La foudre qui tombe à pic : Israël et le Hamas attribuent les frappes à la météo
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Analyse

La foudre qui tombe à pic : Israël et le Hamas attribuent les frappes à la météo

Pour la troisième fois en deux ans, des roquettes chargées auraient été déclenchées par des éclairs, ce qui fournit à Jérusalem et à Gaza une excuse pour éviter l'escalade

Judah Ari Gross

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

La foudre au-dessus des bâtiments pendant un orage dans la ville de Gaza, le 15 novembre 2020. (Crédit : Mahmud Hams / AFP)
La foudre au-dessus des bâtiments pendant un orage dans la ville de Gaza, le 15 novembre 2020. (Crédit : Mahmud Hams / AFP)

Pour la troisième fois en deux ans, les responsables israéliens et le groupe terroriste palestinien du Hamas ont identifié un coupable bien pratique derrière le tir de roquette qui a menacé le calme relatif : la météo.

Dans la nuit de samedi à dimanche, peu après deux heures du matin, deux roquettes ont été tirées depuis la bande de Gaza vers le centre d’Israël. Les sirènes d’alarme ont retenti, le Dôme de fer a été activé. Les missiles intercepteurs ne sont pas parvenus à abattre les projectiles entrants, mais ceux-ci sont tombés dans des zones non peuplées et n’ont fait ni blessés ni dégâts.

L’armée israélienne a riposté, mais pour la forme, semble-t-il. Elle a frappé une structure souterraine du Hamas et plusieurs bases militaires du groupe terroriste dans la bande de Gaza.

Ce tir de roquette survient dans un contexte particulièrement tendu entre Israël et les groupes terroristes. Le mois de novembre est chargé en anniversaires sinistres. Le 12 novembre 2019, Israël a tué Baha Abu al-Ata, un commandant du Jihad islamique palestinien. Le 11 novembre 2018, un commando israélien a effectué une descente dans la ville de Khan Younis. Le raid a mal tourné et a donné lieu à des échanges de tirs. Il a coûté la vie à un militaire israélien et à plusieurs terroristes. Et du 14 au 21 novembre 2012, Israël et les groupes terroristes se sont livrés à un conflit, déclenché par l’assassinat d’un haut-responsable du Hamas, Ahmed Jabari, par l’armée israélienne.

Des membres palestiniens des Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du mouvement Hamas, lors d’une patrouille à Rafah, dans la bande de Gaza, le 27 avril 2020. (Abed Rahim Khatib/Flash90)

Parallèlement, Israël et le Hamas mènent des négociations, par le biais de l’Égypte, du Qatar et des Nations unies notamment, pour conclure un accord de cessez-le-feu à long terme, qui prenne en compte le rapatriement de deux citoyens israéliens et de dépouilles de soldats israéliens, tous détenus par le Hamas dans la bande de Gaza.

Bien que ces efforts se poursuivent, ils ont jusqu’à présent abouti à la même impasse fondamentale que toutes les tentatives similaires de ces dernières années. En cause, des réticences profondes et objectivement justifiées de la part d’Israël, qui craint que les concessions majeures offertes au Hamas – la construction d’un port offshore, des permis de travail pour les résidents de la bande de Gaza, des importations non contrôlées dans l’enclave – ne soient utilisées à des fins terroristes, et d’autre part le refus du Hamas à renoncer à sa branche armée.

Le tir de roquette nocturne qui a visé le centre d’Israël a menacé ces pourparlers et potentiellement causé un épisode conflictuel.

Des roquettes lancées par les terroristes palestiniens dans la bande de Gaza vers Israël, le 24 février 2020 (Crédit : AP Photo/Khalil Hamra)

Dans les heures qui ont suivi, les responsables de la défense israéliens et les membres du Hamas ont déclaré à leurs médias respectifs que les deux roquettes tirées sur le centre d’Israël ne constituaient pas une attaque délibérée, mais qu’elle avait été déclenchée par la météo.

En Israël, le tir de roquette a été imputé à la foudre. La roquette aurait été chargée et dirigée en amont vers le centre d’Israël. À Gaza, il était question d’un court-circuit causé par les intempéries.

Les analystes de la défense et les journalistes ont relevé le ridicule de ces explications. Les médias palestiniens se sont également moqués de la situation, notamment en publiant une caricature dans laquelle un éclair appuie sur un bouton relié à une roquette.

Ce n’est pas la première fois que le mauvais temps est tenu pour responsable d’un tir de roquette.

En octobre 2018, lorsqu’une roquette a détruit une maison de Beer Sheva et qu’une autre a atterri au large des côtes israéliennes, puis en mars 2019, lorsqu’une roquette a touché une maison du centre d’Israël et fait sept blessés dont deux bébés et causé d’important dégâts, la météo avait été invoquée.

Bien que les autorités israéliennes, notamment le ministre de la Défense Benny Gantz, aient explicitement imputé la responsabilité des tirs au Hamas, en attribuant les faits à Dame Nature, Israël n’a pas à riposter avec autant de force et le Hamas n’aura pas, à son tour, besoin de réagir à la riposte. Ainsi, les deux parties peuvent mettre un terme à l’épisode de manière relativement indolore.

Cette photo prise depuis la bande de Gaza montre un tir de roquette côtoyer un éclair lors d’un orage le 15 novembre 2020. (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

Les experts confirment qu’en théorie, un éclair ou un court-circuit peuvent effectivement déclencher un tir de roquette. Après des années de bombardement des rampes de lancement par Israël et d’assassinat des agents qui lançaient les roquettes, les groupes terroristes ont décidé de recourir à des minuteurs, des déclencheurs à distance et d’autres moyens pour activer les projectiles à distance. Parallèlement, les garanties et les systèmes de protection adéquats ne sont pas une priorité dans l’enclave côtière, ce qui signifie que ces armes extrêmement dangereuses peuvent effectivement être déclenchées accidentellement.

Il y a bien eu une tempête orageuse dans la bande de Gaza au moment du tir de la roquette, dans la nuit de samedi à dimanche, mais on ignore si l’éclair a réellement frappé à l’endroit où se trouve la rampe de lancement.

Cependant, la motivation des deux parties à résoudre rapidement cet épisode, et ce à la façon d’une machine de Rube Godlberg, a conduit au rejet des explications avancées par les analystes, qui estiment que le tir était délibéré, profitant du fait que personne ne souhaitait ni une escalade, ni faire naître la peur dans le cœur des citoyens israéliens.

Quoi qu’il en soit, Israël et le Hamas considèrent tous deux que l’affaire est close… jusqu’à la prochaine tempête.

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