Jérusalem: Deux rabbins, des frères, soupçonnés d’abus sexuels dans leur yeshiva
Rechercher

Jérusalem: Deux rabbins, des frères, soupçonnés d’abus sexuels dans leur yeshiva

Une cour rabbinique a statué que les élèves ne devaient plus s'inscrire dans les écoles dirigées par Yitzhak et Moshe Tufik et a conseillé aux victimes de porter plainte

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Photo d'illustration : Des élèves travaillent dans une yeshiva de Jérusalem, le 2 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Photo d'illustration : Des élèves travaillent dans une yeshiva de Jérusalem, le 2 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Une cour rabbinique ultra-orthodoxe s’est prononcée dans un dossier portant sur deux frères qui dirigent depuis des années une yeshiva à Jérusalem. Ces rabbins auraient abusé sexuellement de leurs élèves.

Dans un jugement rendu vendredi, le groupe de juges, formé de cinq rabbins ultra-orthodoxes, a annoncé que Yitzhak et Moshe Tufik représentaient « une grave menace » pour leurs élèves et que les parents ne devaient plus inscrire leurs enfants au sein de la yeshiva Beer Yehuda, qui est située dans le quartier Sanhedria à Jérusalem.

Yitzhak est doyen de l’enseignement supérieur au sein de la yeshiva et Moshe dirige la section des lycéens. L’établissement est connu au sein de la communauté ultra-orthodoxe séfarade.

Le tribunal, qui ne dispose d’aucune compétence en matière pénale, a vivement recommandé aux élèves ou anciens élèves ayant été agressés par les frères de déposer plainte auprès de la police.

« Pendant plusieurs années, des dizaines de jeunes ont souffert gravement des suites de fait graves que nous ne pouvons pas retranscrire et même aujourd’hui, ces actes graves continuent », a écrit la cour rabbinique dans un communiqué présentant ses conclusions.

Plusieurs plaintes officielles ont été déposées ces derniers jours et Yitzhak Tufik a été interrogé par les policiers dans la journée de dimanche, a noté le journal Haaretz.

Environ dix anciens élèves ont témoigné devant la cour rabbinique, qui n’a pas convoqué les frères Tufik eux-mêmes. La majorité des plaintes concernerait l’aîné de la fratrie, Yitzhak, mis en cause pour des actes plus graves.

Une source proche du dossier a expliqué à Haaretz que la cour rabbinique avait des preuves qui venaient soutenir les accusations, notamment des courriers et des enregistrements.

Toutefois, Moshe Tufik a rejeté les accusations formulées ainsi que le jugement.

« La cour ne nous a pas convoqués, nous n’avons pas parlé avec les juges et nous avons découvert le jugement en allant sur internet », a-t-il déclaré à Haaretz.

Il a qualifié le jugement de « condamnation à mort d’innocents » et ajouté que les accusations lancées à son encontre et à l’encontre de son frère provenaient d’anciens élèves qui cherchaient à se venger.

« Personne, je dis bien personne, n’est venu nous voir pour nous dire que nous lui avions fait subir quelque chose de répréhensible. Tout le monde sait que notre yeshiva est celle qui craint le plus Dieu », a-t-il continué.

Les frères avaient déjà été accusés d’abus et suite au jugement rendu par un tribunal rabbinique précédemment, ils s’étaient engagés à se soumettre à des restrictions mises en place pour prévenir les agressions supposées. La cour a fait savoir – sans donner de détail – qu’elle avait rendu son jugement public parce que les deux frères avaient contrevenu aux restrictions.

Selon l’article paru dans Haaretz, certains éminents rabbins de la communauté ultra-orthodoxe, qui devaient signer le jugement rendu par le tribunal, ont depuis renoncé à le faire.

Parmi les signataires, Rabbi Zion Boaron, qui souhaite devenir le Grand rabbin séfarade d’Israël. Il y a trois ans, Boaron avait figuré parmi les juges d’une cour rabbinique qui avait mis en garde les deux frères face aux accusations proférées à leur encontre – un jugement qui n’avait pas été largement médiatisé.

A ce moment-là, Yitzhak Tufik avait signé l’engagement de ne jamais rester seul avec ses élèves, quelles que soient les circonstances. Il avait aussi juré de ne pas entrer dans les dortoirs et de ne participer à aucun voyage organisé avec ses étudiants.

De plus, le rabbin avait promis de ne plus dispenser de cours aux futurs mariés – une pratique commune dans la communauté ultra-orthodoxe chaste. D’anciens élèves ont affirmé que des agressions étaient survenues dans ce contexte.

Néanmoins, Tufik avait ultérieurement affirmé qu’il n’avait accepté ces engagements que pour « apaiser les choses », a ajouté Haaretz.

Suite à ce jugement, les frères avaient fait appel devant une autre cour rabbinique privée, réclamant qu’elle enquête sur les faits. Ce tribunal avait entendu les témoignages des anciens élèves et il s’était également entretenu avec les frères. Dans un jugement qui avait été publié il y a deux ans, les rabbins avaient estimé « qu’il n’y a pas de soupçons qui tiennent ni rien d’inconvenant et tout ce qui se passe à la yeshiva y est mené de la meilleure manière possible », a rapporté Haaretz.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...