Karnit Flug : Le coronavirus justifie plus de dépenses
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Karnit Flug : Le coronavirus justifie plus de dépenses

Sans une grosse enveloppe et des dépenses en hausse, l'impact de la pandémie sur l'économie sera "encore plus dévastateur", affirme l'ex-gouverneure de la Banque centrale

Madame Karnit Flug, Gouverneur de la Banque d'Israël lors d'une réunion de la Commission des Finances à la Knesset à Jérusalem le 06 janvier 2014. (Crédit photo: Flash90)
Madame Karnit Flug, Gouverneur de la Banque d'Israël lors d'une réunion de la Commission des Finances à la Knesset à Jérusalem le 06 janvier 2014. (Crédit photo: Flash90)

La pandémie de coronavirus va inévitablement plonger les économies dans la récession – et plus fortes seront les mesures de distanciation sanitaires et sociales imposées pour contenir le virus, plus forte sera la récession économique, a averti l’ex-gouverneure de la Banque d’Israël dans la journée de dimanche.

« L’irruption de la pandémie associée aux mesures prises par les gouvernements du monde entier pour contenir la propagation du virus entraînent rapidement l’économie mondiale dans la récession », a clamé Karnit Flug, ancienne gouverneure de la Banque d’Israël et vice-présidente de la recherche à l’Institut israélien de la démocratie au cours d’une vidéoconférence.

« La récession semble inévitable. Toutefois, son importance et sa durée sont encore inconnues », a-t-elle ajouté.

Les efforts livrés dans le monde entier pour contenir l’ampleur de la pandémie – pour tenter de réduire le nombre de personnes contaminées et devant être prises en charge par des services hospitaliers déjà dépassés – sont, toutefois, les mêmes initiatives qui accentuent par ailleurs la courbe de récession, a-t-elle poursuivi.

« Une courbe épidémique plus plate ou une courbe des soins de santé impliqueront une récession plus profonde », a expliqué Flut.

Les services d’urgence du Magen David Adom dans une structure de dépistage du coronavirus à Ashdod, le 1er avril 2020 (Crédit : Flash90)

Flug a ajouté que la pandémie avait affecté les aspects de l’offre et de la demande dans les économies de tout les Etats du globe, alors que l’arrêt des voyages et les restrictions placées sur les entreprises et sur les déplacements des personnes avaient freiné la production et la consommation.

Au mois de mars, le ministère des Finances a annoncé une enveloppe de secours à l’économie d’une valeur de 80 milliards de shekels, la plus importante de toute l’histoire d’Israël. De son côté, la Banque d’Israël a fait savoir qu’elle achèterait pour 50 milliards de shekels d’obligations gouvernementales sur le marché libre pour soulager les conditions de crédit et redynamiser l’économie dans le contexte de la crise entraînée par l’apparition du COVID-19.

Flug a déclaré que les mesures fiscales et monétaires mises en oeuvre par le gouvernement et par la banque d’Israël étaient plus ou moins conformes à ce que mettent en vigueur les autres pays à l’international, et qu’elles représentaient « un pas dans la bonne direction ». Ces politiques ont été décidées à la hâte, a-t-elle noté, au fur et à mesure du déroulement des événements. Il sera essentiel de s’assurer qu’elles seront appliquées dans leur totalité et que toute faille découverte dans les mesures sera rapidement comblée, a-t-elle conseillé.

Le système « doit être suffisamment flexible pour régler les choses au fur et à mesure », a-t-elle précisé.

La production perdue en Israël, a continué Flug, est estimée entre 3,5 % et jusqu’à 9 % du PIB – ce pourcentage dépendra du moment où les restrictions seront levées, que ce soit d’ici la fin avril ou début mai.

Interrogée sur les implications à long-terme des dépenses massives sur le déficit budgétaire et la dette gouvernementale au sein de l’Etat juif, Flug a répondu qu’une augmentation des dépenses actuellement était justifiée pour éviter précisément des conséquences encore plus dévastatrices.

« Aujourd’hui, il est très important de prendre toutes les mesures possibles dans le but de réduire les dégâts à long-terme commis à l’économie en résultat du confinement », a-t-elle clamé. « Oui, cela signifie un déficit plus élevé et une dette plus importante et oui, cela signifie aussi que nous devrons les financer dans le temps, au cours des années. Mais si nous n’adoptons pas ces mesures, les effets sur l’économie seront encore plus dévastateurs. Et je pense que le coût en sera énorme », a-t-elle affirmé.

Les gouvernements du monde entier ont « tiré les leçons des expériences passées », a-t-elle ajouté, et même ceux qui se montrent généralement réticents à l’idée d’augmenter les dépenses ont alloué des sommes énormes dans ce contexte de crise.

« Ne pas prendre ces mesures transformera, en fait, cet événement à court-terme en récession bien plus longue et bien plus profonde », a dit Flug.

Elle a précisé n’être pas sûre que la Banque centrale d’Israël emboîtera le pas des autres Banques centrales en abaissant les taux d’intérêt à la fin du mois. Le principal taux de la Banque d’Israël, à 0,25 %, est « déjà bas », a-t-elle dit. Et l’établissement a d’ores et déjà pris « des mesures très substantielles pour fournir des liquidités » en achetant une quantité importante d’obligations gouvernementales.

« Elle a pris les mesures nécessaires dans le contexte donné », a-t-elle estimé.

Israël est entré dans la crise du coronavirus avec un taux de chômage historiquement bas, une croissance, un excédent dans son compte courant, une dette publique « relativement faible » et des « banques très solides » qui ont accumulé suffisamment de capital et de liquidités pour offrir du crédit à ceux qui en auront besoin, a-t-elle affirmé.

Ainsi, d’un point de vue macro-économique, l’économie israélienne en général était plutôt bien portante, ce qui rend « plus facile d’une certaine manière » de prendre en charge certains aspects du choc causé par le coronavirus, a-t-elle continué.

Et même ainsi, a-t-elle ajouté, le choc entraîné par le virus est « très, très difficile à gérer ». Ce qui comprend un chômage record en Israël, qui se situe environ à 24 % – par rapport au niveau historiquement bas auquel il se trouvait avant la crise (3,6 %).

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