La capsule Bereshit est le premier vaisseau spatial privé à viser la lune
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La capsule Bereshit est le premier vaisseau spatial privé à viser la lune

La mission historique du mois prochain espère poser des jalons dans les aspects techniques et commerciaux de l'exploration spatiale

Yariv Bash, (à droite), Yonatan Winetraub, (au centre), et Kfir Damari, les fondateurs de SpaceIL, insérant une capsule témoin dans le vaisseau spatial Beresheet, le 17 décembre 2018. (Yoav Weiss)
Yariv Bash, (à droite), Yonatan Winetraub, (au centre), et Kfir Damari, les fondateurs de SpaceIL, insérant une capsule témoin dans le vaisseau spatial Beresheet, le 17 décembre 2018. (Yoav Weiss)

« Moon of Israel » est un film épique de 1924 de l’âge d’or du cinéma muet, et a contribué à lancer la carrière du réalisateur Michael Curtiz, connu pour son célèbre « Casablanca ». La suite étant rarement à la hauteur de l’original.

Mais si le projet d’Israël de faire atterrir un robot sur la lune en février 2019 peut être considéré comme une suite, cette nouvelle mission « Moon of Israel », sous la direction de SpaceIL, une société à but non lucratif, sera à elle seule une superproduction en tant que tel.

Les voyages vers la lune remontent aux années 1960. Les États-Unis ont fait débarquer 12 personnes à six reprises dans le cadre du programme Apollo, ainsi que des engins spatiaux robotisés comme Surveyor, qui ont servi de précurseurs à des missions humaines. L’Union soviétique a préparé des missions robotiques Luna et a débarqué des rovers automatisés Lunokhod dans les années 1970. Plus récemment, la Chine a posé la sonde robotique Chang’e 4 sur la face cachée de la lune.

Ces missions sont toutes des réalisations techniques étonnantes et des merveilles de savoir-faire humain, parrainées et construites par de grandes agences spatiales gouvernementales.

Nouvelle lune, nouveau mode d’exploration

Le prochain visiteur de la lune est différent. Le Bereshit de SpaceIL – « Au commencement » en hébreu – deviendra la première mission financée par des fonds privés à décoller de la Terre et à se poser sur la Lune, et le premier engin spatial à se propulser sur la surface lunaire après l’atterrissage en « sautant » sur son moteur fusée vers un deuxième point d’atterrissage.

SpaceIL a été créé en 2011 pour participer au concours Google Lunar XPrize, un programme qui prévoyait d’attribuer 30 millions de dollars à la première équipe financée par le secteur privé qui construirait un vaisseau spatial et le ferait se poser avec succès sur la Lune.

Au-delà de l’alunissage, l’engin spatial, ou un rover, devait parcourir une distance de 500 mètres ou plus et transmettre à la Terre des images haute définition de son environnement. La date limite du concours Google Lunar XPrize s’est terminée en 2018 sans gagnant. Inébranlable, SpaceIL a poursuivi le développement et la construction de l’engin spatial et est maintenant prêt à décoller de Cape Canaveral, en Floride.

Vue de l’engin spatial Apollo 11 en 1969 montrant la Terre s’élevant au-dessus de l’horizon lunaire (NASA/JSC)

Le module d’atterrissage Bereshit a à peu près la taille et la forme d’une table à manger familiale, environ 1,80 mètre de diamètre et 1,20 mètre de hauteur, pesant (sur Terre) environ 150 kg. Cela n’inclut pas les quelque 450 kg de carburant nécessaires pour faire se poser le vaisseau spatial sur la lune.

Transportant des instruments pour mesurer le champ magnétique de la lune, un réflecteur laser fourni par la NASA et une capsule temporelle d’artefacts culturels et historiques israéliens, la mission se rendra dans l’espace en tant que charge utile secondaire – comme un passager en co-voiturage – à bord d’une fusée SpaceX Falcon 9.

Aller sur la lune, sans fusée

La cargaison principale du lancement de SpaceX n’est pas la sonde d’atterrissage SpaceIL, mais plutôt un satellite de télécommunications destiné à être propulsé sur une orbite géostationnaire très élevée, centrée sur la Terre, à environ 35 400 km de l’équateur terrestre. De cette façon, le satellite de communication est placé au-dessus d’un point fixe sur la Terre, son orbite étant synchronisée précisément avec la rotation quotidienne de notre planète. L’engin spatial Beresheet accompagnera le satellite principal dans son voyage. Mais pour atteindre la lune, il lui faut parcourir une distance dix fois plus grande.

Dans les vols spatiaux, la principale contrainte pour se déplacer d’un endroit à un autre n’est pas la distance, mais la quantité d’énergie requise. La fusée Falcon 9 ne transporte qu’environ 10 % de la distance totale vers la lune. Mais elle fournit près de 90 % de l’énergie totale nécessaire pour y parvenir.

Par conséquent, une fois soulevé de la surface de la Terre, et avec une petite quantité d’énergie supplémentaire provenant de son propre système de propulsion, Bereshit peut booster sa propre orbite en se positionnant de manière à être capturé par l’attraction gravitationnelle de la Lune. Ce processus prendra plusieurs semaines.

Une fois sur la lune, cependant, la mission ne durera peut-être que quelques jours de plus. La sonde n’est pas conçue pour le long terme, mais plutôt pour démontrer les progrès de la technologie ainsi que l’exemple commercial d’un engin spatial financé par le secteur privé qui se pose sur un autre astre du système solaire. En ce sens, Bereshit créera une deuxième et encore plus mémorable « Moon of Israel ».

Il n’y a pas d’air sur la lune – et donc pas de son non plus. Ainsi, comme le film original de 1924, cette suite sera également muette. Mais les participants ne sont pas des acteurs, et la vue sera en couleur haute définition.

Le savoir-faire technique développé par l’équipe d’ingénierie, les données scientifiques et techniques provenant des instruments de l’engin spatial, l’apprentissage de la façon dont les missions spatiales peuvent être exécutées en dehors d’un programme gouvernemental et l’inspiration fournie à toute une génération de jeunes – en particulier en Israël et dans la région du Moyen Orient – seront tous des éléments précieux et inspirants pour des décennies à venir.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous une licence Creative Commons. Lire l’article original ici. The Conversation est une source indépendante et à but non lucratif d’informations, d’analyses et de commentaires d’experts universitaires.

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