La marée noire, un acte terroriste iranien, selon Gamliel – la Défense perplexe
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La marée noire, un acte terroriste iranien, selon Gamliel – la Défense perplexe

Avant l'identification du pétrolier, la ministre avait pourtant déclaré qu’il ne pouvait s’agir d’un incident délibéré

La ministre de la Protection de l'environnement, Gila Gamliel, lors d'une conférence de presse concernant une marée noire sur les plages israéliennes, dans les bureaux du ministère de la Protection de l'environnement à Jérusalem, le 3 mars 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)
La ministre de la Protection de l'environnement, Gila Gamliel, lors d'une conférence de presse concernant une marée noire sur les plages israéliennes, dans les bureaux du ministère de la Protection de l'environnement à Jérusalem, le 3 mars 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Gila Gamliel, ministre de la Protection de l’environnement, qui la veille avait déclaré dans une interview qu’elle ne croyait pas que la marée noire qui a pollué la plupart des plages du pays soit le résultat d’un acte délibéré, a insisté jeudi sur le fait que cet événement était une attaque terroriste iranienne contre Israël.

Alors même que les responsables de la Défense ont affirmé qu’il s’agissait d’un dysfonctionnement et non d’un acte délibéré, Gamliel a soutenu que le déversement, qui a forcé la fermeture des plages le long du littoral israélien a été directement causé par l’Iran.

S’adressant à la radio de l’armée jeudi matin, Gamliel a repoussé la thèse de l’accident : « Dire que ce n’est pas du terrorisme est tout simplement inapproprié. »

Elle a ajouté qu’il s’agissait d’un « échec » de la part des services de défense dans la surveillance du pétrole brut iranien de contrebande, qui cherche à contourner les sanctions internationales imposées à la Syrie en raison de son bilan en matière d’atteinte aux droits humains.

« J’appelle les services de la défense à opérer rapidement des contrôles », car le pétrole brut des pétroliers iraniens est une « arme écologique » qui menace le pays.

Lorsqu’on lui a demandé si la marée noire était délibérée ou un accident, elle a répondu : « S’ils avaient tiré un missile sur un navire israélien, aurait-on demandé s’il s’agissait d’une erreur ou d’un acte délibéré ? Selon moi, il s’agit d’un acte de terreur délibéré. »

Au moment où a commencé la marée noire, le navire libyen, l’Emerald – qui avait été repéré par les images satellites du groupe de surveillance TankerTrackers – transportait du pétrole brut d’Iran en Syrie. Ensuite le pétrolier est retourné en Iran où il est actuellement ancré.

« Le pétrole brut dans la mer est une arme qui agit contre l’environnement et la santé publique, contre la faune et contre nos côtes », a déclaré Gamliel dans un communiqué.

« Le lien avec l’Iran est évident », a poursuivi Gamliel, exhortant le gouvernement à tenir une réunion d’urgence avec les responsables de la défense afin de mieux comprendre les menaces économiques qui pèsent sur les eaux territoriales israéliennes, menaces qui ne sont pas simplement environnementales »

Morceaux de goudron qui se sont échoués sur la plage de la réserve naturelle de Gador, dans le nord d’Israël, le 1er mars 2021. (Yossi Aharoni)

Mercredi, Gamliel avait annoncé qu’Israël avait identifié le navire responsable du déversement. Plus tard dans la soirée lors d’une conférence de presse, elle s’était engagée à intenter une action en justice.

Ces allégations concernant l’implication de l’Iran avaient été immédiatement contestées par de hauts responsables de la sécurité, la Treizième chaîne ayant rapporté que la Défense israélienne « ne partageait pas cette affirmation ». Les conclusions de Gamliel n’ayant jamais été soutenues par l’agence de renseignement du Mossad ni par aucun autre organe de défense.

Citant des sources provenant des structures de la Défense, la Douzième chaîne a rapporté que jeudi les déclarations de Gamliel semblaient « très étranges » et qu’il n’existait aucune preuve d’un acte de terreur délibéré.

Ori Disatnik, ancien commandant de la force sous-marine israélienne, a également mis en doute les déclarations de Gamliel.

Capture d’écran de la vidéo d’Ori Distanik. (YouTube)

« Après analyse des événements, cela ne ressemble pas du tout à de la terreur », a-t-il déclaré au site d’informations Walla.

Disatnik a expliqué que si le déversement avait été délibéré, le navire serait parti dès qu’il aurait déchargé le polluant et ne serait pas resté près de deux semaines dans la zone. Il a également déclaré que la taille relativement petite de la fuite, moins d’un pour cent des 112 000 tonnes que le navire peut transporter, indique qu’il ne s’agissait pas d’une attaque délibérée.

« S’ils voulaient commettre une attaque, ils auraient déversé toute la cargaison à l’eau », a déclaré Disatnik. Il a souligné qu’il fallait posséder de grandes connaissances et compétences océanographiques pour déclencher une marée noire dans une partie de la mer Méditerranée en étant sûres d’atteindre Israël.

Disatnik a estimé qu’il s’agissait plus probablement d’un dysfonctionnement du navire ou de la libération de carburant pour raison opérationnelle.

Dans une interview mercredi matin, Gamliel avait elle-même estimé qu’il ne pouvait s’agir d’une attaque.

« Cela s’est produit hors des eaux territoriales israéliennes, et le temps était très orageux », a déclaré Gamliel à la Douzième chaîne, expliquant qu’il aurait été impossible de savoir dans quelle direction le déversement se produirait.

« Les criminels environnementaux me semblent plus crédibles », a-t-elle déclaré. « Car personne n’a signalé le dysfonctionnement du navire comme il est de rigueur. Il s’agit de malveillance plus que d’un
dysfonctionnement. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et la ministre de la Protection de l’environnement Gila Gamliel marchent sur la plage d’Ashdod le 21 février 2021, après qu’une marée noire en mer a provoqué des dégâts le long de la côte méditerranéenne d’Israël. (Kobi Gideon / GPO)

La Douzième chaîne a rapporté jeudi que le ministère de la Protection de l’environnement avait affirmé que Gamliel avait reçu de nouvelles informations qui l’avaient fait changer d’avis après son entretien de mercredi.

S’exprimant jeudi après-midi, le directeur général du ministère, David Yahalomi, a insisté aussi sur le fait que même sans volonté délibérée, on avait affaire à une certaine forme de terrorisme.

« Peu importe que ce soit délibéré ou non », a déclaré Yahalomi à la chaîne publique Kan. « Un État ennemi qui transfère 45 millions de barils de pétrole illégalement et indûment à travers les eaux économiques d’Israël – est quoiqu’on en dise nuisible. »

Il a ajouté que le préjudice potentiel dans de telles circonstances « est une bombe à retardement, et qu’il est donc correct de parler de terrorisme environnemental ».

Dans sa déclaration de jeudi, le ministère de la Protection de l’environnement a déclaré que les informations reçues de l’organisation TankerTrackers, qui surveille les mouvements des pétroliers, montraient que l’Emerald était amarré au large des côtes iraniennes dans le golfe Persique le 17 janvier.

« Il est probable qu’au cours de cet amarrage, le pétrolier a chargé du pétrole brut qui a finalement atteint les plages d’Israël », indique le communiqué.

Le ministère a déclaré qu’il disposait également d’images satellites montrant que le pétrolier avait rencontré un pétrolier iranien, le Lotus, en pleine mer au large de la Syrie le 14 février et que du pétrole avait été transféré.

Des bénévoles nettoient une plage polluée par le goudron dans la réserve naturelle de Tyre, dans le sud du Liban, suite à une pollution au goudron, le 27 février 2021. (Crédit : Mahmoud ZAYYAT / AFP)

Trois jours plus tard, des morceaux de goudron s’échouaient le long de la côte méditerranéenne d’Israël.

Les accusations de Gamliel font suite à l’accusation de l’État juif contre l’Iran pour la récente attaque à la fin du mois dernier contre un navire appartenant à des Israéliens dans le golfe d’Oman, ce qui a encore exacerbé les tensions entre les deux pays. L’Iran a nié tout rôle dans l’explosion qui a frappé le MV Helios Ray.

Des milliers d’Israéliens volontaires, des employés de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, ainsi que des soldats de Tsahal se sont massivement mobilisés pour effectuer une opération de nettoyage.

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