La prochaine fois, consultez un général !
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Analyse

La prochaine fois, consultez un général !

Le rapport de l'ONU sur Gaza a été écrit avec le point de vue d'une interprétation civile des lois des guerres ; un officier de combat aurait montré au panel la façon dont ces lois sont appliquées dans les conflits modernes du Moyen-Orient

Mitch Ginsburg est le correspondant des questions militaires du Times of Israel

Un tank d'artillerie de 155 mm, placé près de la frontière israélienne avec la bande de Gaza, tire un projectile vers des cibles de l'enclave palestinienne, le 17 juillet 2014. (Crédit photo: AFP / Menahem Kahana)
Un tank d'artillerie de 155 mm, placé près de la frontière israélienne avec la bande de Gaza, tire un projectile vers des cibles de l'enclave palestinienne, le 17 juillet 2014. (Crédit photo: AFP / Menahem Kahana)

Le rapport de l’ONU sur la guerre de Gaza de l’été dernier, bien que plus équilibré que le précédent, lequel avait été écrit peu de temps après le conflit de 2008/2009, ignore encore volontairement ou peut-être sans le savoir, la nature des conflits militaires modernes.

Ce qu’il aurait fallu, en dehors de la coopération israélienne et d’un esprit ouvert, c’est un général, de préférence un général qui aurait commandé des troupes sous le feu en Irak ou en Afghanistan.

Cet officier aurait d’abord pu fournir une perspective. Que l’on accepte le bilan des morts de l’ONU, tel que fourni par le ministère de l’Intérieur du groupe terroriste du Hamas, ou celui d’Israël, un lecteur international n’a aucun moyen de savoir si le bilan tragique en vies humaines – celui des civils par rapport à celui des combattants ennemis – est disproportionné, voire outrageusement élevé.

Un officier supérieur israélien m’a confié pendant la guerre, après avoir détaillé tout ce qui était fait pour épargner les civils, que même si le rapport était d’un combattant tué pour deux civils, il serait « prêt à signer pour cela ».

Il a affirmé que la proportion américaine en Irak était bien pire. Comme il n’y a pas de rapports de l’ONU sur les actions des États-Unis ou des Britanniques en Irak ou en Afghanistan, et qu’aucun organisme indépendant n’a étudié en détail les chiffres, il est difficile de le savoir.

Des soldats de la brigade Givati à l'entrée d'un tunnel terroriste (Crédit : Porte parole de Tsahal/FLASH90)
Des soldats de la brigade Givati à l’entrée d’un tunnel terroriste (Crédit : Porte parole de Tsahal/FLASH90)

Un général aurait aidé, aussi, à fournir une compréhension de l’artillerie et de l’utilisation des obus de mortier. Le rapport a en fait cité un article du Times of Israel sur la nécessité de restreindre l’utilisation des armes « statistiques » dans un environnement urbain. C’est vrai. C’est nécessaire. Mais le rapport ne parvient pas à distinguer entre le ciblage offensif et le feu défensif.

A Chajaya, où le Hamas a mené ses opérations militaires « de facto » depuis l’hôpital de Wafa, selon une enquête israélienne, les tirs intenses d’artillerie, à un rythme de 600 par heure, étaient défensifs. Ils étaient nécessaires parce que les troupes israéliennes avaient été piégés sous le feu. Un rapport plus sérieux aurait fait la différence entre ces deux situations.

Un autre problème est l’absence d’étude de la doctrine du Hamas. L’affirmation selon laquelle Israël a peut-être commis des crimes de guerre en omettant de faire la différence entre civils et combattants aurait pu utiliser une illustration attentive de la façon dont le Hamas construit ses propres fortifications – cachant des armes dans les mosquées, et plaçant les roquettes à proximité des écoles et des dispensaires médicaux.

La présidente de la Commission d'enquête sur le conflit à Gaza de 2014 , Mary McGowan Davis  (Crédit : AFP PHOTO / FABRICE COFFRINI)
La présidente de la Commission d’enquête sur le conflit à Gaza de 2014, Mary McGowan Davis (Crédit : AFP PHOTO / FABRICE COFFRINI)

Ceci dit, le rapport a eu raison de charger le parquet militaire israélien pour enquêter sur l’armée israélienne. Bien sûr, la distinction entre les ennemis et les civils est difficile lors d’une guerre moderne et elle est compliquée quand l’ennemi se fait souvent passer pour un civil – en portant des vêtements féminins ou en voyageant dans une ambulance.

Néanmoins Tsahal doit, par exemple, juger les soldats impliqués dans les incidents des 23 et 25 juillet à Khuzaa – dans lesquels des civils brandissant des drapeaux blancs ont été ciblés et, dans un cas, tués – ou bien s’expliquer en détail sur ces incidents.

De la fumée s'élève suite à des frappes qui seraient israéliennes, selon les témoins, à Rafah le 1er août 2014 (Crédit photo: Abed Rahim Khatib/Flash90)
De la fumée s’élève suite à des frappes, israéliennes d’après les témoins, à Rafah, le 1er août 2014. (Crédit photo: Abed Rahim Khatib/Flash90)

La question opérationnelle finale est la proportionnalité. Il n’y a aucune formule pour juger si une armée en train d’attaquer agit dans les limites de cette loi.

Et pourtant, il est possible que l’armée, comme le rapport l’affirme, puisse avoir dépassé ses limites pendant les heures qui ont suivi l’enlèvement du lieutenant Hadar Goldin, le 1 août. Opérant au milieu du choc d’un cessez-le-feu rompu par le Hamas et de la nouvelle de l’enlèvement d’un soldat – le talon d’Achille israélien -, l’armée aurait tiré 2 000 pièces d’artillerie sur Rafah pendant la matinée.

Des dizaines de civils ont été tués. Le rapport indique que, selon certains, « le critère de proportionnalité peut prendre en compte des considérations stratégiques dans la détermination de l’avantage militaire ».

En d’autres termes, que refuser au Hamas l’effet de levier de la tenue d’un captif israélien est central dans la stratégie militaire d’Israël et justifie donc une réaction massive.

La commission a rejeté cela d’un revers de main, affirmant que ce « n’est pas [une] considération valable ». L’effet de levier, explique le rapport, « ne dépend pas uniquement de la capture d’un soldat, mais de la façon dont le gouvernement d’Israël décide de réagir à l’enlèvement ».

Ce cas isolé nécessite l’avis du parquet militaire alors que l’armée israélienne envisage de futurs conflits, où l’ennemi va continuer de tenter de s’attaquer à ce point faible d’Israël.

Une autorité militaire certes, mais avec la coopération d’Israël et une volonté d’accepter les éléments amenés par les israéliens au sujet des pratiques de ciblage de l’armée – et pas seulement les témoignages anonymes de Breaking the Silence – aurait probablement montré la vérité sur cette guerre : elle était horrible, bien sûr, mais alors que les Palestiniens ont sans aucun doute souffert et continuent de souffrir plus que les Israéliens, cette souffrance ne rend pas l’armée israélienne et le gouvernement d’Israël coupables de crimes de guerre.

Le rapport ne jette pas le blâme sur le Hamas et instille un certain doute dans ses propres allégations plutôt ambitieuses, déclarant qu’Israël « peut » avoir commis des crimes de guerre, plutôt que de l’affirmer comme un fait, ce que le juge Richard Goldstone avait fait en 2009, avant que la vérité ne l’ait forcé à se rétracter.

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