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« L’Algérie sous Vichy » : Comment la France a rabaissé les Juifs au rang d’indigènes

"L’Algérie sous Vichy" de Stéphane Benhamou retrace l’histoire de l’Algérie coloniale pendant la Seconde Guerre mondiale

"L’Algérie sous Vichy" de Stéphane Benhamou.
"L’Algérie sous Vichy" de Stéphane Benhamou.

Diffusé cette semaine, « L’Algérie sous Vichy », documentaire de Stéphane Benhamou, sera disponible jusqu’au 18 mars en replay sur Arte.tv.

Le documentaire, riche en archives inédites, retrace l’histoire de l’Algérie coloniale sous Vichy, quand les persécutions contre les Juifs et les discriminations systémiques envers la majorité musulmane ont encouragé la lutte pour l’indépendance. Le pays comptait alors environ 130 000 Juifs, qui ont perdu leur nationalité française et été interdits de travailler dans de nombreux domaines suite à l’abolition du décret Crémieux en octobre 1940. Une autre loi, en juillet 1941, a elle organisé la confiscation des biens juifs, et des camps de travail et d’éloignement on été mis en place pour les « indésirables » – soldats juifs de l’armée française défaite, communistes, nationalistes algériens…

Inspiré par le livre de Jacques Attali, L’Année des dupes. Alger 1943 (Fayard, 2019), le film, battant en brèche toute tentative de distinction entre Juifs français et étrangers sous Vichy, fait échos aux récentes polémiques lancées par Eric Zemmour sur le rôle de Vichy dans la Shoah.

« Juin 1940 : après la débâcle, suivie par l’exode en métropole, l’Algérie française, épargnée par les bombardements et l’Occupation, ne s’en rallie pas moins avec ferveur, de l’été 1940 à 1943, à la révolution nationale du maréchal Pétain », indique le résumé du documentaire.

« Renforcement de l’ordre colonial et de la puissance de l’Église, exaltation de l’Empire et mise au pas des populations ‘indigènes’… : les Européens plébiscitent les orientations politiques de Vichy. Animés d’un profond antisémitisme, nombre d’entre eux approuvent l’abrogation du décret Crémieux qui, en 1870, avait accordé aux Juifs d’Algérie la citoyenneté française, contribuant alors à diviser Juifs et musulmans ‘pour mieux régner’. Ce zèle à anticiper les injonctions allemandes vise aussi à signifier aux 7 millions de musulmans (90 % de la population) qu’ils ne doivent en rien espérer cette citoyenneté. Dénoncée par des leaders comme Ferhat Abbas ou Messali Hadj, cette ‘égalité par le bas’ entraîne, à rebours des attentes de l’autorité coloniale, un mouvement de solidarité entre deux communautés désormais unies dans la misère. Exclus du jour au lendemain de la fonction publique et de l’école, humiliés et spoliés de leurs biens, les Juifs seront aussi internés dans des camps. À l’automne 1942, les persécutions vont se poursuivre, malgré le débarquement en Afrique du Nord. Car l’amiral Darlan puis, après son assassinat le 24 décembre, son successeur le général Giraud, professent en leitmotiv : ‘Les Juifs à l’échoppe, les musulmans à la charrue.’»

Le camp d’internement de Bedeau en Algérie. (Crédit : DR)

Le film révèle ainsi un pan méconnu de l’Algérie française pendant la Seconde Guerre mondiale. Il fait appel à plusieurs historiens, dont Benjamin Stora, qui évoque le passé douloureux de sa famille – tous les biens de son grand-père ont été spoliés. Il évoque aussi les histoires d’Albert Camus ou encore de Jacques Derrida.

Le documentaire montre également comment la violence des persécutions contre les Juifs a anéanti la promesse coloniale de « civilisation » en Algérie, et comment Vichy a attisé la lutte nationaliste vers l’indépendance – le 10 février 1943, Ferhat Abbas publiait ainsi le Manifeste du peuple algérien, réclamant l’abolition de la colonisation et la liberté et l’égalité pour tous les habitants.

Le décret Crémieux a finalement été rétabli en octobre 1943, donnant à nouveau leurs droits aux Juifs, et l’Algérie a accédé à l’indépendance bien plus tard, en juillet 1962.

Le documentaire est porté par la voix d’Eric Caravaca et la musique originale de David Konopnicki.

Stéphane Benhamou a auparavant réalisé les documentaires « Putains de guerre » (2013), sur l’usage des prostituées et des bordels fait par les armées depuis 1945, en temps de guerre comme en temps de paix ; « La Véritable histoire des Bleus » (2010 et 2012), une histoire de la société française à travers son équipe de football depuis 1958 ; ou encore « Huntsville, une semaine ordinaire » (2001), sur la peine de mort aux États-Unis.

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