Jean Asselborn : Abou Dhabi a « laissé tomber » les Palestiniens
Rechercher

Jean Asselborn : Abou Dhabi a « laissé tomber » les Palestiniens

Les Emiratis ont privilégié leurs intérêts et leur sécurité à la solidarité avec le peuple palestinien, selon le chef de la diplomatie du Luxembourg

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn arrive pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE au bâtiment Europa à Bruxelles, le lundi 26 février 2018. (Crédit :  AP / Virginia Mayo)
Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jean Asselborn arrive pour une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE au bâtiment Europa à Bruxelles, le lundi 26 février 2018. (Crédit : AP / Virginia Mayo)

Alors qu’une grande partie de l’Europe s’est félicitée de l’annonce surprise de la semaine dernière de la normalisation des liens entre Israël et les Emirats arabes unis, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères a critiqué l’accord. Il a laissé entendre qu’Abou Dhabi avait abandonné ses frères palestiniens.

« Je sais aussi cela parce que j’ai beaucoup de contact dans cette région, il y a la peur de l’Iran, mais je pense que l’on ne peut pas laisser tomber ses propres frères afin de défendre ses intérêts économiques et peut-être avoir plus de sécurité pour soi-même », a déclaré Jean Asselborn à Deutschlandfunk, une chaîne de radio allemande.

« Les Palestiniens, le peuple palestinien, qui sont arabes, sont vraiment dans les cordes, a-t-il ajouté. On voit clairement depuis un certain temps que la solidarité avec les Palestiniens n’est plus une priorité, particulièrement dans le Golfe », a affirmé le vétéran de la politique, selon une traduction de l’entretien par l’agence de presse Anadolu.

« Tant qu’il n’y a pas de solution à deux Etats – j’en suis convaincu – il n’y aura pas de stabilité, pas même parmi les Etats du Golfe ».

Asselborn, âgé de 71 ans, est le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg depuis 16 ans et c’est le chef d’une diplomatie européenne le plus longtemps en place. Il est un ardent soutien de la cause palestinienne, et, ces derniers mois, il est apparu comme l’un des plus fermes opposants dans l’Union européenne au projet d’Israël d’annexer unilatéralement des parties de la Cisjordanie. Seul Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, est peut-être plus critique.

Le chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, s’adresse à la presse lors de la clôture d’une vidéoconférence des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles, le 22 avril 2020. (Olivier Hoslet, Pool Photo via AP)

L’annexion serait une violation des Dix Commandements, a-t-il déclaré à plusieurs reprises.

« Je ne suis pas un expert en théologie, mais je pense que dans tous les cultures et les religions, il y a une norme bien établie contre le vol. C’est l’une des normes basiques de la coexistence humaine et un principe fondamental de droit international. L’acquisition d’un territoire par le force est inadmissible », avait-il déclaré au Times of Israël en juin.

« En plus des Dix Commandements, a-t-il ajouté, saisir le territoire par la force est une violation des obligations d’Israël selon la charte des Nations unies mais aussi de Conventions de Genève, et cela va l’encontre de nombreuses résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ».

Malgré les critiques apparentes d’Asselborn sur l’accord entre Israël et les Emirats arabes unis, son gouvernement a soutenu une déclaration publiée par Borrell au nom des 27 états-membres qui ont salué l’accord.

« Israël et les Emirats arabes unis sont deux partenaires importants de l’Union européenne. Une normalisation de leurs relations bilatérales sera bénéfique aux deux pays et une mesure fondamentale pour la stabilisation de la région dans son ensemble, précisait le communiqué. Nous restons engagés à une paix durable et globale pour l’ensemble de la région et sommes prêts à travailler pour cet objectif avec nos partenaires régionaux et internationaux ».

Le communiqué notait que la promesse d’Israël de suspendre ses projets d’annexer unilatéralement des parties de la Cisjordanie est « une mesure positive », en ajoutant que les mesures unilatérales qui nuiraient aux perspectives de paix « devraient être évitées ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...