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Kentucky : un discours anti-avortement associe scientifiques juifs et génocide nazi

Des groupes juifs ont protesté contre « la diatribe antisémite bizarre de Danny Bentley qui comprenait des affirmations farfelues sur la vie sexuelle des femmes juives »

Le représentant de l'État du Kentucky, Danny Bentley, à gauche, entend un témoignage lors d'une réunion du comité de la Chambre des représentants de l'État à Frankfort, le 25 janvier 2022. (Crédit : Kentucky General Assembly/LRC Public Information)
Le représentant de l'État du Kentucky, Danny Bentley, à gauche, entend un témoignage lors d'une réunion du comité de la Chambre des représentants de l'État à Frankfort, le 25 janvier 2022. (Crédit : Kentucky General Assembly/LRC Public Information)

JTA — Les femmes juives s’unissent pour la vie. Les scientifiques juifs ont inventé le gaz qu’Hitler a utilisé pour les tuer – et aussi la pilule abortive, ce qui reviendrait à peu près au même. Ce serait pourquoi Mère Teresa a reçu le prix Nobel de la paix.

Ou quelque chose dans le genre.

Le représentant républicain de l’État du Kentucky, Danny Bentley, s’est permis d’étranges comparaisons dans un discours prononcé mercredi matin.

Son discours – soutenant une législation qui restreindrait sévèrement l’utilisation du RU-486, également connu sous le nom de « pilule abortive » – a fait une digression sur la vie sexuelle des femmes juives, a confondu deux chimistes juifs et a apparemment confondu les prix Nobel décernés pour la chimie et la paix.

Il s’agissait de la deuxième invocation controversée des Juifs au Sénat de l’Etat en seulement deux semaines. La semaine dernière, deux législateurs du Kentucky ont utilisé l’expression « to Jew down », que l’on pourrait traduire par « marchander à la juive », pour décrire la négociation.

Bentley, un pharmacien élu à la Chambre des représentants de l’État en 2017, s’est par la suite excusé pour le discours après qu’il a été condamné par la seule législatrice juive de l’Assemblée législative, la sénatrice démocrate Karen Berg, et par des groupes juifs nationaux et locaux.

« Je ne voulais absolument pas faire de mal dans mes commentaires d’aujourd’hui et je m’excuse sincèrement pour tout ce qu’ils ont causé », a-t-il déclaré dans un communiqué rapporté par le Courier-Journal. « La semaine dernière, nous avons reçu un rappel déchirant et triste portant sur le fait que l’antisémitisme existait toujours dans notre société », a-t-il déclaré dans une référence apparente à l’utilisation de l’expression to Jew down, « et je m’excuse si mes commentaires d’aujourd’hui ont causé une douleur similaire ou le moindre doute sur ma position avec la communauté juive contre la haine ».

Dans son discours, Bentley semblait réagir à une lettre du Conseil national des femmes juives s’opposant au projet de loi. Un démocrate avait cité les objections du NCJW plus tôt dans le débat.

« En réalité, la personne qui a développé [RU-486] était un Juif », le Louisville Courier-Journal a cité Bentley. « Puisque nous avons évoquons les Juifs aujourd’hui. »

Il faisait référence à Etienne-Emile Baulieu, qui a pris la tête au début des années 1980 du développement de la mifépristone, connue sous le nom de RU-486. Beaulieu, qui a maintenant 95 ans, est Juif ; il a changé son nom d’origine – Blum – alors qu’il combattait dans la résistance française. Bentley, soulignant le judéité de Baulieu, a déclaré : « Il a changé de nom parce qu’il était juif ».

Bentley a dit, à tort, que le RU-486 était du cyanure et « qu’il a été développé par les Allemands pendant la guerre ». (Il s’agit en réalité d’un bloqueur de progestérone stéroïdien, développé en France dans les années 1980.)

Bentley semble s’être emmêlé les pinceaux, confondant plusieurs récits et plusieurs personnes de confession juive. Un scientifique juif allemand, Fritz Haber, a aidé à développer le gaz cyanure, le Zyklon B, au début du XXe siècle en tant qu’insecticide. Haber, prix Nobel de chimie, est mort en 1934, des années avant que les nazis n’utilisent le gaz pour commettre le génocide.

Les militants anti-avortement des années 1980 ont cherché à faire pression sur Roussel, la société française développant le RU-486, afin qu’elle arrête la recherche en notant le lien de Roussel à travers une chronologie compliquée de fusions avec I.G. Farben, la société allemande qui avait fabriqué le Zyklon B pour les nazis. Fort heureusement, personne n’a suggéré que la pilule et le gaz avaient la même composition chimique.

Le nom de Baulieu aurait été envisagé pour le prix Nobel de chimie en 1989, ce qui avait provoqué un tollé parmi les militants anti-avortement. Bentley a fait référence à la controverse, bien qu’il ait confondu les dates et les types de prix Nobel.

« Et puis ils se préparaient à le nommer pour le prix Nobel », a déclaré Bentley.
« Mais devinez qui d’autre recevait le prix Nobel ? Mère Teresa. Tout un oxymore. »

Mère Teresa à Calcutta, le 10 décembre 1985. (Crédit : Manfredo Ferrari/WikiMedia/CC BY-SA 4.0)

Mère Teresa a reçu le prix Nobel de la paix – pas de chimie – une décennie plus tôt, en 1979.

Bentley a également abordé le sujet de la sexualité des femmes juives en expliquant pourquoi certains Juifs s’opposent à l’avortement.

« Saviez-vous que les femmes juives sont moins sujettes au cancer du col de l’utérus que toute autre race dans ce pays ? » a-t-il dit. « Et pourquoi est-ce le cas ? Parce que les femmes juives n’ont qu’un seul partenaire sexuel. Telle en est la raison. Ils n’ont pas plusieurs partenaires sexuels. »

Bentley n’a pas fourni de citation.

« Dire que le peuple juif approuve maintenant ce médicament est faux », a déclaré Bentley.

Dans une déclaration conjointe au Courier-Journal, l’American Jewish Committee, le Jewish Community Relations Council de la Jewish Federation of Louisville et la section du National Council of Jewish Women’s Lousiville ont qualifié le discours de Bentley de « bizarre diatribe antisémite qui comprenait des affirmations farfelues sur la la vie sexuelle des femmes juives ». Il a exhorté la législature à accepter l’offre de la communauté juive d’une formation sur l’antisémitisme proposée après la controverse de la semaine dernière.

Une porte-parole des républicains du Sénat du Kentucky a déclaré au Courier-Journal que les dirigeants ajouteront une formation sur l’antisémitisme à la formation annuelle que les sénateurs reçoivent déjà.

Le projet de loi limitant l’utilisation de la pilule abortive a été adopté à une écrasante majorité dans la chambre à majorité républicaine. On ignore si la leçon d’histoire de Bentley sur le vote a eu un effet sur le vote. L’affaire est maintenant relayée au Sénat du Kentucky.

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