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La guerre en Ukraine met sur la table l’impact des armées sur le climat

Les rejets liés aux activités militaires en temps de guerre comme de paix de ces gaz responsables du réchauffement climatique sont estimés entre 1% et 5% des émissions mondiales

Les pompiers à l'ouvrage après une attaque au drone contre un bâtiment à Kiev, en Ukraine, le 17 octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Roman Hrytsyna, File)
Les pompiers à l'ouvrage après une attaque au drone contre un bâtiment à Kiev, en Ukraine, le 17 octobre 2022. (Crédit : AP Photo/Roman Hrytsyna, File)

La guerre en Ukraine a fait sortir de l’ombre les massives émissions de gaz à effet de serre des armées, peu explorées et dont le calcul est semé d’embûches, ont souligné des experts à la COP27.

« C’est un domaine d’émissions significatives et personne n’a vraiment pris en main ce problème », a déclaré Axel Michaelowa, chef du groupe de recherche de Politique climatique internationale de l’Université de Zurich, lors d’un panel en marge de la 27e conférence internationale sur le climat à Charm el-Cheikh en Egypte.

Les rejets liés aux activités militaires en temps de guerre comme de paix de ces gaz responsables du réchauffement climatique sont estimés par les scientifiques entre 1% et 5% des émissions mondiales, selon un texte de plusieurs experts publié au début du mois dans la revue scientifique Nature.

A titre de comparaison l’aviation et le transport maritime civils comptent pour 2% chacun.

Si elles étaient un pays, les forces armées américaines, au premier rang mondial en termes de dépenses, auraient les émissions par habitant les plus élevées du monde, soit 42 tonnes d’équivalent CO2 par membre de leur personnel, note le commentaire des experts dans Nature.

« Politique et manque d’expertise »

Chaque centaine de milles nautiques parcourue par le célèbre avion de chasse F-35 de l’US Air Force équivaut aux émissions annuelles de CO2 d’une voiture individuelle au Royaume-Uni, selon la même source.

L’Ukraine s’est lancée dans le calcul de celles liées directement et indirectement à l’invasion du pays par la Russie le 24 février, une première pour un pays en guerre.

Les déplacements de réfugiés ont ainsi compté pour 1,4 million de tonnes d’équivalent CO2, les incendies de forêts, de champs agricoles ou de constructions pour 23,8 millions, les combats pour 8,9 millions et la reconstruction des infrastructures détruites sur les sept mois de guerre devrait émettre 48,7 millions de tonnes, selon le projet Initiative on GHG Accounting of War (Initiative de comptabilisation des gaz à effet de serre de la guerre) créé deux mois après l’invasion de l’Ukraine.

Marioupol, lors de l’invasion militaire russe lancée sur l’Ukraine, le 12 avril 2022. (Crédit : Andrey Borodulin/AFP)

Le total s’élève à près de 83 millions de tonnes. A titre de comparaison les émissions d’un pays comme les Pays-Bas sur la même période s’élèvent à une centaine de millions de tonnes, indique le rapport de ce groupe, auquel ont participé des experts universitaires et du secteur privé avec le ministère ukrainien de l’Environnement.

« Cela montre tout ce qui nous manque concernant d’autres conflits, passés et présents, nous n’avons jamais eu ce genre de détails sur l’Irak et la Syrie ou d’autres guerres », a déclaré au cours du panel Deborah Burton, de l’organisation Tipping Point North South.

« Pourquoi les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec: les experts climat de l’ONU, NDLR) et les sommets de l’ONU sur le climat sont-ils silencieux au sujet des émissions militaires ? », interrogent les auteurs de l’article de Nature, « énoncées simplement, les raisons sont la politique et un manque d’expertise ».

« Angle mort » 

L’initiative sur l’Ukraine a pour but de remédier à « cet espèce d’angle mort » dans le calcul de l’ensemble des émissions mondiales, nécessaire pour réduire celles-ci, a expliqué à l’AFP Lennard de Klerk, spécialiste des émissions de carbone issu du secteur privé et co-auteur de l’étude.

Pour les auteurs du commentaire de Nature, les émissions militaires doivent être « reconnues officiellement et comptabilisées avec exactitude dans les inventaires nationaux et les activités militaires doivent être décarbonées ». Ils voient dans la COP27 et la suivante en 2023 à Dubai, « des occasions de formaliser ce changement ».

« Le mieux serait que nous intégrions cela directement dans le processus du Giec », commente auprès de l’AFP M. Michaelowa.

« Le défi c’est que les données militaires sont généralement confidentielles mais on peut se procurer des informations de seconde main : vous savez quels appareils opèrent dans quelle zone, vous avez une idée de l’intensité des émissions de certains types de véhicules », explique-t-il, estimant la marge d’erreur à 10-20%.

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