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La « soie de la paix » retisse l’avenir dans le sud de la Turquie

Selon le PNUD, 350 000 personnes étaient employées dans près de 3 000 entreprises de l'habillement et du textile dans les provinces dévastées par le séisme du 6 février

Emel Duman, propriétaire d'Appollon Defne silk, nourrissant des vers à soie avec des feuilles de mûrier, à Antakya, le 10 juillet 2023. (Crédit : Ozan Kose/AFP)
Emel Duman, propriétaire d'Appollon Defne silk, nourrissant des vers à soie avec des feuilles de mûrier, à Antakya, le 10 juillet 2023. (Crédit : Ozan Kose/AFP)

Presque tous les employés ont perdu leur maison, le comptable et le vétérinaire ont disparu avec leur famille. Mais dans la province turque d’Hatay, meurtrie par le séisme de février, la « soie de la paix » retisse les liens.

« Il a fallu que je me motive pour repartir », avoue Emel Duman, 57 ans, en étirant entre ses doigts une petite pelote ivoire d’une douceur inouïe. Ces cocons jaunes, qui lui permettent de filer et tisser la soie naturelle, sont le projet d’une vie.

Sa maison détruite, elle vit en famille dans sa coopérative sur les hauteurs d’Antakya, où se sont serrées après la catastrophe une centaine de personnes qui avaient tout perdu, mais survécu au tremblement de terre qui a fait 50 000 morts au moins dans le sud de la Turquie.

« À part l’atelier, tout s’est effondré. C’est difficile de repartir », confie-t-elle.

Avant le désastre, la coopérative Apollon, située en surplomb d’Antakya, employait environ 70 personnes, en majorité des femmes qui travaillaient souvent à domicile. Seule une poignée est revenue dont le couturier qui s’y est installé après avoir perdu sa demeure.

Quand Emel Duman se lance il y a 25 ans, la province d’Hatay, frontalière de la Syrie sur l’une des antiques routes de la soie, a perdu son savoir-faire : on y tisse toujours mais les cocons, blancs, sont importés de Chine.

Emel Duman, propriétaire d’Appollon Defne silk, posant lors d’une interview, à Antakya, le 10 juillet 2023. (Crédit : Ozan Kose/AFP)

Cocon jaune

Or le cocon d’Hatay, c’est sa spécificité, est jaune, insiste Emel qui a fini par dénicher le dernier éleveur de bombyx mori endémiques, devenus son obsession : son mari, Fikret, assure qu’elle leur parle.

« C’est comme pour les espèces végétales, il faut lutter contre la perte de biodiversité », avance-t-elle.

Sur un terrain aride et caillouteux, elle a planté avec son époux les premiers pieds de mûriers, des arbustes fragiles et exigeants qu’ils arrosent jour et nuit, acheminant l’eau par camion jusqu’au creusement d’un puits.

Aujourd’hui, ses 15 000 arbres lui permettent de nourrir des milliers de vers blancs, élevés à l’ombre sur de grands plateaux de bois : en tendant l’oreille, on entend craquer les feuilles fraiches qu’ils dévorent.

« Une symphonie orchestrale, la plus belle musique du monde », sourit Fikret Duman qui vient d’étendre une nouvelle couche épaisse de feuillages fraichement cueillis.

Patiente, Emel Duman laisse agir la nature et le ver muter en chenille, percer le cocon qu’il a confectionné et qui l’emprisonne et finalement s’envoler en papillon.

C’est en travaillant avec des experts en sériciculture de l’université Mustafa Kemal d’Hatay et d’autres d’Izmir (ouest) qu’elle apprend le terme approprié, venu d’Inde, pour cette soie produite sans douleur : « la soie de la paix ».

« L’industrie ébouillante le cocon pour tuer le ver », explique-t-elle.

Dans sa coopérative, « on tire de chaque cocon 1 400 à 1 700 mètres de soie », indique sa fille Tugce, 32 ans, diplômée en sciences du textile et design. « Mais on ne peut pas l’utiliser entièrement à cause du trou qui abime les filaments. »

Emel Duman, propriétaire d’Appollon Defne silk, posant alors qu’elle tisse de la soie, à Antakya, le 10 juillet 2023. (Crédit : Ozan Kose/AFP)

Trousseau de mariée

La soie a peu à peu périclité dans la province après la fin de l’Empire ottoman au début du XXe siècle. Pourtant, Emel s’en souvient, autrefois pour leur mariage les jeunes filles recevaient encore leur trousseau en soie.

Anéantie par le séisme du 6 février – « tellement violent que je pensais qu’il n’y avait aucun survivant » – dans lequel elle a perdu neveux et cousins, puis accaparée par des familles dans le besoin qui réclamaient de l’aide, Emel Duman lutte pour relancer la production.

Elle a reçu le soutien de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui lui adressait déjà des réfugiées syriennes, dont plusieurs l’ont contactée pour revenir.

Et elle a déjà déposé une demande d’appellation contrôlée pour protéger la « soie de la paix d’Hatay ».

Selon le Programme de l’ONU pour le développement (PNUD) qui soutient une campagne de recrutement en direction des femmes, 350 000 personnes étaient employées dans près de 3 000 entreprises de l’habillement et du textile dans les provinces dévastées par le séisme du 6 février : des chiffres réduits de moitié désormais.

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