La ville portuaire d’Akko fait son come-back
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La ville portuaire d’Akko fait son come-back

Avec un hôtel de luxe et des plans pour revitaliser la zone portuaire, une des plus anciennes cités de la planète connaît une renaissance au profit des Arabes et des Juifs

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Une vue aérienne du port d'Akko (Israel Tourism/CC BY-SA 2.0
Une vue aérienne du port d'Akko (Israel Tourism/CC BY-SA 2.0

Tous les jours de la semaine, les longues queues devant Turkish, une gargote de falafel rue Yehoshafat à Akko, sont une métaphore optimiste d’une coexistence israélo-arabe.
 
Comme Abed forme habilement les boules falafel avec une cuillère, les dépose dans la friteuse, les clients attendent patiemment dans la file. Il y a le policier arabe, une mère juive israélienne avec deux filles adolescentes, deux gars chargés de la livraison – l’un arabe, l’un juif – et une bande de lycéens.

« Akko est connue pour son houmous et son falafel », dit Shlomi, le propriétaire juif, tout en étalant du houmous dans le fond d’un pita avant de la remplir avec des falafel et des crudités hachées. « Et pour le fait que les Arabes et les Juifs vivent ici en paix, maintenant et toujours. »

Bien que beaucoup plus petite que Tel-Aviv, Jérusalem ou Haïfa – d’autres villes israéliennes avec d’importantes populations arabes et juives – la ville portuaire du nord d’Akko est devenue sans le vouloir un exemple de ce à quoi une ville mixte en Israël pourrait ressembler.

A religious Jewish family walks past a church in Acre's Old City (photo credit: Nati Shohat/Flash90)
Une famille juive religieuse passe devant une église dans la vieille ville d’Akko (Crédit photo: Nati Shohat / Flash90)

Physiquement divisée en deux moitiés le long du rivage courbe de la Méditerranée, il y a la « nouvelle » Akko, avec ses immeubles d’appartements typiques, ses écoles et ses centres commerciaux. C’est cependant la Vieille Ville, – la partie de la ville qui remonte l’époque byzantine, avec une bonne dose d’histoire de l’époque des Croisés suivie par les touches plus élégantes de l’époque ottomane turque – qui attire la plupart des touristes et des visiteurs.

L’emplacement d’Akko, sur la côte de la Méditerranée, avec un port rare et naturel, qui a aidé à sa formation comme l’une des villes les plus anciennes du monde, datant environ 4 000 ans à l’âge du bronze moyen. En tant que ville historique, elle a gagné les titres de noblesse, et en 2001, l’agence culturelle de l’ONU, l’UNESCO, l’a reconnue comme site du patrimoine mondial pour sa collection d’architecture ottomane et les ruines des Croisés.

Mais ce n’est que récemment que le reste de la ville a réussi à attirer des visiteurs pour des longs séjours et des nuits dans la ville. Aujourd’hui, Akko accueille chaque été un festival d’opéra, ainsi qu’un festival de théâtre alternatif en automne.

Ces types d’événements sont dus aux efforts déployés par le maire Shimon Lankri, qui est à ce poste depuis 13 ans. Il dit que quand il a remporté sa première élection, il a reçu une ville avec les pires écoles, quartiers et réputation.

« Nous sommes arrivés de l’endroit le plus bas possible », dit Lankri, qui a travaillé dur pour inverser cette tendance.

Un quartier en pleine mutation

Les 46 000 habitants d’Akko sont aux deux tiers Juifs et un tiers Arabes, avec notamment des Chrétiens, des Bahaï, des Juifs et des Musulmans. La Vieille Ville est composée principalement de résidents arabes vivant le long des ruelles étroites de cet ancien quartier. Mais, par rapport aux zones juives, cette partie de la ville est plus pauvre avec de nombreux bâtiments en mauvais état.

Certains députés arabes ont accusé la municipalité dirigée par des Juifs de chercher à changer le caractère de la ville, en essayant de faire d’Akko le prochain Jaffa – la ville associée à Tel-Aviv avec une forte population arabe, dont beaucoup ont fini par partir en raison de la flambée des prix immobiliers depuis que les Juifs israéliens ont commencé à s’arracher l’immobilier bon marché.

Mais pas tous les changements à Akko peuvent être caractérisés aussi simplement.

Une des raisons pour la revitalisation de la Vieille Ville revient aux propriétaires locaux comme Uri Jeremias, dit Lankri, se référant au propriétaire d’Uri Buri, le célèbre restaurant de fruits de mer situé dans le port.

Uri Jeremias, le propriétaire et chef de cuisine à Uri Buri, le célèbre restaurant de fruits de mer d'Akko (Photo: Jessica Steinberg / Times of Israel)
Uri Jeremias, le propriétaire et chef de cuisine à Uri Buri, le célèbre restaurant de fruits de mer d’Akko (Photo: Jessica Steinberg / Times of Israel)

Jeremias est le propriétaire à la barbe blanche de son restaurant éponyme d’Akko, connu pour ses riches plats de poisson, d’influence européenne servis sur des tables nappées de blanc donnant sur la mer.

Il y a 22 ans que Jeremias a décidé de déménager son restaurant de sa ville natale de Nahariya pour l’Akko opprimée.

« J’ai reçu les clés le vendredi et le dimanche toutes les fenêtres avaient été brisées et une radio avait été volée », se souvient Jeremias.

Le restaurateur, qui a maintenant 72 ans, n’a pas été intimidé. Au dessus d’un tilapia, il raconte qu’il est allé voir chaque voisin pour se présenter, et leur faire savoir qu’il ouvrait un restaurant qui ne serait pas ouvert trop tard et ne jouerait pas de la musique trop forte, comme les précédents propriétaires.

Aujourd’hui, Jeremias est considéré comme l’un des rois de la cuisine israélienne, et les clients se rendent à Akko de partout dans le pays, afin de dîner autour de ses spécialités de fruits de mer. Ils peuvent également s’arrêter par son salon de crème glacée, Endomela, juste en bas de la rue d’Uri Buri, où les saveurs délicates offrent un excellent antidote aux chaudes après-midi d’Akko.

Toutes ces années plus tard Jeremias est certain qu’il a contribué à changer les choses dans cette ville difficile. « Lorsque vous ouvrez une entreprise et qu’elle réussit, cela donne du courage aux autres », dit-il.

Le maire Lankri est également loué par ses administrés et par la presse pour avoir apporter d’importantes améliorations à la ville, en particulier dans le tourisme, où les nouveaux hôtels et festivals internationaux amènent de nouveaux visiteurs.

« Nous faisons tout cela dans le but de donner un nom à la ville », dit Lankri. « Pour montrer qu’Akko est un lieu d’attractions et d’histoire. Nous créons des opportunités. »

Répétitions pour le Festival d'Opera d'Akko 2016, au milieu des arches  de l'époque des Croisés de la Vieille Ville (Autorisation Yoav Pili)
Répétitions pour le Festival d’Opera d’Akko 2016, au milieu des arches de l’époque des Croisés de la Vieille Ville (Autorisation Yoav Pili)

Certaines de ces possibilités incluent le logement en expansion, depuis les B&B de style israélien – connu sous le nom de tzimmer – jusqu’à un hôtel de luxe.

Jeremias a été l’un des premiers habitants à réaliser le potentiel des maisons d’Akko, et en 2007, il a acheté deux anciens villas ottomanes et a passé les sept années à venir à les rénover soigneusement, étage par étage, depuis le sous-sol byzantin et de l’ère des Croisés en passant par la période musulman au niveau suivant, jusqu’aux plafonds soigneusement restaurés et peints datant de l’époque turque.

Les deux bâtiments ont finalement été reliés par un couloir en marbre et comprennent maintenant l’Hôtel Efendi, un hôtel de charme de 12 chambres appartenant à Jeremias, avec une cave à vins de l’époque byzantine, un hammam turc d’origine et une terrasse sur le toit avec une magnifique vue sur la mer.

« C’est un bâtiment très spécial », dit Jeremias. « Il n’y en a pas beaucoup comme ça dans le monde. Sept époques y sont représentées, construites couche sur couche. »

Une des nombreux salons à Efendi, avec vue sur la mer (Autorisation: Efendi)
Une des nombreux salons à Efendi, avec vue sur la mer (Autorisation: Efendi)

Avec son environnement somptueux et un personnel mixte arabo-juif, l’Efendi attire les touristes israéliens et étrangers – même si surtout israéliens pour l’instant, explique Jeremias, compte tenu des aléas du tourisme israélien, qui est toujours affecté par les Unes des journaux.

« Vous ne construisez pas cela pour faire de l’argent, » dit-il en riant. «Nous n’allons pas non plus nous assoir pour pleurer. Vous priez simplement que vous allez rentrer dans vos frais ».

Jeremias a fait appel à un bailleur de fonds lors de la construction de l’hôtel après avoir réalisé qu’il ne pouvait pas remettre en état l’hôtel au niveau qu’il voulait sans aide financière. Le bâtiment imposant nécessitait le type d’experts, de reconstruction et de rehabilitation intensives offertes par des entreprises extérieures, et il a dit qu’il a eu la chance de trouver des partenaires qui « sont d’excellentes personnes. La plupart des gens normaux ne veulent pas investir ce genre d’argent ».

La restauration de l’hôtel a été gérée parArco Planning, Preservation and Restoration Ltd, la société israélienne qui a également fait les grands travaux de restauration de l’Hôtel W à Jaffa, un hôtel beaucoup plus grand où des ruines de Croisés ont également été découvertes au cours des fouilles.

Mais Jeremias, Lankri et d’autres soulignent que quelles que soient les similitudes entre Akko et Jaffa – leur population mixte; l’emplacement sur la mer; et l’architecture ancienne – Akko ne deviendra pas un « Jaffa du Nord. »

« Je ne veux pas être un Jaffa », dit Lankri. « Akko restera avec sa population. Nous ne voulons pas trop d’argent et d’investissements qui viendraient ruiner les traditions de cet endroit. Nous ne voulons pas de chaînes de magasins, nous nous préoccupons des monuments, et ne le laisserons pas devenir trop nouveau. »

Partager la richesse

En plus de l’hôtel de luxe, de nombreux tzimmers sont apparus. L’un des plus récents est Arabesque, une retraite d’écrivains de trois chambres magnifiquement restaurée, appartenant à l’écrivain Evan Fallenberg et dirigé par son fils, Micha.

Fallenberg senior, un Américain qui vit en Israël depuis 30 ans, était à la recherche d’un endroit à acheter et se trouvait à Akko, une ville à laquelle qu’il n’avait pas pensé pendant longtemps. Il est tombé amoureux de la Vieille Ville et a découvert qu’il pouvait se permettre quelque chose de plus inhabituel et significatif.

La cuisine confortable et l'espace de vie communautaire à Arabesque de Fallenberg, dans la Vieille Ville d'Akko (Autorisation Arabesque)
La cuisine confortable et l’espace de vie communautaire à Arabesque de Fallenberg, dans la Vieille Ville d’Akko (Autorisation Arabesque)

Comme tous les logements dans la Vieille Ville, on entre à Arabesque par une rue étroite, avec des voisins de chaque côté, ainsi qu’au-dessus. Les Fallenberg sont devenus proches avec une certaine famille qui a établi un partenariat avec eux, en aidant Micha avec la cuisine et l’entretien.

La relation avec les voisins est agréable, dit Micha Fallenberg, qui vit maintenant à temps plein à Akko. Mais il se soucie que les Israéliens reconnaîtront les opportunités dans l’immobilier à Akko avant que les résidents arabes locaux ne se rendent compte de l’opportunité qu’ils ont dans la ville qui s’embourgeoise, et en profitent.

« Il y a des Israéliens qui achètent des biens immobiliers, » explique t-il. « Et je ne suis pas sûr que mes voisins arabes pensent assez grand. »

L’architecte d’Arabesque, qui est également impliqué dans plusieurs autres projets dans la Vieille Ville, est Ella Iungman, une architecte et diplômée de Bezalel qui est née et a grandi à Jérusalem, mais a déménagé avec sa famille en Galilée et la petite localité de Mizpe Abirim il y a quelques années.

Arabophone par sa mère, Iungman a commencé à travailler sur des projets de conservation à Akko il y a environ six ans, dans le cadre de l’effort d’utiliser le tourisme pour aider à renflouer la situation financière difficile.

« Le principal problème est de convaincre les résidents de la Vieille Ville de ne pas vendre leurs biens immobiliers», dit Iungman. « Nous voulons leur faire comprendre la valeur et les amener à ouvrir leurs propres tzimmers. »

Au cours des dernières années, Iungman a aidé des propriétaires de tzimmers à ouvrir leurs propre business. Pas tous n’ont tenu, et certaines propriétés ont changé de mains, mais on a le sentiment que ce genre d’industrie touristique est possible.

Akko, dit Iungman, n’est toujours pas le meilleur endroit pour investir dans un projet. Il y a encore un aspect criminel et des toxicomanes parcourent certaines rues.

Quelqu’un comme Fallenberg, dit Iungman, peut amener un public qui ne serait jamais venu autrement à Akko. Le maire Lankri aimerait plus de projets comme Arabesque et que la base de clients de Iungman augmente.

Le maire d'Akko Shimon Lankri (Crédit photo: Avishag Shaar-Yashuv / Flash90)
Le maire d’Akko Shimon Lankri (Crédit photo: Avishag Shaar-Yashuv / Flash90)

<-- «J'ai reçus une ville qui doit être classée monument historique», dit le maire. --> « Pas toutes les places dans la ville sont comme Arabesque ou Efendi », dit le maire, la plupart ont peut-être une ou deux chambres à coucher, mais elles ont un plan d’affaires. »

Akko, ajoute-t-il, se transforme en une ville pour les touristes, avec une vingtaine de restaurants de poisson, des dizaines de restaurants artisanaux de houmous et le marché turc, une partie rénovée du shuk qui est encore principalement non loué mais dispose d’un stand de falafel, d’un bar à espresso et de quelques autres stands.

Il y a aussi la promenade qui sera prolongée finalement jusqu’au port, reliant les Akko neuf et ancien sur deux kilomètres et demi, similaire à ce qui a été fait le long du tronçon de Tel Aviv à Jaffa.

Pas tout le monde est d’accord avec les plans de tourisme de Lankri. Jeremias souligne que la ville possède l’un des bains turcs les plus authentiques et la municipalité a investi 8 millions de shekels (2,1 millions de dollars) pour le transformer en un spectacle de lumière « où les enfants s’asseyent et payer 10 shekels pour assister à un spectacle dont la plupart d’entre eux ne se souviendront pas ».

« Si vous l’aviez fait dans un bain turc authentique, dans un endroit comme Akko, ce serait devenu une attraction, » dit Jeremias.

« Même chose avec les Halls des Croisés. Au moins il n’y a pas de gargotes de pizza, de sushi ou de hamburger à Akko. Je suis sûr que nous en aurons à l’avenir, mais pour l’instant nous sommes assez authentiques avec nos pêcheurs encore au port ».

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