Israël en guerre - Jour 139

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Israéliens, polonais et allemands commémorent la mémoire des rebelles de Varsovie

À l’occasion du 80e anniversaire du soulèvement du ghetto, les chefs d’État des trois pays assistent pour la première fois à une commémoration

Devant, de droite à gauche, le président polonais Andrzej Duda avec Agata Kornhauser-Duda, le président israélien Isaac Herzog avec Michal Herzo et le président allemand Frank-Walter Steinmeier avec Elke Buedenbender assistent à une commémoration du soulèvement du ghetto de Varsovie à Varsovie, en Pologne, le 19 avril 2023. (Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)
Devant, de droite à gauche, le président polonais Andrzej Duda avec Agata Kornhauser-Duda, le président israélien Isaac Herzog avec Michal Herzo et le président allemand Frank-Walter Steinmeier avec Elke Buedenbender assistent à une commémoration du soulèvement du ghetto de Varsovie à Varsovie, en Pologne, le 19 avril 2023. (Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)

VARSOVIE, Pologne – L’événement est habituel en Israël, mais les sirènes qui ont retenti à Varsovie mercredi sont un extraordinaire signe de commémoration des victimes juives de la Shoah en Pologne.

Au pied du Monument élevé aux héros du ghetto de la capitale polonaise, des dizaines de survivants de la Shoah et de dignitaires, parmi lesquels les présidents israélien, polonais et allemand, se sont recueillis alors que les sirènes retentissaient, en mémoire des Juifs qui se sont soulevés, il y a de cela 80 ans.

Les autorités, avec en tête le département de l’éducation de la ville de Varsovie, ont distribué des milliers de morceaux de papier jaunes, découpés en forme de jonquille, symbole officiel que la ville a choisi pour le soulèvement.

Le président Isaac Herzog se trouvait à Varsovie, mercredi, à l’occasion du 80e anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie, pour des entretiens avec son homologue polonais Andrzej Duda et d’autres dirigeants polonais, ainsi qu’une réunion trilatérale avec le président allemand Frank-Walter Steinmeier.

Cette réunion est lourde de symboles, en raison des commémorations certes, mais également des tensions qui secouent les trois pays sur la question de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

L’Allemagne et la Pologne sont divisées sur le sujet, alors même que les deux pays apportent leur concours au voisin oriental de la Pologne, l’Ukraine, en guerre contre la Russie.

Lors du soulèvement du ghetto de Varsovie, le plus grand acte de résistance armée mené par des Juifs au moment de la Shoah, des centaines de membres de deux mouvements clandestins juifs ont lancé une série d’actions hostiles contre les soldats allemands avec des armes de fortune et de contrebande.

Il aura fallu plusieurs semaines aux Allemands pour réprimer la révolte, au cours de laquelle plusieurs soldats allemands ont trouvé la mort.

Les Allemands ont par la suite mis le feu au ghetto et assassiné les quelque 50 000 personnes qui s’y trouvaient encore.

La cour du ghetto de Varsovie après la révolte d’avril 1943 (Crédit : Zbigniew Leszek Grzywaczewski)

Les relations d’Israël avec la Pologne se sont détériorées en 2018 lorsque Varsovie a adopté une loi rendant illégal le fait de critiquer la nation polonaise pour les crimes nazis.

Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Yair Lapid, avait qualifié cette loi de mesure destinée à dédouaner les autorités polonaises.

Des tentatives de réconciliation ont eu lieu, dont un récent projet d’accord entre la Pologne et Israël sur la reprise des voyages scolaires israéliens sur le lieu des camps de la mort nazis, qui s’est attiré de nombreuses critiques en raison de la présence, dans les programmes de visites, de lieux qui, selon certains, donnent une vision déformée de la Shoah.

Les politiciens polonais, de leur côté, ont demandé des réparations à l’Allemagne pour les crimes commis contre des citoyens polonais, demande à laquelle l’Allemagne n’a toujours pas apporté de réponse.

Herzog a implicitement fait référence au conflit israélo-polonais dans son discours.

« Nous devons nous rappeler que la mémoire de la Shoah n’est ni post-moderne ni relative. Tous les peuples impliqués ont connu le mal absolu – les nazis et leurs collaborateurs – et le bien absolu, à savoir les victimes et les résistants », a-t-il déclaré.

« Toute transmission de ce patrimoine historique aux générations futures doit refléter cet axiome incontesté, sans déformation. »

Herzog a remercié Duda pour son engagement en faveur de la commémoration de la Shoah et s’est dit certain qu’il servirait de « socle pour résoudre les différends et renforcer la forte amitié qui unit nos nations ».

Duda, qui n’a pas, lui, fait allusion au différend, a commencé son discours par un rappel de l’agression nazie et soviétique en Pologne, lorsque les soldats allemands en lutte contre l’Union soviétique ont occupé et divisé la Pologne. Fait inhabituel, Duda a parlé des nazis en utilisant les mots « les Allemands ».

Des visiteurs se recueillent devant le mémorial du bunker où le chef du soulèvement du ghetto, Mordechaj Anielewicz, et ses camarades se sont suicidés ensemble, quelques jours avant le 80e anniversaire du déclenchement du soulèvement du ghetto de Varsovie, à Varsovie, en Pologne, le 12 avril 2023. (Crédit : Wojtek Radwanski/AFP)

Steinmeier en a fait de même dans son propre discours, en disant : « Les crimes terribles perpétrés ici par les Allemands me remplissent de honte, mais je suis aussi plein de gratitude et d’humilité d’être le tout premier chef d’État allemand à participer à cet événement. »

Steinmeier a également évoqué la guerre en Ukraine.

« Nous, Allemands, avons tiré les leçons du passé », a-t-il déclaré. « Quand nous disons ‘plus jamais’, nous voulons dire plus jamais le racisme et les persécutions, mais aussi plus jamais l’occupation et l’agression en Europe. C’est la raison pour laquelle, avec la Pologne et d’autres alliés, nous apportons notre aide à l’Ukraine, en guerre suite à l’agression de Vladimir Poutine.

Duda a également déclaré que les résistants « se sont battus pour la liberté. Hélas pas pour vivre librement, mais pour être libres de leur destin. »

Ils sont un exemple, a-t-il dit, pour « les soldats qui protègent les frontières d’Israël comme pour les Polonais qui protègent celles de la Pologne ».

Selon Avi Mehl, ex-diplomate israélien qui a participé à l’établissement des relations diplomatiques entre Israël et la Pologne, des réunions trilatérales de cette nature ont déjà eu lieu à l’occasion d’anniversaires du soulèvement du ghetto de Varsovie, mais pas au niveau du président allemand, alors suppléé par le président du Bundestag. Mais c’est particulièrement important en raison des tensions actuelles, a-t-il expliqué.

« Les désaccords sont profonds et pas encore tout à fait comblés, malgré des tentatives répétées de réconciliation », a-t-il confié au Times of Israel. Mais, a-t-il conclu, « la voie a suivre est celle des petits pas et c’est clairement un pas dans la bonne direction ».

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