Jérusalem : Censure d’une expo sur l’évolution pour ne pas offenser les harédim
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Jérusalem : Censure d’une expo sur l’évolution pour ne pas offenser les harédim

Le Musée d'Histoire naturelle "repousse plus qu'il n'attire" en dissimulant certaines expositions, affirme une visiteuse du musée

Un exposition dissimulée par un drap au musée d'Histoire naturelle de Jérusalem, en avril 2018. (Crédit : Michael Bachner/Times of Israel)
Un exposition dissimulée par un drap au musée d'Histoire naturelle de Jérusalem, en avril 2018. (Crédit : Michael Bachner/Times of Israel)

Le Musée d’Histoire naturelle de Jérusalem a recouvert à l’aide d’un drap une exposition portant sur la théorie de l’évolution, pour ne pas offenser ses visiteurs ultra-orthodoxes, et un membre du personnel a prié un client de partir quand cette dernière a demandé pourquoi le musée censurait l’exposition.

« J’en ai été attristée et plutôt choquée », a confié Chaya David, la visiteuse du musée au Times of Israel après l’incident. « C’est déplacé et illégal. »

L’exposition en hébreu, intitulée « Le début de l’évolution humaine et de la culture » retrace les étapes de la transformation progressive depuis les singes jusqu’à l’homo sapiens moderne, avec plusieurs cranes, maquettes en anciens outils de chasse, accompagnés d’explications écrites.

Ce pan de l’exposition est caché du public par un tissu rose.

Le musée a indiqué qu’il avait reçu l’accord des autorités municipales de cacher cette exposition, ainsi que des expositions sur les dinosaures et le corps humain et la sexualité, durant les visites des groupes ultra-orthodoxes.

Mais à au moins deux reprises, l’exposition était dissimulée, alors qu’aucun visiteur ultra-orthodoxe n’était présent.

Le musée a expliqué que l’exposition était restée recouverte par erreur, après la visite de groupes ultra-orthodoxe, en raison d’un manque de personnel.

Les cranes et maquettes d’un exposition sur la théorie de l’évolution dissimulée par un drap au musée d’Histoire naturelle de Jérusalem, en avril 2018. (Crédit : Michael Bachner/Times of Israel)

Le musée se situe près de la Colonie allemande, non loin du centre-ville de Jérusalem. Ses jardins accueillent de nombreux visiteurs, mais l’intérieur du musée est vétuste et les expositions, qui sont négligées et datées, n’ont pas été réactualisées depuis des années.

Le musée a indiqué que depuis l’ouverture du musée, seulement 30 % de ses expositions d’origine ont été renouvelées, et l’exposition sur la théorie de l’évolution est restée intacte.

Le musée et ses expositions ont été créés grâce à l’argent du contribuable. Le musée a indiqué qu’il continue à tourner depuis un quart de siècle malgré l’absence de fonds, comptant uniquement sur les bénéfices récoltés par les groupes de visiteurs et par l’organisation d’activités diverses.

La municipalité a contesté cette affirmation dans des communiqués publics, assurant qu’elle continue à subventionner le musée.

Une théorie inacceptable

De nombreux Juifs ultra-orthodoxes rejettent la théorie de l’évolution étant donné que selon la Bible, la création de l’Homme et celle des animaux sont deux étapes distinctes. Selon la lecture traditionnelle de la Bible, le monde a été créé il y a 5 778 ans. La théorie de l’évolution affirme que l’évolution humaine s’est produite il y a plusieurs centaines de milliers d’années.

Certains ultra-orthodoxes rejettent l’existence des dinosaures et n’enseignent pas à leurs enfants les sujets ayant trait à la reproduction, et jugeraient donc les expositions sur ces thèmes inappropriés.

Mais de nombreux Juifs concilient Torah et science en interprétant le récit de la Création de la Bible de manière non littérale. Chaya David, qui s’était plainte de la censure appliquée à l’exposition sur l’évolution, est une Juive pratiquante.

Le musée d’Histoire naturelle de Jérusalem, en avril 2018. (Crédit : Michael Bachner/Times of Israel)

Âgée de 31 ans, cette mère de deux enfants s’est rendue au musée au début du mois, pendant la fête de Pessah avec son fils de 3 ans.

Après avoir fait le tour des expositions, son fils a remarqué une grosse boite lumineuse au mur, recouverte d’un drap rose. Il s’en est approché et a demandé ce qu’il y avait derrière ce pan de tissu. Lorsqu’elle l’a retiré, l’enfant s’est enthousiasmé à la vue des cranes.

« Pourquoi est-ce qu’ils couvrent ça ? C’est déplacé ! », a-t-elle dit. « Et puis j’ai compris : c’était probablement à cause d’une pression sociale ou politique. »

Elle s’est adressée à un employé, qui lui a expliqué : « les harédim n’aiment pas voir ces choses », a relaté David.

« J’était complètement sous le choc, parce qu’il n’y avait aucun haredi à choquer. Cela ne choque personne à ce moment », a-t-elle affirmé. « Vous ne pouvez juste choisir une exposition, qui risque d’offenser quelqu’un, et de vous auto-censurer de cette manière. C’est triste, déplacé et aussi illégal. »

L’employé lui a alors suggéré de quitter le musée.

Représentation d’un homme et des outils d chasse dans une exposition sur la théorie de l’évolution dissimulée par un drap au musée d’Histoire naturelle de Jérusalem, en avril 2018. (Crédit : Michael Bachner/Times of Israel)

Une semaine plus tard, un journaliste du Times of Israel s’est rendu au musée, et l’exposition était toujours recouverte par un drap.

Le Musée d’Histoire naturelle a présenté ses excuses jeudi pour la « gêne » occasionnée à David. « Nous l’invitons à revenir au musée gratuitement. »

« Le rideau n’est baissé que lorsqu’un groupe haredi réserve une activité en avance », a expliqué le musée. « En raison d’un manque de personnel, le rideau est resté fermé par erreur. »

« Le Musée d’Histoire naturelle existe depuis 60 ans et est à la disposition de tous les habitants de la ville », a ajouté le musée. « Nous cherchons à attirer autant de visiteurs que possible. »

Le Musée a indiqué qu’il avait reçu l’accord de recouvrir temporairement les expositions sur les dinosaures, la théorie de l’évolution et le corps humain. Cette permission a été accordée sur la base d’une recommandation du département de l’enseignement haredi, un organe de la municipalité de Jérusalem et du ministère de l’Éducation, ce que le département a confirmé. Mais David estime que le musée se tire une balle dans le pied.

« Je pense que quand vous vous auto-censurez inutilement, vous tracez des limites qui ne doivent pas être tracées et vous séparez des groupes démographiques dans une ville qui n’ont pas besoin d’être séparés de la sorte », a-t-elle dit. « Cette démarche repousse les gens davantage qu’elle ne les attire. »

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