Italie : un bon samaritain restaure un cimetière juif abandonné
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Italie : un bon samaritain restaure un cimetière juif abandonné

Giuseppe Minera, artisan et charpentier à la retraite d'une ville voisine, s'occupe du cimetière historique d'Ostiano depuis 1987 et a commencé des travaux dans d'autres

  • Giuseppe Minera touche une stèle à côté du mur en pierre et en briques délabré du cimetière juif d'Ostiano, en Italie (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)
    Giuseppe Minera touche une stèle à côté du mur en pierre et en briques délabré du cimetière juif d'Ostiano, en Italie (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)
  • Giuseppe Minera aux abords d'une stèle dans le cimetière juif d'Ostiano, en Italie (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)
    Giuseppe Minera aux abords d'une stèle dans le cimetière juif d'Ostiano, en Italie (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)
  • Le cimetière juif d'Ostiano, en Italie, restauré par Giuseppe Minera. (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)
    Le cimetière juif d'Ostiano, en Italie, restauré par Giuseppe Minera. (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)
  • Giuseppe Minera près de deux stèles du cimetière juif d'Ostiano, en Italie (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)
    Giuseppe Minera près de deux stèles du cimetière juif d'Ostiano, en Italie (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)

MANTUA, Italie – Une fois franchie la porte en bois placée dans un mur de briques et de pierres, vous vous retrouvez dans un petit jardin qui inspire un sentiment de sérénité. Au milieu de la végétation, avec ça et là des fleurs, les stèles à la mémoire des Juifs qui vécurent dans la petite ville d’Ostiano.

Dans ce village d’un peu moins de 3 000 habitants, bâti dans un coin reculé de la vallée du Pô, en Italie, l’ancien cimetière juif est longtemps resté figé, abandonné. Jusqu’aux années 1980.

C’est en 1987 précisément que Giuseppe Minera, âgé de 59 ans, un artisan et charpentier catholique à la retraite vivant dans la commune de Pralboino, à seulement quelques kilomètres de là, a décidé de l’arranger. Il a demandé la permission de le faire à la commune juive voisine de Mantua, propriétaire du site.

« Je me souviens que la pelouse était très haute – cela ressemblait à une jungle », dit le gardien au Times of Israel. « J’ai nettoyé et j’ai réparé ce qui était cassé dans le cimetière à mes frais. J’ai sacrifié mon temps sans jamais rien demander en retour. J’ai coupé la pelouse, j’ai enlevé les ronces, j’ai remis les stèles cassées ou qui étaient tombées sur pied et j’ai repeint les lettres gravées qui étaient devenues illisibles ».

L’été a été le meilleur moment pour mener à bien ces travaux, ajoute Giuseppe Minera, quand il a « réussi à trouver du temps dans la soirée après le travail ou le dimanche ».

Ce petit cimetière du 19e siècle abrite environ 40 stèles – la plus ancienne remonte à 1812 et la plus récente à 1943. Le site a été pillé et profané à plusieurs reprises depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale

Des pierres tombales ont été volées et d’autres déplacées.

Giuseppe Minera a également rénové un endroit qui, autrefois, servait à accueillir temporairement les corps des défunts avant les funérailles et où, maintenant, les pierres sont installées pour être placées, conformément à la tradition juive, sur les tombes des êtres chers disparus.

« Maintenant, le cimetière est fini et bien rangé », explique l’artisan retraité. « Quand j’ai du temps de libre et quand c’est nécessaire, je coupe le gazon et les branches des végétaux et je nettoie les tombes où la poussière s’accumule ».

Le dimanche, ce gardien improvisé accompagne les touristes et les visiteurs désireux d’admirer le cimetière, avec parmi eux une majorité de non-Juifs.

« En fait, je dois dire que peu de Juifs s’intéressent à ce cimetière. Mais j’ai reçu de nombreuses requêtes émanant de spécialistes et d’amoureux de l’histoire locale et de l’histoire juive, ainsi que de personnes qui avaient entendu parler d’ici », explique-t-il.

Les locaux d’Ostiano viennent peu visiter l’endroit.

« Les historiens locaux l’ont toujours négligé parce qu’il était inutilisable jusqu’aux années 1980 », indique Giuseppe Minera. « Les étudiants, en particulier ceux qui font des recherches et étudient le judaïsme, se montrent plus curieux ».

En raison de l’intérêt qu’il porte aux plantes et aux végétaux, il a rendu le cimetière plus agréable en y plantant des lilas, des hibiscus, des jujubiers et des forsythias – créant un joli jardin.

« J’ai voulu créer un lieu à la fois simple et accueillant », explique le bon samaritain. Des efforts qui semblent avoir porté leurs fruits – un grand nombre de visiteurs décrivent le cimetière d’Ostiano comme un lieu de spiritualité.

Giuseppe Minera saisit un arbre dans le cimetière juif d’Ostiano, en Italie (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)

Minera a étudié l’hébreu afin de traduire les épitaphes et a reconstitué les récits de vie des personnes inhumées, ici, par le biais de recherches actives et d’histoires racontées par leurs proches. Parmi les défunts reposant pour l’éternité dans le cimetière se trouve, par exemple, Angelo Finzi, élu maire d’Ostiano en 1864 et premier maire juif après l’unification de l’Italie en 1861.

Les pierres tombales commémorant deux habitants d’Ostiano, Giacobbe Vita Finzi et son épouse Chela Norsa, ne font aucune référence au judaïsme « probablement parce que ce couple avait eu huit enfants qui s’étaient convertis au christianisme et qu’ils avaient laissé leurs biens à la galerie d’art Cremona », estime Minera.

D’autres défunts – comme Salomone Namias, connu sous le nom de Momolo, natif de Carpi, dans la province de Modène – ont l’honneur d’être remémorés à la fois par une tombe et par une stèle monumentale, où les noms de son épouse et de ses enfants sont également gravés pour la postérité.

Le cimetière juif d’Ostiano, restauré par Giuseppe Minera. (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)

Le premier registre écrit évoquant l’existence d’Ostiano remonte à l’époque médiévale et à 1014, quand la ville était un port important sur la rivière Oglio, et qu’elle était la propriété de l’Abbé de Leno.

Après avoir été revendiqué âprement par des familles variées, le village a intégré en 1414 le territoire de la Maison aristocratique de Gongaza qui gouvernait Mantua. La Maison avait favorisé l’établissement d’une communauté juive à Ostiano, qui allait finir par accueillir quelques dizaines de membres.

Le cimetière témoigne d’une présence juive ancienne ici, comme c’est le cas également des vestiges d’une synagogue préservée à l’intérieur de la forteresse qui entoure le château de Gonzaga.

De 1746 à 1859 – une période qui n’aura été interrompue que par la présence napoléonienne – la zone est tombée sous le contrôle de l’Autriche. Un certain nombre de remaniements administratifs ont vu le village ajouté ou séparé de manière répétée des provinces de Brescia et de Mantua. En 1868, à la suite de l’unification de l’Italie, il a finalement été rattaché à la province de Cremona, à laquelle il a été physiquement relié en 1891 par le premier pont fixe construit sur l’Oglio.

En 1788, Joseph II d’Autriche a signé un décret obligeant les universités juives d’alors à trouver un endroit où inhumer leurs défunts. Cet ordre établissait également une distance minimale devant séparer les cimetières des zones résidentielles principales et fournissait également des instructions concernant leur taille.

Giuseppe Minera près de deux stèles du cimetière juif d’Ostiano, en Italie (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)

« Pourquoi est-ce que je m’occupe du cimetière d’Ostiano ? », interroge Minera. « Je nourris une grande passion pour le judaïsme et la culture juive. Je pense que les gens qui sont enterrés ici ne doivent pas être commémorés pour leur mort – mais bien pour ce qu’ils ont accompli quand ils étaient vivants ».

« Pour la population locale, le cimetière d’Ostiano est inconnu – il y a malheureusement un climat d’indifférence et de désintérêt. Je voudrais redire que ce n’est pas un cimetière napoléonien, comme de nombreuses personnes le pensent de manière erronée », ajoute-t-il.

Dans les années 1980, le gardien a passé quelques mois au sein du Kibboutz Ruhama, dans le désert du Néguev israélien, où il a travaillé comme agriculteur et cuisinier.

« C’est là-bas que j’ai appris à parler hébreu et j’ai encore de nombreux amis d’origine italienne que je voudrais remercier et saluer », s’exclame Minera.

Pour Emanuele Colorni, président de la communauté juive de Mantua, le travail de Minera est « essentiel ».

Le panier utilisé pour collecter des pierres dans le cimetière juif d’Ostiano, en Italie (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)

« C’est une personnalité unique – en tenant compte du fait qu’il est catholique et qu’il fait ce qu’un grand nombre de Juifs devraient faire et ce qu’ils ne font pas », a expliqué Colorni au Times of Israel. « C’est un homme exquis, dont il faut faire l’éloge. Les jours où la culture juive et la commémoration de la Shoah sont célébrées, il accueille les visiteurs et leur raconte l’histoire juive en s’inspirant des noms écrits sur les stèles ».

« Nous avons besoin de fonds pour maintenir ouverts et accessibles ces lieux importants pour le judaïsme », dit Colorni, faisant appel au public.

Minera a reçu les remerciements d’Emanuele Pacifici, historien juif, survivant et mémoire de la Shoah en Italie, venu à Ostiano pour répertorier le cimetière. Les proches des défunts ont également remercié le gardien pour son ouvrage.

Giuseppe Minera touche une stèle à côté du mur en pierre et en briques délabré du cimetière juif d’Ostiano, en Italie (Crédit : Giovanni Vigna/ Times of Israel)

« Cette initiative mérite non seulement d’être applaudie, mais également de la reconnaissance parce qu’elle témoigne de la sensibilité et du désir conscient de ne pas laisser sombrer dans l’oubli la mémoire de ces familles juives qui ont vécu dans ce petit village d’Ostiano, qui ont contribué à l’avancement de ces terres, » a écrit Umberto Finzi, un habitant de Milan, à Minera dans un courrier.

Mais la mission du gardien ne s’arrête pas là. Il y a trois ans, il a demandé à l’instance gouvernementale qui supervise la préservation artistique et culturelle des sites historiques la permission de restaurer le mur de pierres. Il attend encore une réponse.

« Le gardien qui travaillait ici, avant moi, vivait dans la maison d’à côté, mais il était malade », dit Minera. « Le cimetière a été abandonné et utilisé comme décharge. Les gens qui circulaient sur la route, à côté, y jetaient leurs ordures ».

En plus d’Ostiano, Minera remet actuellement en état d’autres cimetières autour de Mantua dans les villes de Bozzolo, Sabbioneta, Pomponesco et Viadana.

« Ce sont des sites qui appartiennent à la communauté juive de Mantua », déclare-t-il. « Ils ont besoin qu’on leur accorde plus d’attention, d’être restructurés, mais les ressources économiques sont rares et ceux qui devraient s’en occuper vieillissent ».

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