Israël en guerre - Jour 142

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Analyse

La tempête avant le calme pour Netanyahu ?

Tout va mieux pour le Premier ministre. S'il arrive à faire adopter le budget, avec le soutien du public, il sera pratiquement intouchable

Haviv Rettig Gur

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, avec le ministre de la Justice Yariv Levin, au centre, et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, à droite, lors d'une discussion et d'un vote à la Knesset, le 1er mars 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, avec le ministre de la Justice Yariv Levin, au centre, et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, à droite, lors d'une discussion et d'un vote à la Knesset, le 1er mars 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Jusqu’au début des hostilités avec le groupe terroriste du Jihad islamique, cette semaine, le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu semblait vaciller au bord du gouffre.

Les relations entre le Premier ministre et la plus grande partie de ses partenaires étaient remplies d’amertume. Certains menaçaient de quitter la coalition ou appelaient avec colère le chef de gouvernement à démissionner.

Il y avait la querelle sans fin avec le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, et sa faction d’extrême-droite Otzma Yehudit à la Knesset – le parti a refusé de voter pendant une semaine aux côtés de la coalition, réclamant à Netanyahu de répondre positivement à une série de demandes. Parmi ces réclamations, le lancement d’une opération militaire majeure en Cisjordanie et à Gaza, mais aussi une reprise du processus législatif en accéléré qui a distingué jusqu’à présent le projet de réforme du système judiciaire israélien ; des conditions d’incarcération plus dures pour les prisonniers sécuritaires palestiniens et, peut-être plus important encore, l’intégration de Ben Gvir dans les discussions de haut-rang sur la sécurité israélienne et dans les forums décisionnaires dont l’extrémiste provocateur a été discrètement exclu, jusqu’à présent, par Netanyahu.

Dans une large mesure, Ben Gvir n’a eu besoin de personne pour se marginaliser. Selon des sources proches du gouvernement – ou selon tous ceux qui, finalement, siègent au gouvernement sans appartenir à la faction de Ben Gvir – il a lui-même raté ses examens d’entrée en matière de compétence et de fiabilité.

Les forces de la police nationale dont il est ostensiblement à la tête souffrent d’un manque chronique de financement et de personnels, mais Ben Gvir ne s’est guère intéressé, jusqu’à présent, aux problèmes qu’elles rencontrent. Une nouvelle série de nominations de hauts-responsables a été reportée. Il semble confondre en permanence paroles et passage à l’acte, comme lorsqu’il est allé sur le plateau d’une chaîne de télévision, au mois de février, pour annoncer le lancement d’une opération policière massive à Jérusalem-Est – sans même consulter le gouvernement, et sans l’en avertir. Il a ensuite paru surpris que cette déclaration bâclée reste lettre morte.

En mars, quand Netanyahu s’était efforcé d’atténuer le contrecoup de la réforme du système de la justice en annonçant la mise en pause de cette dernière, Ben Gvir avait été le seul et unique leader de la coalition à refuser d’accepter cette décision. Il avait menacé de quitter le gouvernement et il avait fallu calmer ses ardeurs en lui accordant l’autorisation de créer une nouvelle force de « Garde nationale » qui serait directement placée sous sa responsabilité – une initiative qui n’avait fait qu’intensifier les critiques de Netanyahu et de son gouvernement en Israël et à l’étranger.

Le groupe de protestation Frères d’armes contre le programme de refonte judiciaire du gouvernement manifeste devant le domicile du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir dans l’implantation de Kiryat Arba en Cisjordanie, dans le cadre des manifestations de la « Journée de l’égalité », le 4 mai 2023 (Crédit : Frères d’armes)

Pour le Likud et les autres partenaires de la coalition, le député d’extrême-droite est un poids qui pèse sur le gouvernement, n’apportant que des inconvénients et aucun avantage. Il est pourtant nécessaire à leurs yeux, et pour une raison simple : la faction de Ben Gvir, forte de six sièges, pourrait renverser la coalition de Netanyahu, qui s’enorgueillit de 64 sièges. Et il pourrait le faire facilement : En refusant d’apporter son soutien au budget de l’État lors des votes qui auront lieu à la Knesset au cours des 15 prochains jours.

Comme pourraient d’ailleurs le faire aussi les partenaires haredim de Netanyahu, le Shas et Yahadout HaTorah.

« Mais pourquoi Netanyahu signe-t-il des accords sans tenir ses engagements après ? », s’est interrogé Meir Porush, le ministre des Affaires de Jérusalem, laissant libre cours à sa frustration dans un entretien télévisé avec le journaliste ultra-orthodoxe Ishaï Cohen en date du 2 mai.

Il faut dire que Yahadout HaTorah est en colère et amer. Les promesses faites par le Premier ministre, l’une après l’autre, semblent avoir été oubliées : la demande de « parité dans l’éducation » qui accorderait aux écoles ultra-orthodoxes qui n’enseignent pas le tronc commun le même niveau de financement public que les établissements scolaires qui enseignent les mathématiques modernes, les sciences ou l’anglais ; la loi sur le service militaire qui ancrerait dans le marbre l’exemption des Haredim de ce dernier ; la clause « dérogatoire », une clause de contournement de la Haute-cour, et il y en a d’autres.

« Mais pourquoi, d’ailleurs, signer un accord avec Netanyahu ? », a continué Porush. « A quel point veut-il être ridicule ? Pourquoi est-ce que j’ai aidé à former ce gouvernement pour finalement entendre toujours rabâcher les mêmes excuses des bureaucrates du Trésor, celles qu’ils avançaient déjà quand le gouvernement Bennett-Lapid était au pouvoir ? »

Cohen, le journaliste, a alors émis une hypothèse susceptible d’expliquer ces promesses non-tenues : « Oui, presque toutes les demandes soumises par les Haredim sont ignorées, a-t-il convenu. « Mais le téléspectateur pourrait s’interroger : ‘Et donc ? Netanyahu vous contrôle. Vous n’avez nulle part ailleurs où aller. Il peut ainsi faire absolument tout ce qu’il veut, les ultra-orthodoxes seront pourtant toujours là, encore et encore. »

De droite à gauche : le président de Yahadout HaTorah Yitzhak Goldknopf et les députés Meir Porush et Yaakov Tessler lors d’une audience de la Haute-cour de Justice à Jérusalem, le 28 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Je ne lui recommande pas de compter là-dessus », a grommelé Porush en réponse. « Quand viendra donc le jour où nous n’aurons plus à redouter la réaction du public face aux demandes soumises par les Haredim ? Et si nous devons vivre dans la peur pour l’éternité, alors Netanyahu doit dire : ‘Je ne peux pas être Premier ministre ici parce que je ne peux pas vous offrir ce dont vous avez besoin’… Qui signera des accords à l’avenir si ces accords ne sont jamais honorés ? Netanyahu me dit : ‘Je ne peux pas’. Mais ‘Je ne peux pas’, qu’est-ce que ça veut dire ? Si on ne peut pas, alors on reste chez soi ».

La frustration est réelle et elle semble avoir gagné en intensité au cours du dernier mois. Une Une parue dimanche dernier sur le site ultra-orthodoxe Kikar Hashabbat disait : « Le dilemme au Conseil : Rompre avec le gouvernement et rallier Gantz lors des prochaines élections. »

Certains raillent ces gesticulations politiques – et pour de bonnes raisons. De tels entretiens, de pareils gros titres sont autant de tentatives manifestes d’effrayer suffisamment Netanyahu pour l’amener à consentir aux demandes soumises par les haredim. Mais cela ne signifie pas qu’elles ne sont pas en même temps des expressions authentiques de frustration, des signaux annonçant un réel sentiment de déception, un sentiment de négligence. Les factions hassidiques, au sein de Yahadout HaTorah, poussent dorénavant à l’adoption d’un positionnement plus dur à l’égard de Netanyahu, et ils le font avec la bénédiction de leurs autorités rabbiniques. Ils prennent pour hypothèse raisonnable, comme l’a expliqué l’article de Kikar Hashabbat, que « rompre avec le gouvernement et se présenter aux prochaines élections aux côtés du chef de HaMahane HaMamlahti Benny Gantz stoppera la haine [nourrie contre les haredim au centre-gauche], fera disparaître les extrémistes [Ben Gvir et Betzalel Smotrich à la droite de la droite] et permettra d’obtenir davantage pour les ultra-orthodoxes » de la part d’un centre-gauche reconnaissant que cela n’a été le cas jusqu’à présent de la part de la droite, qui prend ce ralliement des haredim à son camp pour acquis.

Même le Shas, le partisan le plus loyal de Netanyahu au fil des années, a signalé sa frustration. Dans un article écrit dans le média officiel du parti, Haderech, le porte-parole de la formation, Asher Medina, a appelé « à boycotter les votes [à la Knesset] jusqu’à ce que la loi Deri soit approuvée ». En référence à un projet de loi qui viendrait changer la règlementation anti-corruption pour permettre au leader du Shas, Aryeh Deri, de siéger au cabinet malgré ses condamnations passées pour fraude.

Le gouvernement actuel, écrit Medina, « a été établi grâce à Deri seulement, et il est inimaginable que ce gouvernement puisse exister sans que le rabbin Deri ne soit présent à la table du cabinet. Le complot visant à tenir à l’écart du gouvernement le leader du mouvement du Shas continue – et personne ne le dénonce ».

Au cas où il puisse s’avérer difficile de comprendre qui spécifiquement se trouverait dans l’incapacité de le « dénoncer » (S’agirait-il d’ailleurs, peut-être, du même homme qui serait à l’origine du complot anti-Deri ?…), Medina déclare qu’il s’agit « du principal acteur dans cette pièce de théâtre : Arrogant, imbu de lui-même, ce politicien qui délivre les derniers messages de l’élite qui tient Israël à la gorge… la marionnette des manifestants de centre-gauche. Netanyahu est Premier ministre aujourd’hui grâce aux efforts livrés par le rabbin Deri et c’est quelque chose dont il a parfaitement conscience ».

Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, dirige une réunion de faction à la Knesset à Jérusalem, le 13 février 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il est difficile d’imaginer que Medina a pu publier de tels écrits dans le quotidien officiel du parti – qui avait été fondé en 2017 par Deri lui-même – sans l’approbation du plus haut sommet de la hiérarchie du Shas.

Sauvé par la guerre ?

Certains critiques de Netanyahu ont dit, au cours des deux derniers jours, que la décision prise de riposter aux tirs de roquette du Jihad islamique par l’assassinat ciblé de plusieurs leaders du groupe terroriste, dans la matinée de mardi – des assassinats qui ont entraîné une escalade des violences avec Gaza – n’était pas sans lien avec ces déboires politiques.

Le moment choisi pour les événements peut justifier une telle théorie. Après une volée de tirs de roquette de la part du Jihad islamique, la semaine dernière, Ben Gvir s’est retiré du gouvernement et il a annoncé qu’il ne voterait plus aux côtés de la coalition tant que cette dernière n’adopterait pas un positionnement plus dur contre les groupes terroristes de Gaza.

C’était le 3 mai. Devant les caméras d’une chaîne d’information, le chef d’Otzma Yehudit s’est plaint – ne réalisant apparemment pas qu’il le reconnaissait par ses paroles – qu’il était tenu à l’écart des consultations sécuritaires. Il a émis une menace directe à l’encontre de Netanyahu : « Je le dis franchement : Si vous ne voulez pas d’un gouvernement authentiquement de droite, alors ne vous gênez pas pour nous dire à tous de partir. Otzma Yehudit, de son côté, ne prendra pas part aux votes à la Knesset avant que le Premier ministre comprenne, qu’il réalise que l’objectif poursuivi par ce gouvernement est d’être véritablement et pleinement un gouvernement de droite ».

Cette menace de ne pas voter qui a été brandie est une menace réelle, et dangereuse. En vertu de la loi, la 25e Knesset doit faire approuver un budget de l’État le 29 mai au plus tard, sous peine d’une dissolution du parlement et de l’organisation d’un nouveau scrutin. Et la coalition a beaucoup de travail à abattre avant cette échéance si elle veut éviter l’effondrement, notamment préparer les projets de loi budgétaires en commission et remporter les votes en séance plénière. Un boycott de ce processus, trois semaines à peine avant l’échéance, est une menace que Netanyahu ne peut pas se permettre d’ignorer. S’agissant de l’imprévisible Ben Gvir ou des factions hassidiques frustrées de Yahadout HaTorah, il est raisonnable de se demander si les jours du gouvernement sont dorénavant comptés.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’adressant à la nation au sujet des combats à Gaza, le 10 mai 2023. (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Et pourtant, Netanyahu n’a pas paru inquiet face à cette perspective. Sa réponse à la menace brandie par Ben Gvir a été humiliante, brutale, à tel point que de nombreux observateurs se sont demandés si l’alliance entre les deux hommes n’était pas en train de toucher à sa fin. Netanyahu n’a pas seulement admis exclure Ben Gvir des décisions prises à haut-niveau, mais il a doublé la mise.

Un communiqué du porte-parole du Likud a ainsi indiqué que « le Premier ministre, le ministre de la Défense, l’armée israélienne et les services de sécurité prennent actuellement en charge la situation sécuritaire sensible et complexe dans laquelle se trouve Israël. Le Premier ministre décide des instances dont l’intervention est pertinente en matière de consultation. Si le ministre Ben Gvir estime que c’est insuffisant, il n’a pas l’obligation de rester au sein du gouvernement ».

Selon certains observateurs, cette marginalisation publique de Ben Gvir n’a eu lieu que parce que Netanyahu programmait une escalade à Gaza, coupant à la racine les plaintes de Ben Gvir, dorénavant visiblement marginalisé et profondément inutile.

Qu’est-ce qui est arrivé en premier, s’interrogent les critiques de Netanyahu ? Le Premier ministre a-t-il utilisé une escalade militaire qu’il avait, de toute manière, programmée pour des raisons stratégiques valides pour marginaliser un trublion politique – ou a-t-il cherché le moyen de mettre à l’écart un homme outrageusement critique de ses actions, ouvrant ainsi la porte à une escalade à Gaza ?

La réponse se trouve très certainement dans la première hypothèse. L’escalade n’a pas été entraînée par des questions de politique intérieure – même si Netanyahu en a fait usage pour gagner des points politiques. Cela fait très longtemps que Netanyahu cherche à éviter les conflits militaires. Les années 2010, quand Netanyahu était Premier ministre, avaient été marquées par les chiffres les plus bas en matière de violences et de morts de toute l’Histoire d’Israël. Netanyahu redoute la nature imprévisible des conflits – un trop grand nombre de leaders israéliens ont été terrassés, d’une manière ou d’une autre, par la déception du public face à la gestion d’une guerre, de Golda Meir à Menachem Begin, en passant par Ehud Olmert. Un politicien aussi précautionneux et calculateur que Netanyahu est peu enclin à se lancer dans une guerre, ne serait-ce que pour une raison d’opportunisme politique.

Quelles que soient les réflexions de Netanyahu, les effets de la guerre restent les mêmes. L’extrême-droite est temporairement neutralisée. Le chef de l’opposition, Yair Lapid, a fait part de son soutien sans réserve au gouvernement pour toute la durée des combats. Le gouvernement a même gelé les négociations organisées à la résidence du président pour trouver un compromis dans le projet de réforme du système judiciaire israélien, jeudi, de manière à ce qu’il puisse se concentrer sur les efforts de guerre, ont expliqué des responsables.

Le système de défense antiaérienne du Dôme de fer intercepte des roquettes tirées depuis Gaza City, le 10 mai 2023. (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

En termes politiques, donc, la flambée de violences avec le Jihad islamique palestinien à Gaza a offert un bref répit, un moyen pratique de maîtriser les partenaires les plus turbulents de Netanyahu, un contretemps court qu’il n’a pas à gagner mais qu’il doit simplement ne pas sembler perdre. Si le public ne constate pas d’échec dramatique, les regards retourneront rapidement vers les couloirs de la Knesset et vers les votes du budget dont dépend la survie du gouvernement.

Ce vote budgétaire est le dernier grand obstacle à se dresser devant Netanyahu. Si le budget est adopté alors tout changera. Les cinq premiers mois difficiles et chaotiques de son retour au pouvoir se termineront et ce sera le début d’une nouvelle ère dans la vie du 37e gouvernement israélien. La position de Netanyahu deviendra presque inattaquable, ses opposants et ses partenaires de coalition perdront le principal levier d’influence sur le Premier ministre. Il sera libre.

Et ceci en raison d’une règle parlementaire peu connue, « la motion de censure constructive ».

En 2014, la Knesset avait opté pour un changement de ses règles parlementaires, qui avait pour objectif de renforcer les gouvernements israéliens souffrant d’instabilité chronique. Il s’agit d’une disposition connue sous le nom de « motion de censure constructive ». Jusqu’à ce changement, si la majorité des parlementaires étaient insatisfaits du gouvernement, ils pouvaient organiser un vote de « motion de censure » et renverser le gouvernement en l’espace d’une semaine. Un autre député choisi par la Knesset tentait alors de former un gouvernement d’alternance – avec de nouvelles élections qui étaient organisées en cas d’échec.

Mais depuis 2014, un gouvernement en place ne peut être dissous sans qu’un gouvernement prêt à le remplacer soit formé. Pour que la Knesset puisse renverser le gouvernement actuel, il faut qu’elle procède à deux votes : Un qui signera la sortie du gouvernement et l’autre qui mettra au pouvoir un gouvernement d’alternance, avec un Premier ministre et un cabinet prêts à prendre les rênes du pays. Si le second vote se solde par un échec, alors le premier n’entre pas en vigueur.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, avec le ministre de la Justice Yariv Levin, au centre, et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, à droite, lors d’une discussion et d’un vote à la Knesset, le 1er mars 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu peut ainsi s’effondrer de deux façons : En étant dans l’incapacité de faire adopter le budget de l’État d’ici le 29 mai ou par une « motion de censure constructive » qui remplacera son gouvernement par un gouvernement d’alternance prêt à prendre le pouvoir et bénéficiant d’une majorité à la Knesset.

Cette dernière méthode est pratiquement impossible dans le Parlement actuel. L’opposition est trop divisée, la coalition trop peu unie. Il est difficile d’imaginer une majorité à la 25e Knesset grâce à laquelle Yair Lapid, ou même Benny Gantz, avec le soutien dont il bénéficie dans certains cercles haredi, prendrait le poste de Premier ministre.

Si Netanyahu parvient à respecter la date butoir du 29 mai pour la présentation du budget, la voie sera plus ou moins libre jusqu’à la prochaine date butoir, fixée à mars 2025.

Les conséquences seront bien plus importantes pour ses propres partenaires que pour l’opposition. Cette dernière ne dispose pas des voix nécessaires pour le renverser, avec ou sans motion de censure constructive. Mais les partenaires de Netanyahu au sein de la coalition jouissent temporairement d’un énorme pouvoir d’influence sur lui : Il ne peut pas se permettre de perdre leurs votes s’il veut voter la loi sur le budget – et une fois celle-ci adoptée, il pourra se maintenir au pouvoir sans leur aide jusqu’au printemps 2025.

Bezalel Smotrich, chef du parti HaTzionout HaDatit, et Yitzchak Goldknopf, chef de Yahadout HaTorah, à la Knesset, le 21 novembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le 30 mai au matin, les partis Shas, Yahadout HaTorah et Otzma Yehudit se rendront soudain compte du peu d’influence qu’ils ont sur le Premier ministre, et qu’il n’existe pas de méthode facile pour le démettre de ses fonctions. Si Ben Gvir tente de mettre à exécution sa menace de quitter la coalition, Netanyahu perdra sa majorité parlementaire et aura une excuse pour modérer les lois de la coalition en sollicitant des voix au sein de l’opposition. Une telle situation permettrait de redorer le blason du gouvernement, notamment auprès de ces électeurs de droite à valeur d’une dizaine de sièges de la Knesset, qui, comme le montrent les sondages, auraient boudé le gouvernement.

Au lieu de définir le programme et le ton du gouvernement, les partenaires de la coalition de Netanyahu se retrouveront soudain à la table du cabinet comme des suppliants.

C’est ce revirement, ce moment où Netanyahu se trouve hors de portée de toute menace sérieuse de leur part, qui motive leurs mises en garde hystériques et leurs appels à la démission. Tout ce que Ben Gvir, Porush, Smotrich ou tout autre partenaire de la coalition ne peut obtenir de lui d’ici le 29 mai, il est peu probable qu’il l’obtienne par la suite, sauf à sa discrétion.

Tout ce que Ben Gvir, Porush, Smotrich ou tout autre partenaire de la coalition ne peut obtenir de lui d’ici le 29 mai, il est peu probable qu’il l’obtienne par la suite

C’est pourquoi Netanyahu va de l’avant avec le budget et met tout le monde au pied du mur. Ce budget est très critiquable : trop de dépenses pour les droits, trop peu de réformes significatives. Il ne comprend même pas les changements promis depuis longtemps et dont Netanyahu lui-même avait fait la pièce maîtresse de sa campagne, comme la rationalisation des réglementations sur les importations qui font grimper le coût des produits importés à deux chiffres et font d’Israël l’un des pays les plus chers du monde développé.

Mais pour Netanyahu, ce ne sont que des détails. Tout ce qui ne va pas dans le budget peut être corrigé après coup, dans le calme et à la lumière de l’ère post-budgétaire. La priorité, et rien d’autre ne compte, est de faire adopter le budget.

Quel Netanyahu ?

La colère du Yahadout HaTorah, l’indignation du Shas et les menaces belliqueuses d’Otzma Yehudit ne sont donc pas la première étape de l’effondrement imminent du gouvernement, ce sont plutôt les signes que celui-ci a finalement trouvé ses marques.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara lors de la cérémonie du 75e anniversaire du Jour de l’Indépendance, organisée au Mont Herzl, à Jérusalem, le 25 avril 2023. (Crédit : Kobi Gideon / GPO)

Les récentes frasques de Ben Gvir montrent que lui aussi, bien qu’encore néophyte, comprend que les règles sont sur le point de changer, que sa mise en marge officieuse dans l’élaboration des politiques de la sécurité nationale, qui fait désormais partie des dossiers publics, ne sera corrigée qu’aux conditions de Netanyahu, et les limites de ce qui peut être obtenu par la seule fanfaronnade lui sont désormais claires. Et si ce n’était pas encore le cas la semaine dernière, la manière dont Netanyahu l’a traité depuis lors a certainement clarifié la chose.

Les partenaires de Netanyahu se posent une question à laquelle personne ne connaît vraiment la réponse : Quel Netanyahu sortira de la brume de l’instabilité pré-budgétaire ? Sera-t-il le réformateur économique calme et compétent d’antan, ou le Netanyahu plus récent qui est devenu le premier Premier ministre de l’histoire d’Israël à refuser d’adopter un budget de l’État pour un exercice fiscal entier (2020) dans le but de déjouer un adversaire politique et qui a promis des dépenses déficitaires d’une ampleur irresponsable pour s’assurer la loyauté de ses alliés politiques ?

Se montrera-t-il modéré sur la question brûlante de la réforme judiciaire – une position qu’il a tenté de revendiquer dans des interviews à la presse internationale alors même qu’il défendait les versions les plus radicales de la réforme en Israël – ou se révélera-t-il être la véritable force derrière la version peu populaire avancée par son gouvernement presque dès sa fondation ?

« J’ai les deux mains sur le volant », a souligné Netanyahu à chaque intervieweur américain qui a bien voulu lui accorder un entretien ces quatre derniers mois. (Cette affirmation ne s’est pas vraiment vérifiée ; il n’a pas pu contrôler ses partenaires ni fixer l’ordre du jour du gouvernement sur une série de questions cruciales.)

Mais le matin du 30 mai, cette affirmation s’alignera enfin sur la réalité politique. Ce sera sa main qui déterminera l’orientation du gouvernement, et donc Netanyahu lui-même, qui sera responsable de tout chaos et de tout échec du type de ceux qui ont caractérisé son gouvernement jusqu’à présent. Si un conflit éclate en Cisjordanie, si les prix des biens de consommation montent en flèche ou si la réforme du système judiciaire revient à l’ordre du jour et provoque à nouveau des manifestations de masse dans les rues d’Israël, ce sera la main de Netanyahu qui décidera seule de la marche à suivre et qui récoltera les conséquences de tout échec.

Pour le meilleur ou pour le pire, et au vu des récents sondages, la population n’est pas optimiste, le 37e gouvernement de l’État d’Israël va finalement se mettre à gouverner.

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