La « piraterie juive » n’est pas une insulte antisémite !
Rechercher

La « piraterie juive » n’est pas une insulte antisémite !

Il s'agit bel et bien d'une page de notre très vaste Histoire...

La bataille de Preveza par Ohannes Umed Behzad (1866) (Crédit : autorisation)
La bataille de Preveza par Ohannes Umed Behzad (1866) (Crédit : autorisation)

Quand on parle de « pirates des Caraïbes », ce n’est vraiment pas la première chose qui nous vient à l’esprit. Pourtant, de célèbres personnalités juives ont marqué l’histoire de la piraterie.

C’est Flavius Josèphe qui fera mention de « pirates juifs » le premier dans les « Antiquités judaïques », un récit de vingt livres dont la première série des dix constitue des ouvrages bibliques, mais dont la seconde constitue un document historique essentiel concernant les périodes grecques et romaines en Palestine.

À la mort de la reine Salomé en 67 av. Jésus Christ, les héritiers Hyrcan II et Aristobule II se disputent le trône de Judée et finissent par en débattre avec l’empereur Pompei.

D’après Flavius, Hyrcan accuse durant ce débat Aristobule d’avoir organisé une « piraterie en mer ». Puis, vers la fin de la première guerre Judéo-Romaine, les juifs reconstruisent Jaffa et par ce port débute une importante force pirate visant à rendre innavigable les mers de Syrie, de Phénicie et d’Egypte.

L’Empire Romain mit un terme à cette rébellion et considéra cette victoire comme étant très importante. Bien entendu, l’ensemble des récits de Flavius Josèphe ne sont pas fiables à 100 %, il faut donc observer ces évènements avec une certaine retenue historique.

La piraterie juive prend un nouvel essor au 15e siècle, en Europe cette fois, lors de l’Inquisition. L’essentiel des données concernant la piraterie juive de cette époque nous provient du livre « Les pirates juifs des Caraïbes » écrit par Edward Kritzler après de nombreuses années de recherche sur le sujet.

Un drapeau pirate avec une étoile de David (Crédit : autorisation)
Un drapeau pirate avec une étoile de David (Crédit : autorisation)

Le point de départ étant la Jamaïque où Kritzler sera très surpris par la présence de tombes juives marquées de fémurs entrechoqués, symbole célèbre de la piraterie. Pour comprendre l’importance de la Jamaïque pour le peuple juif, il faut retourner en Espagne en l’an 1492.

« Ainsi, après avoir expulsé les juifs de vos terres, Vos Majestés m’ordonnèrent, le même mois de janvier, de m’embarquer avec les armes nécessaires pour les dites régions des Indes. » 
Christophe Colomb écrit ces lignes sur la première page de son carnet de bord.

Il fait référence au décret de l’Alhambra, l’édit d’expulsion des juifs espagnols qui entraina par la suite l’expulsion des juifs portugais. La découverte de l’Amérique est ainsi étroitement liée à l’histoire du peuple juif puisque bon nombre des marins embarqués avec Colomb furent des marranes, juifs convertis de force par le royaume d’Espagne, et trouvèrent en cette Jamaïque (placée sous la juridiction de la famille Colomb) un lieu où ils purent vivre paisiblement à nouveau.

Avec le temps, l’influence de la famille Colomb se désagrégea et il faudra attendre l’Empire Britannique pour que la Jamaïque devienne véritablement un refuge pour la communauté juive.

Le sol de la synagogue « Shaare Shalom » en Jamaïque est d’ailleurs recouvert de sable blanc en l’honneur de ces marranes qui devaient recouvrir leurs pas lorsqu’ils allaient prier en secret durant l’Inquisition.

Mais de nombreux juifs ne se sont pas contentés de survivre et se tournèrent vers la piraterie dans un désir de vengeance. Pour en apprendre plus sur ce courant, le mieux est encore de se pencher sur l’histoire des pirates juifs les plus célèbres.

Un de ces fameux corsaires fût Moshé Cohen Henriques, pirate juif hollandais mais surtout officier naval de l’amiral Piet Pieterszoon Hein de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales. L’amiral Piet voulait également se venger des Espagnols qui l’avaient capturé et réduit en esclavage durant 4 ans.

Les deux compères réussirent ensemble à mener une des opérations les plus rentables de l’histoire de la piraterie en dérobant à une flotte espagnole l’équivalent d’un million de dollars en or, argent et autres objets de valeurs.

Moshé Cohen Henriques, avec sa part du butin, fonda avec ses marins (juifs) sa propre Île de pirate sur la côte brésilienne. Lorsque le Portugal reprit possession de cette Île, Moshé fuit l’Amérique latine et devint conseiller pour Henry Morgan, le célèbre pirate.

Un autre Juif devint célèbre en menant avec brio sa revanche sur l’Espagne, il s’agit de Sinan Reis dit « Le Grand Juif ».

Après avoir fui l’Inquisition, Sinan trouve refuge dans l’Empire Ottoman et rejoint la flotte du grand amiral Khizir Khayr ad-Dîn dit « Barberousse ». Ils réussirent à vaincre la Sainte Ligue de Charles V durant la Bataille de Preveza. Les idées de Sinan furent en bonne partie responsables de la victoire. Il fût surnommé « Le Grand Juif » par un gouverneur de l’Inde Portugaise.

David Abrabanel, ou « Capitaine Davis » comme il se faisait appeler, navigua parmi les flottes anglaises et possédait son propre navire qu’il nomma « Le Jerusalem ».

À la même époque, d’autres capitaines qui ne cachaient pas leur judaïsme nomment leur navire « Reine Esther », « Le Prophète Samuel » ou encore « Le Bouclier d’Abraham ».

Samuel Pallache, aussi surnommé le « Pirate Rabbin » n’avait pas de navire mais il mena également des sabordages contre des navires espagnols et portugais. D’abord élevé dans l’enseignement rabbinique, Pallache choisit finalement la voie de Sinan Reis et prit sa revanche sur l’empire Espagnol pour le compte de la Hollande et du Maroc.

Il réussit d’ailleurs, en sa qualité de diplomate, à faire signer à ces deux pays le premier traité historique entre un pays européen et une nation non-catholique. On dit que sous ses ordres, les navires étaient casher et donnaient une partie de leur butin aux œuvres de charité.

Que ce soit pour prospérer, survivre, se venger, ou tout simplement vivre au sein d’une communauté où il n’y a pas de temps laissé à la discrimination, les juifs ont trouvé dans la piraterie une voie étonnante dans laquelle ils se sont épanouis.

Les marranes ont joué un rôle décisif dans la découverte de l’Amérique (qui est aujourd’hui encore une nation où les juifs se sentent en sécurité) mais également dans la défaite de l’Empire Espagnol. L’image du juif errant faible et à jamais victime des autres peuples a probablement contribué à mettre de coté cette partie de l’héritage culturel juif, pourtant, ces drapeaux pirates munis d’étoiles de David ne sont pas moins des symboles de résistances juives à l’instar de l’insurrection du ghetto de Varsovie, ou à plus forte raison, à la chute de Massada.

A view of the excavations at Masada (photo credit: Yossi Zamir/Flash90)
Vue sur Masada (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Toutes les informations recueillis pour cet article proviennent majoritairement de l’ouvrage d’Edward Kritzler (« Les pirates des Caraïbes », 2008), de l’article du professeur Steven Plaut de l’Université de Haïfa (« Putting the Oy back into « Ahoy » », 2008), et du livre de l’historien israélien Michael Oren (« Power, faith, and fantasy : America in the Middle East, 1776 to the present », 2007)

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...