Ken Loach se défend – encore – d’être un négationniste antisémite
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Ken Loach se défend – encore – d’être un négationniste antisémite

Charles Michel a regretté à mots couverts les honneurs rendus au cinéaste britannique, controversé et pourtant double Palme d'Or à Cannes, par l'Université libre de Bruxelles

Le réalisateur britannique Ken Loach en octobre 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le réalisateur britannique Ken Loach en octobre 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le cinéaste britannique Ken Loach s’est défendu d’être antisémite et négationniste après des accusations portées par des universitaires et des représentants de la communauté juive de Belgique, que le Premier ministre belge Charles Michel a commentées.

La polémique a éclaté à l’approche de la cérémonie, prévue pour jeudi en fin de journée, au cours de laquelle Ken Loach doit se voir remettre, avec d’autres personnalités, les insignes de « Docteur Honoris Causa » de l’Université libre de Bruxelles (ULB).

Mercredi soir, Charles Michel a commenté cette polémique au cours d’une visite à la Grande synagogue de Bruxelles pour les 70 ans d’Israël. Le dirigeant libéral francophone a regretté à mots couverts, au nom du combat contre l’antisémitisme, ces honneurs rendus au cinéaste, double Palme d’Or à Cannes.

« Notre fermeté doit être totale. Aucun accommodement avec l’antisémitisme ne peut être toléré. Quelle que soit sa forme. Cela vaut aussi pour ma propre alma mater », a affirmé M. Michel.

Une allusion à l’ULB – où cet avocat de profession a étudié le droit -, et donc à cette cérémonie de jeudi très contestée par des associations juives.

En cause, selon l’ULB, des propos tenus par Ken Loach dans une interview en septembre 2017 à la BBC, en marge d’un congrès du parti travailliste (Labour) au Royaume-Uni.

A la question de savoir si nier l’Holocauste était acceptable, le cinéaste engagé à gauche avait répondu : « Je pense que l’histoire est là pour être discutée par nous tous […]. La fondation de l’Etat d’Israël, basée sur le nettoyage ethnique, peut être débattue par nous tous, le rôle d’Israël aujourd’hui est à débattre, donc n’essayez pas de noyer cela sous de fausses accusations d’antisémitisme ».

Des propos qu’il avait cherché à éclaircir quelques jours plus tard, selon Libération, à travers deux tweets : « L’Holocauste est aussi réel que la Seconde Guerre mondiale elle-même et ne peut être remis en cause. Mais l’histoire appartient à nous tous, a-t-il dit, seul un esprit retors oserait suggérer que je puisse soutenir des révisionnistes, qui nient l’Holocauste. Il est en soi remarquable que je sois contraint de le préciser – un signe de l’époque ? ».

Dans une tribune signée par 650 personnalités mardi dans le quotidien belge L’Echo, Ken Loach est accusé de « falsifier l’histoire à des fins politiques » en évoquant la collaboration de certains dirigeants sionistes avec les Nazis à Budapest en 1944, sujet central de la pièce de théâtre, Perdition, en 1987.

Face à l’émotion suscitée en Belgique, l’ULB – haut lieu de la libre pensée – a dû préciser cette semaine qu’elle rendait hommage à l' »œuvre militante » du cinéaste, ses positions politiques « relevant de sa liberté d’expression et n’engageant pas l’université ». Celle-ci lui a aussi demandé de « réitérer ses positions sans équivoque », ce qu’il a accepté de faire dans un communiqué.

« Je comprends que mes prises de position ne sont pas très connues à Bruxelles. Pour éviter toute ambiguïté, je tiens à déclarer, une fois pour toutes, que je condamne toute forme de déni de l’Holocauste ou ‘négationnisme’ comme vous le dites en français », a écrit Ken Loach.

« En outre, toute ma vie, j’ai pris parti pour ceux qui sont persécutés et marginalisés et me dépeindre comme antisémite simplement parce que j’ajoute ma voix à ceux qui dénoncent la détresse des Palestiniens est grotesque », a-t-il ajouté.

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« J’ai compris que Charles Michel avait étudié le droit à l’université. L’enseignement était-il mauvais ? Ou n’a-t-il pas réussi son examen ? (rire). Un bon juriste doit d’abord examiner les preuves avant de donner les conclusions. M. Michel, regardez les preuves et puis formulez vos mots. J’ai remarqué que Charles Michel a fait cette sortie lors d’une réunion célébrant les 70 ans d’Israël. M. Michel est un juriste, s’est-il demandé ce qu’il en est du non-respect des lois internationales par Israël ? S’est-il posé la question de la colonisation des territoires palestiniens ? S’est-il posé la question des civils palestiniens non-armés tués par l’armée israélienne ? S’est-il posé la question des réfugiés qui vivent sous la protection des Nations Unies ? Il y a tant d’exemple du non-respect du droit international par Israel. Cela ne devrait-il pas troubler un juriste comme Charles Michel, ou si non, pourquoi ? » a rétorqué aussi depuis l’université le metteur en scène.

De son côté, l’ULB a maintenu sa décision de décerner ce titre honorifique : « Il n’y a pas d’antisémitisme ou de négationnisme à reprocher à Ken Loach. Lui retirer le titre de docteur honoris causa aurait été paradoxal », a répondu le recteur Yvon Englert, selon La Première (RTBF).

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