’État et le département de la Sécurité intérieure à accorder la priorité à la finalisation de cette intégration dès cette année », a affirmé une lettre bipartisane co-présidée par les sénateurs Jackie Rosen, représentante démocrate du Nevada, et Rick Scott, représentant américain de Floride.

« Nous reconnaissons qu’il y a encore des questions en suspens à régler… et nous exhortons les deux parties à continuer à œuvrer à résoudre ces problématiques – avec, parmi elles, le traitement réciproque des citoyens américains – de manière à garantir qu’Israël saura se conformer à toutes les exigences du programme avant la date-butoir du 30 septembre 2023 », a ajouté la missive.

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