L.A : Des groupes juifs transforment des parkings pour accueillir des sans-abris
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L.A : Des groupes juifs transforment des parkings pour accueillir des sans-abris

Trois membres d'une synagogue réformée ont fondé Safe Parking LA, qui offre aux sans-abris un endroit pour dormir, aller aux toilettes ou prendre une douche

  • On peut voir une femme sans domicile fixe dormir dans la rue Skid Row pendant le COVID-19, l'épidémie de coronavirus à Los Angeles, en Californie le 16 mai 2020. (Apu Gomes/AFP via Getty Images)
    On peut voir une femme sans domicile fixe dormir dans la rue Skid Row pendant le COVID-19, l'épidémie de coronavirus à Los Angeles, en Californie le 16 mai 2020. (Apu Gomes/AFP via Getty Images)
  • Sur cette photo du 14 mai 2020, Candice Moore, une sans-abri, attend pour prendre son bus afin de retourner à son hôtel avant le couvre-feu à Los Angeles. 
(AP Photo/Damian Dovarganes)
    Sur cette photo du 14 mai 2020, Candice Moore, une sans-abri, attend pour prendre son bus afin de retourner à son hôtel avant le couvre-feu à Los Angeles. (AP Photo/Damian Dovarganes)
  • Une femme avec un masque et des gants de protection passe à côté d'un sans-abri endormi dans une rue en pleine épidémie de coronavirus dans le quartier de Westlake de Los Angeles, le jeudi 21 mai 2020. (AP Photo/Jae C. Hong)
    Une femme avec un masque et des gants de protection passe à côté d'un sans-abri endormi dans une rue en pleine épidémie de coronavirus dans le quartier de Westlake de Los Angeles, le jeudi 21 mai 2020. (AP Photo/Jae C. Hong)
  • Cette photo du 21 mai 2020 montre un campement de sans-abris au coin du boulevard Wilshire et de l'avenue Beaudry le long de l'autoroute 110 lors de l'épidémie de coronavirus. (AP Photo/Mark J. Terrill, File)
    Cette photo du 21 mai 2020 montre un campement de sans-abris au coin du boulevard Wilshire et de l'avenue Beaudry le long de l'autoroute 110 lors de l'épidémie de coronavirus. (AP Photo/Mark J. Terrill, File)

LOS ANGELES (JTA) — Art vivait avec sa mère depuis plus de 30 ans quand elle a perdu son appartement il y a un peu plus d’un an. Alors que sa mère a pu emménager avec l’un des frères d’Art, l’ancien entraîneur de tennis de 49 ans n’avait nulle part où aller. Il a commencé à dormir dans sa voiture.

Pour lui, cela impliquait de devoir lutter tous les soirs pour trouver un endroit où se garer – et dormir – tranquillement. Parfois, il garait sa voiture sur le parking d’un super-marché, mais les employés tentaient de faire enlever sa voiture par la fourrière ou appelaient la police. Il ne pouvait prendre sa douche nulle part ni utiliser des toilettes.

« Vous êtes complètement déphasé. Vous avez l’impression d’être un zombie, s’est souvenu Art. Les journées se suivent et se ressemblent ».

Mais la chance a tourné pour Art, qui a demandé à être seulement identifié par son prénom, après que des institutions juives dans cette ville de Californie du sud l’ont invité, avec d’autres sans-abris, à dormir sur leur propriété.

Grâce à un programme appelé Safe Parking LA, lancé par trois membres d’une synagogue réformée locale, des parkings, qui seraient autrement vides la nuit, ont été transformés en espaces sécurisés pour les milliers de résidents de la ville qui dorment dans leurs voitures parce qu’ils n’ont pas accès à un logement.

On peut voir une femme sans domicile fixe dormir dans la rue Skid Row pendant le COVID-19, l’épidémie de coronavirus à Los Angeles, en Californie le 16 mai 2020. (Apu Gomes/AFP via Getty Images)

Art a d’abord garé sa voiture à la synagogue, et ensuite au centre résidentiel juif de traitement des addictions. La nuit, un vigile le surveille avec les autres personnes ici. Il y a des toilettes publiques sur le site et, avant le début de l’épidémie, une carte gratuite de membre d’un club de sport lui donnait accès à une douche.

« Ils offrent un petit sanctuaire, a-t-il déclaré au JTA début mars après un diner chez Ikar, la synagogue qui a donné le parking pour qu’il puisse y passer la nuit, jusqu’à son récent départ pour le centre de traitement Beit T’Shuvah.

Safe Parking LA est l’idée de Scott Sale, avec Pat et Ira Cohen, tous les trois membres du Leo Baeck Temple. En 2010, ils ont été inspirés par une initiative similaire à Santa Barbara, une ville à 180 kilomètres au nord.

Sale a déclaré avoir puisé son inspiration dans le grand principe juif d’accueil de l’étranger.

« C’est le grand principe du judaïsme auquel j’adhère, comme le font aussi Pat et Ira, et donc c’était le grand principe – d’avoir nos portes ouvertes, que ce soit Pessah avec Elijah ou l’étranger qui passe par ma communauté », a-t-il dit, en référence à la tradition d’accueillir le prophète biblique au seder.

Cette photo du 21 mai 2020 montre un campement de sans-abris au coin du boulevard Wilshire et de l’avenue Beaudry le long de l’autoroute 110 lors de l’épidémie de coronavirus. (AP Photo/Mark J. Terrill, File)

Il a fallu du temps au trio pour lancer l’initiative. Leurs efforts ont aussi consisté à faire du lobby dans la ville pour changer une loi qui empêchait des organisations d’abriter des gens pour les nuits.

« Si vous vous intéressez à tous les outils dans la boîte à outils pour aider les sans-abri, le parking sécurisé est l’un de ces outils », a déclaré John Maceri, le président de The People Concern, une agence de services sociaux à Los Angeles qui s’occupe des sans-abri. « Ce n’est pas la seule solution. C’est une solution qui a une application très spécifique pour un nombre et un type de personnes très spécifiques… pour les gens qui ont des véhicules, cela peut constituer une aide efficace ».

Safe Parking LA a maintenant un budget 1,8 million de dollars, dont la majorité provient de l’Autorité des services sociaux aux sans-abri à Los Angeles. L’organisation gère neuf parkings dans la ville avec un total de 150 places de parking. Certains de ces parkings sont publics – des bibliothèques, des bâtiments municipaux et des services de santé. Les parkings privés incluent Beit T’Shuvah, une église épiscopale, et, jusqu’à récemment, Ikar.

Une femme avec un masque et des gants de protection passe à côté d’un sans-abri endormi dans une rue en pleine épidémie de coronavirus dans le quartier de Westlake de Los Angeles, le jeudi 21 mai 2020. (AP Photo/Jae C. Hong)

Safe Parking LA fait le plus gros du travail – elle valide les demandes en fournissant une assurance de responsabilité civile, un vigile et des toilettes publiques.

Au départ, Sale et les Cohen avaient tenté de gérer un parking à leur Leo Baeck Temple. Mais ils ont réalisé que la zone n’était pas trop demandée – peu de sans-abris y travaillaient et recevaient des soins.

Cela signifiait qu’Ikar, une congrégation de 800 familles membres, était la première organisation juive à Los Angeles pour participer à l’initiative, en novembre 2018, peu après avoir acheté son propre terrain pour la première fois. La congrégation avait auparavant loué des espaces pour son programme.

« Quand nous avons commencé à réfléchir à ce que cela impliquait pour Ikar d’avoir un emplacement à Los Angeles, cela nous semblait clair que nous avions besoin d’utiliser notre emplacement pour répondre à la crise des sans-abris dans notre ville », a déclaré Brooke Wirtschafter, le directeur responsable des actions communautaires à la synagogue.

Sur cette photo du 14 mai 2020, Candice Moore, une sans-abri, attend pour prendre son bus afin de retourner à son hôtel avant le couvre-feu à Los Angeles.
(AP Photo/Damian Dovarganes)

Ce janvier, Beit T’Shuvah a ouvert son parking. Safe Parking LA a décidé en mars pour réhabiliter deux parkings situés à proximité, aucun des deux emplacements n’était en capacité d’accueil, pour réduire les coûts – chaque parking coûte 200 000 dollars de gestion par an. Les sans-abris, qui utilisaient les parkings d’Ikar, sont partis au parking Beit T’Shuvah parce qu’il est plus grand et équipé d’une barrière.

Pour le centre de réhabilitation juif, l’opportunité d’aider ceux qui sont dans le besoin faisait sens, a déclaré Adam Seigel, le directeur des activités de la communauté.

« En tant que communauté composée d’individus [où] beaucoup de membres ont lutté au sein de notre société, nous avons conscience que nous sommes maintenant en position d’aider ceux qui font face à ce type de défis », a-t-il dit.

Siegel a déclaré que transformer le parking du centre en un parking sécurisé s’est « déroulé naturellement ». Le personnel et les membres de la communauté sont contents que l’organisation puisse « profiter de cet espace à son plein potentiel ».

Certains éléments du programme ont été suspendus à cause de l’épidémie du coronavirus, qui a durement frappé la population sans-abri de la ville. Cela a attiré l’attention sur ces options inadéquates pour le logement sécurisé à court-terme.

Sur cette photo sans date, des volontaire et des participants d’Irak dans le programme Safe Parking LA joue aux cartes après un diner organisé par la synagogue. (Autorisation Ikar/ via JTA)

Les membres d’Ikar avaient levé de l’argent pour acheter une carte de membre à la salle de sport à chaque participant au programme, afin qu’ils puissent avoir accès à une douche. Ce n’est plus possible. Et les dîners organisés deux fois par mois, pour que les participants et les bénévoles puissent se rencontrer, sont également suspendus.

Ces dîners avaient pour objectif de renforcer les liens entre la communauté. Les tables disposaient des nappes, d’assiettes et de couverts. Les bénévoles et les participants au programme mangeaient de la nourriture d’un traiteur casher végétarien. On jouait aussi à des jeux de société.

« Nous voulons que cela soit un moment chaleureux, comme un diner organisé où les gens sont assis ensemble pour construire une relation, pas un événement de charité », a déclaré Wirtschafter.

Au moment où de nombreuses synagogues renforcent leur sécurité, Wirtschafter a déclaré que participer au programme a rendu Ikar plus sûr.

« C’est un endroit où il y a pas mal de sans-abris et pas mal de choses qui se passent. Nous pensons que notre bâtiment est plus sûr la nuit s’il y a des personnes de confiance qui veulent juste un endroit sécurisé où dormir », a-t-il déclaré.

De fait, une femme de 54 ans qui est restée sur le parking d’Ikar pendant plus de 10 mois avec son fils de 23 ans a décrit le programme comme une « nécessité ».

« On n’est pas harcelé par les flics, a déclaré cette femme, qui a demandé à rester anonyme. On a un endroit sécurisé où venir, aller aux toilettes, se garer et brancher ses [appareils] médicaux, pour votre voiture, pour recharger votre téléphone ».

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