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L’Agence Juive impliquée par son président dans des violences contre les Femmes du Mur

Le chef par intérim de l'Agence Juive a essuyé des critiques pour s'être associé à une organisation impliquée dans des heurts au mur Occidental

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des femmes prient au mur Occidental alors que des manifestants protestent contre leur présence, le 2 mai 2022. (Crédit : Les Femmes du mur)
Des femmes prient au mur Occidental alors que des manifestants protestent contre leur présence, le 2 mai 2022. (Crédit : Les Femmes du mur)

Les dirigeants de l’Agence juive ont publié dimanche soir ce qui pourrait être interprété comme une condamnation du président par intérim de l’agence, Yaakov Hagoel.

Hagoel s’était associé à un groupe religieux qui a fini par manifester -et même se confronter – aux Femmes du Mur la semaine passée. Il l’avait fait en sa qualité de président de l’Organisation sioniste mondiale, plutôt qu’au titre de ses fonctions au sein de l’Agence juive.

« Nous condamnons fermement ces actes. Une telle conduite va à l’encontre des valeurs fondamentales de l’Agence juive et de notre éthique », ont écrit les trois chefs de l’Agence juive – Hagoel, la PDG Amira Ahronoviz et le président du Conseil des gouverneurs Michael Siegal – dans une lettre adressée aux dizaines de membres du conseil des gouverneurs.

Lundi dernier, les Femmes du Mur – organisation qui milite pour l’autorisation des prières dirigées par des femmes, y compris les lectures de la Torah, au mur Occidental – s’étaient rassemblées au mur pour une prière en ce début du mois hébreu d’Iyar.

Comme chaque mois, elles se sont heurtées à l’opposition féroce de manifestants ultra-orthodoxes mais cette fois, les manifestants contre les Femmes du Mur ont innové. Ils ont arboré le drapeau de l’Organisation sioniste mondiale, organisation faîtière représentant de nombreux groupes sionistes dans le monde.

Ces manifestants appartenaient à une organisation connue sous le nom de Centre Liba, fortement opposé aux lectures de la Torah dirigées par des femmes et à toute forme de prière égalitaire au mur Occidental, qui se heurte régulièrement aux Femmes du Mur comme à d’autres groupes.

L’été dernier, pour Tisha BeAv – journée de deuil juif à la date de la destruction des deux temples qui se trouvaient sur le Mont du Temple -, une de ces confrontations avait provoqué un véritable tollé. Des membres du Centre Liba avaient interrompu une prière tenue dans l’espace de prière mixte situé à l’extrémité sud du mur Occidental.

Le Centre Liba avait approché l’Organisation sioniste mondiale au sujet d’un projet d’événement conjoint au cours duquel un millier de femmes ultra-orthodoxes seraient acheminées en bus jusqu’au mur Occidental pour ce que l’organisation a déclaré être un office de prière de Rosh Hodesh (début de mois), prière sans lecture de la Torah.

L’événement ultra-orthodoxe avait également vocation à manifester contre la tenue d’un autre événement parrainé par l’Organisation sioniste mondiale, la veille au mur Occidental, au cours duquel la Déclaration d’indépendance israélienne a été lue avec les cantillations d’une lecture biblique.

Cet événement avait été organisé par le vice-président libéral de l’Organisation sioniste mondiale, ex-directeur du mouvement conservateur israélien, Yizhar Hess. (Bien qu’il soit le vice-président de Hagoel, Hess a des opinions politiques très différentes de ce dernier.) Les manifestants haredi ont considéré cette lecture d’un document laïc dans un style évoquant les Écritures, au mur Occidental, comme irrespectueuse des lieux.

Une commission, au sein de l’Organisation sioniste mondiale dirigé par Hagoel, avait manifestement conclu ce partenariat en contrepoint de l’événement de Hess, en dépit des risques d’altercations liés à la prière mensuelle des Femmes du Mur, programmé le même jour.

Au lieu de tenir leur prière, les femmes haredi du Centre Liba ont manifesté contre les Femmes du Mur, huant et sifflant pour interrompre la prière, bousculant quelques participantes.

« Elles ont sorti des drapeaux qu’elle ont agités tout en huant nos prières, allant jusqu’à nous bousculer et nous frapper – tout cela sous la bannière de l’Organisation sioniste mondiale. Cela nous a blessées, physiquement et émotionnellement », a déclaré Yochi Rappaport, PDG de Women of the Wall, au Times of Israel lundi.

« Nous étions consternées, complètement consternées », a-t-elle ajouté.

Des femmes célèbrent une prière au mur Occidental alors que des manifestants protestent contre leur présence, le 2 mai 2022. (Crédit : Les Femmes du mur)

L’implication de l’Organisation sioniste mondiale – et d’Hagoel – dans cette manifestation violente contre Les Femmes du mur, organisation considérée comme clivante et provocatrice en Israël mais bénéficiant d’un soutien très important de la part de Juifs américains généralement plus progressistes, a été vivement critiquée par l’Agence juive. De par le monde, d’autres organisations juives, dont le British Board of Deputies, ont également condamné l’incident.

Hagoel est président de l’Organisation sioniste mondiale depuis 2020, en plus de présider par intérim l’Agence juive depuis qu’Isaac Herzog a quitté son poste en 2021 pour prendre la présidence d’Israël. Cela place Hagoel dans une position complexe car la présidence de l’Organisation sioniste mondiale est un rôle politique, alors que ses fonctions à l’Agence juive, organisation très proche du gouvernement, excluent d’autant plus toute partialité qu’il n’a pas été élu à ce poste, qu’il occupe à titre intérimaire.

Au sein de l’Organisation sioniste mondiale, Hagoel est à la tête du mouvement de droite World Likud, en coalition avec deux mouvements ultra-orthodoxes, World Shas et Eretz Hakodesh, qui s’opposent aux Femmes du Mur et à tout changement du statu quo au mur Occidental.

Dans la mesure où l’Agence juive a été activement impliquée dans la négociation d’un accord concernant le mur Occidental, en particulier en ce qui concerne la modification du statu quo susceptible de conférer davantage de poids aux courants progressistes du judaïsme, le partenariat de Hagoel avec le Centre Liba et ses manifestants parfois violents est considéré par certains membres du conseil des gouverneurs comme un grave faux pas, en grand décalage avec les opinions de l’Agence juive.

Le nouveau président de l’Organisation sioniste mondiale, Yaakov Hagoel. (Crédit : ZOA)

Dimanche soir, au cours d’une réunion d’urgence du conseil d’administration, les membres ont exprimé leurs préoccupations à Hagoel, préambule à l’envoi de la lettre condamnant les violence au mur Occidental la semaine passée, lettre que Hagoel a lui-même signée.

En effet, la lettre rappelait l’engagement de l’Agence juive envers le pluralisme religieux.

« Nous sommes fiers de notre bilan en matière de promotion du pluralisme au sein de la société israélienne et de respect mutuel entre les courants du judaïsme. Inutile de dire qu’une réponse forte est indispensable face à ces événements des plus inquiétants », pouvait-on lire dans la lettre.

La réunion du conseil d’administration a eu lieu quelques heures après une rencontre entre Hagoel et des représentantes des Femmes du Mur, exigeant des excuses au titre du partenariat noué par l’Organisation sioniste mondiale avec le Centre Liba et ses manifestants.

« Nous avons exigé des excuses non seulement pour les Femmes du Mur, mais également pour l’ensemble du peuple juif, puisque tout cela s’est produit avec le consentement de l’Organisation sioniste mondiale et de l’Agence juive. Et nous avons exigé que l’Organisation sioniste mondiale s’engage à ne plus s’associer avec le Centre Liba », a déclaré Rappeport.

Hagoel n’a pas présenté d’excuses ni fait de promesses à l’occasion de cette rencontre, indiquant qu’il allait examiner ce qui s’était passé et la conduite des manifestants « des deux côtés » avant toute chose, a déclaré Rappeport. L’Organisation sioniste mondiale a précisé n’avoir mis aucun financement à la disposition du centre Liba pour l’acheminement des manifestantes.

Hagoel a tenu des propos semblables lors de la réunion de l’Agence juive, laissant apparemment entendre que les violences au mur Occidental pourraient avoir été déclenchées par les Femmes du Mur et non par le Centre Liba. Les images des affrontements ne semblent pas corroborer cette version.

Rappeport a déclaré que les Femmes du Mur en appelaient à leurs sympathisants dans le monde entier, les invitant à exprimer leur inquiétude à Hagoel et à l’Organisation sioniste mondiale.

La présidente du British Board of Deputies, Marie Van Der Zyl, par exemple, a adressé une lettre à Hagoel, lundi, demandant une « explication concernant cet incident extrêmement troublant, ainsi que [son] assurance absolue que l’Organisation sioniste mondiale ne se compromettrait plus à l’avenir dans ce genre d’événement ».

Rappaport a confié ignorer ce que l’enquête interne de Hagoel sur l’Organisation sioniste mondiale trouverait, mais elle a d’ores et déjà indiqué qu’elle n’accorderait aucun crédit aux propos d’Hagoel si d’aventure ce dernier niait avoir été informé que les bus de militantes du Centre Liba prévoyaient de perturber la prière des Femmes du Mur.

« Ils savent que Liba vient justement pour causer des troubles. C’est un secret de polichinelle. Elles nous interrompent volontairement. Bien sûr, personne [au sein de l’Organisation sioniste mondiale] ne leur a dit : « Soyez violentes contre les Femmes du Mur. » Mais quand vous mettez tous ces éléments ensemble, cela fait sens », a-t-elle conclu.

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