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La France propose un plan de trêve israélo-libanais repoussant le Hezbollah de 10 km

Le plan, qui prévoit à terme une délimitation de la frontière, laisserait le groupe terroriste dans la zone tampon de l’ONU, mais réduirait la menace des missiles antichars

Des volutes de fumée s’élèvent au-dessus du village d’El-Khiam, à la frontière sud du Liban, lors d’un bombardement israélien le 7 février 2024. (Crédit : Rabie DAHER/AFP)
Des volutes de fumée s’élèvent au-dessus du village d’El-Khiam, à la frontière sud du Liban, lors d’un bombardement israélien le 7 février 2024. (Crédit : Rabie DAHER/AFP)

La France a soumis à Beyrouth une proposition écrite visant à mettre fin aux hostilités avec Israël et à régler la question de la frontière entre le Liban et Israël, selon un document consulté par Reuters. Cette proposition prévoit un retrait du Hezbollah et d’autres groupes terroristes à 10 kilomètres de la frontière.

Ce plan, qui permettrait aux terroristes du Hezbollah de rester à l’intérieur d’une zone tampon mandatée par les Nations unies (ONU), vise à mettre fin aux combats à la frontière entre le groupe terroriste chiite libanais soutenu par l’Iran et Israël. Les affrontements se déroulent parallèlement à la guerre de Gaza et alimentent les craintes d’une dégradation de la situation en une confrontation ruineuse et généralisée.

Le plan en trois étapes prévoit un processus de désescalade de 10 jours qui s’achèverait par des négociations sur le tracé de la frontière terrestre entre le Liban et Israël, qui est en suspens depuis de nombreuses années.

Une source diplomatique française a indiqué que la proposition avait été soumise aux gouvernements d’Israël, du Liban ainsi qu’au Hezbollah.

La France a des liens historiques avec le Liban. Elle compte 20 000 citoyens dans le pays et quelque 800 soldats au sein d’une force de maintien de la paix de l’ONU.

Le document, la première proposition écrite présentée à Beyrouth, qui fait suite à des semaines de médiation par les pays occidentaux, a été remis la semaine dernière par le ministre français des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, à de hauts responsables libanais, dont le Premier ministre Najib Mikati, selon quatre hauts responsables libanais et trois responsables français.

Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, à droite, accueille le ministre français des Affaires étrangères Stéphane Séjourné à sa résidence de Beyrouth, le 6 février 2024. (Crédit : AFP)

L’objectif de l’accord est de prévenir un conflit « présentant un risque élevé de dégénérescence » et de faire respecter « un éventuel cessez-le-feu lorsque les conditions seront réunies ». Il prévoit également la tenue de négociations sur le tracé de la frontière terrestre controversée entre le Liban et Israël.

Le Hezbollah, qui a lancé des frappes contre Israël pour soutenir le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, refuse de participer à des négociations formelles de désescalade tant que la guerre à Gaza se poursuivra. Cette position a été réaffirmée par un responsable politique du Hezbollah qui a répondu à nos questions pour les besoins de cet article.

Si certains détails concernant les efforts de médiation similaires de l’envoyé américain au Moyen-Orient, Amos Hochstein, circulent depuis quelques semaines, les détails de la proposition écrite de la France au Liban n’ont pas encore été rapportés.

Hochstein, qui a joué un rôle important dans les négociations qui ont abouti à la délimitation d’une frontière maritime entre Israël et le Liban en 2022, fait la navette diplomatique entre Israël et le Liban depuis le mois dernier afin d’empêcher toute escalade du conflit.

« Nous avons fait des propositions. Nous sommes en contact avec les Américains. C’est important que nous puissions mutualiser l’ensemble des initiatives maintenant pour pouvoir construire le camp de la paix [au Proche-Orient] », a affirmé Séjourné lors d’une conférence de presse lundi.

La proposition prévoit l’arrêt de toutes les opérations militaires entre les groupes armés libanais et Israël, y compris les frappes aériennes israéliennes au Liban, effectuées en représailles aux attaques incessantes de roquettes et de missiles guidés antichars visant des villes, des communautés et des postes militaires dans le nord d’Israël.

Un obus de l’artillerie israélienne explosans au-dessus de Kfar Kila, un village libanais frontalier avec Israël, vu depuis la ville de Marjayoun dans le sud du Liban, le 22 novembre 2023. (Crédit : Hussein Malla/AP Photo)

En marge de la guerre, plusieurs milices, dont des groupes terroristes palestiniens, lancent des attaques contre Israël à partir du sud du sud du Liban, la puissance dominante dans la région reste néanmoins le Hezbollah, dont la force de frappe est généralement considérée comme plus puissante que celle de l’armée libanaise.

Aux termes du document de Paris, les groupes armés libanais démantèleraient tous leurs locaux et installations proches de la frontière et procéderaient au retrait de leurs troupes — dont les capacités militaires telles que les systèmes antichars et leurs troupes de terroristes de l’unité d’élite Radwan du Hezbollah — d’au moins 10 kilomètres au nord de la frontière.

Cette proposition laisserait les combattants du Hezbollah bien plus près de la frontière que le retrait de 30 kilomètres jusqu’au fleuve Litani, au Liban, stipulé dans une résolution de l’ONU adoptée pour mettre fin à la guerre avec Israël en 2006.

Mais cela mettrait le nord d’Israël hors de portée de la plupart des missiles guidés antichars du Hezbollah.

Ce compromis est considéré comme étant plus acceptable pour le Hezbollah qu’un repli sur le Litani, exigé par Israël, a indiqué un diplomate occidental ayant connaissance de cette proposition de deux pages.

Des membres des forces armées libanaises et des terroristes du Hezbollah à la frontière israélo-libanaise, sur une photo prise du côté israélien de la frontière, le 7 octobre 2023. (Crédit : Ayal Margolin/Flash90)

Selon les termes de l’accord, quelque 15 000 soldats de l’armée libanaise seraient déployés dans la région frontalière du sud du Liban, un bastion politique du Hezbollah dans lequel les terroristes du groupe se sont depuis longtemps fondus dans la société pendant les périodes de calme.

Interrogé sur cette proposition, Hassan Fadlallah, un haut responsable politique du Hezbollah, a indiqué à Reuters que le groupe ne discuterait « d’aucune question liée à la situation dans le sud avant la fin des attaques contre la bande de Gaza ».

« L’ennemi n’est pas en mesure d’imposer des conditions », a ajouté Fadlallah, refusant de se prononcer sur les détails de la proposition ou même de dire si le Hezbollah l’avait reçue.

L’un des responsables libanais a déclaré que le document rassemblait des idées discutées lors de contacts avec des émissaires occidentaux et qu’il avait été transmis au Hezbollah. Des représentants français ont fait savoir à Beyrouth que le document n’était pas définitif, après que les autorités libanaises ont soulevé des objections à l’égard de certaines mesures proposées, a dit un haut représentant libanais.

Un représentant israélien a indiqué que la proposition avait été reçue et qu’elle était examinée par le gouvernement.

Des soldats israéliens patrouillant une zone près du kibboutz Kfar Blum, près de la frontière avec le Liban, après que le Hezbollah a déclaré avoir mené une attaque aérienne avec deux drones contre un site du système de défense aérienne israélien dans la région frontalière, le 25 janvier 2024. (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

Le mois dernier, Reuters a rapporté que le Hezbollah avait rejeté les propositions de Hochstein, le principal artisan de ces efforts, tout en laissant la porte entrouverte à la diplomatie.

Interrogée sur la proposition, une porte-parole du département d’État a déclaré que les États-Unis « continuent d’explorer toutes les options diplomatiques avec leurs homologues israéliens et libanais afin de rétablir le calme et d’éviter une escalade ».

À l’heure de publication de cet article, la Maison-Blanche n’a pas souhaité répondre à une demande de réaction.

Le représentant libanais a indiqué que plusieurs éléments avaient suscité des réserves à Beyrouth, notamment la demande de démantèlement par les groupes armés de locaux et d’installations proches de la frontière, dont le libellé est vague et qui pourrait être utilisé pour exiger des mesures contre des institutions civiles affiliées au Hezbollah.

Depuis le début des combats, le 8 octobre, des dizaines de milliers de personnes ont dû évacuer leurs domiciles de part et d’autre de la frontière.

Jusqu’à présent, les escarmouches à la frontière ont causé la mort de six civils du côté israélien, ainsi que celle de neuf soldats et réservistes des Tsahal.

Un homme passe devant un bâtiment endommagé par des frappes israéliennes dans le village de Houla, au sud du Liban, près de la frontière, le 11 février 2024. (Crédit : Hasan FNEICH/AFP)

Le Hezbollah a identifié 193 membres tués par Israël au cours des affrontements en cours, dont trois tués lundi lors d’une frappe israélienne sur un site du Hezbollah dans le village de Tallouseh, dans le sud du Liban.

Vingt-neuf autres membres d’autres groupes terroristes ont été tués au Liban, ainsi qu’un soldat libanais et au moins 19 civils, dont trois journalistes.

Les frappes des deux côtés se sont essentiellement limitées aux régions proches de la frontière, Israël et le Hezbollah ayant affirmé leur désir d’éviter une guerre totale.

Incendie provoqué par une roquette tirée du Liban dans la ville de Kiryat Shmona, dans le nord du pays, le 5 novembre 2023. (Crédit : Erez Ben Simon/Flash90)

De nombreux émissaires occidentaux se sont rendus à Beyrouth pour discuter des moyens de désamorcer les combats, mais ils y ont rencontré essentiellement des représentants de l’État libanais plutôt que ceux du Hezbollah, désigné comme une organisation terroriste par les États-Unis.

L’un des responsables libanais a déclaré qu’une délégation technique française était retournée à Beyrouth deux jours après la visite de Séjourné pour discuter des détails, à la suite des objections libanaises.

Un autre responsable libanais a indiqué que Beyrouth n’avait pas répondu à la proposition, ajoutant qu’elle n’était ni signée ni datée et qu’elle n’était donc pas considérée comme suffisamment officielle pour justifier une réponse.

10 jours de négociations

La proposition prévoit trois étapes étalées sur dix jours, à commencer par la fin des opérations militaires.

Au cours des trois jours suivants, les groupes terroristes libanais retireraient leurs hommes de la frontière et le l’armée libanaise commencerait à déployer des soldats dans le sud du pays. Israël cesserait ses survols en territoire libanais.

Dans un troisième temps, dans un délai de dix jours, le Liban et Israël reprendraient les négociations sur la délimitation de la frontière terrestre « de manière progressive » et avec le soutien de la FINUL, la force de maintien de la paix des Nations unies.

Ils engageront également des négociations sur une feuille de route visant à garantir la création d’une zone exempte de tout groupe armé non étatique entre la frontière et le fleuve Litani.

Des véhicules militaires appartenant aux forces intérimaires des Nations unies au Liban (FINUL) devant des affiches du leader du mouvement chiite libanais Hasan Nasrallah, à droite, et du président syrien Bashar al-Assad, sur une route située à proximité de la ville libanaise de Marjayoun, dans le sud du Liban, le 26 août 2019 (Crédit : Mahmoud ZAYYAT / AFP)

Le Hezbollah a déjà laissé entendre par le passé qu’il serait prêt à soutenir l’État dans ses négociations avec Israël visant à régler le statut des zones contestées à la frontière, dans l’intérêt du Liban. En 2022, il a soutenu un accord visant à délimiter une frontière maritime qui a mis fin à un différend de longue date et a permis à Beyrouth de louer des zones lucratives de gaz naturel au large des côtes.

L’une des questions à résoudre est celle du financement de l’armée libanaise, gravement affaiblie par une grave crise financière au Liban.

La proposition appelle à un effort international pour soutenir le déploiement de l’armée libanaise par « le financement, l’équipement et la formation ». Elle appelle également au « développement socio-économique du Sud-Liban ».

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