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L’alimentation bio et l’oncologie de précision, stars du sommet Biomed à Tel Aviv

La 20eme édition de la conférence annuelle rassemble pendant trois jours des milliers de participants autour des dernières innovations en matière de technologie médicale et de santé

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Immunofluorescence des cellules cancéreuses par imagerie fluorescente  en 2D avec les noyaux (spécifiquement l’ADN) en bleu, le cytoplasme (le liquide gélatineux qui remplit la cellule) en rouge, et les dommages causés à l’ADN en vert. (Crédit : Nicola Ferrari via iStock par Getty Images)
Immunofluorescence des cellules cancéreuses par imagerie fluorescente en 2D avec les noyaux (spécifiquement l’ADN) en bleu, le cytoplasme (le liquide gélatineux qui remplit la cellule) en rouge, et les dommages causés à l’ADN en vert. (Crédit : Nicola Ferrari via iStock par Getty Images)

Des découvertes scientifiques à l’origine de technologies alimentaires de pointe et de nouveaux traitements contre le cancer seront à l’honneur du sommet Biomed Israel, la semaine prochaine. Cette conférence annuelle, consacrée aux sciences de la vie et technologies de santé, rassemble scientifiques, professionnels de santé, entrepreneurs et investisseurs de dizaines de pays à travers le monde.

Cette année, pendant trois jours, la conférence va célébrer son 20e anniversaire autour de 10 « pistes » – maladies infectieuses, robotique médicale, IA et apprentissage automatique, diagnostics et thérapies de précision contre le cancer, « bioalimentation » et son impact sur la santé humaine. Chaque « piste » sera placée sous la responsabilité d’un grand professionnel et la conférence, qui, selon les organisateurs, attend 6 000 personnes, accueillera également une exposition de produits et technologies israéliennes issus de centaines d’entreprises.

Le Dr Tammy Meiron, CTO de l’incubateur israélien Fresh Start Food Tech Incubator et présidente de la piste « technologie alimentaire », a déclaré au Times of Israel que les sessions se concentreront sur « les technologies bio-alimentaires et la façon dont nous adaptons la biotechnologie à la technologie alimentaire pour produire des aliments plus durables ».

« En raison de la crise climatique, chaque jour, l’idée que nous devons trouver de meilleures solutions pour nourrir une population [mondiale] toujours plus nombreuse se renforce. Il y a une demande croissante de nourriture et des aspects éthiques à promouvoir la culture de nos aliments à partir d’animaux », a déclaré Meiron.

« La jeune génération est plus consciente de ce [problème], et c’est aussi la première génération que nous accueillons, pleinement consciente des dangers de la crise climatique », a-t-elle ajouté. Ces dangers ont été qualifiés d’ « alertes pour l’humanité » requérant une action urgente du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies.

« Nous avons une fenêtre d’action d’environ 10 ans. Il est essentiel que nous fournissions des solutions dans le domaine de la technologie alimentaire », a-t-elle précisé.

Sur cette photo prise le 22 octobre 2020, un agriculteur marche au milieu des orangers desséchés par la sécheresse dans les plaines au sud d’Agadir, au cœur du Maroc. (Crédit : Fadel Senna/AFP)

Meiron est une professionnelle expérimentée des technologies alimentaires, ayant dirigé le département des protéines de la société américaine de biochimie Sigma Aldrich (acquise plus tard par Merck) où elle a dirigé la production de plus de 450 protéines et enzymes différentes, avant de rejoindre Fresh Start en 2019.

L’incubateur de technologie alimentaire, basé dans la ville de Kiryat Shmona, dans le nord d’Israël, est un projet dirigé par l’Autorité israélienne de l’innovation en collaboration avec la société israélienne Tnuva, la société de boissons Tempo, la société d’investissement israélienne OurCrowd et Finistere Ventures, un investisseur mondial dans la technologie alimentaire et l’agrotech.

« Nous incubons des entreprises pendant 2 à 3 ans et les amenons au prochain niveau d’investissement. Jusqu’à présent, nous avons soutenu 40 entreprises », a-t-elle expliqué.

Fresh Start travaille actuellement avec sept entreprises, dont une qui développe des poissons d’élevage cellulaire et deux qui travaillent sur des technologies de réduction du sucre.

Du poisson cultivé en laboratoire, produit par la start-up israélienne Wanda Fish.(Crédit : Marcomit)

Au cours de la conférence de la semaine prochaine, un certain nombre d’entreprises connues seront présentes, dont Aleph Farms, un fabricant de viande cultivée qui produit des steaks à partir de cellules de bovins modifiées, Wilk, un développeur de lait de culture sans animaux et de lait humain à base de cellules.

Meiron pense que les technologies alimentaires telles que la viande et le poisson cultivés, les protéines alternatives, le lait et les produits laitiers sans animaux, entre autres, contribueront à assurer la sécurité alimentaire dans les années à venir. « Le climat et l’agriculture ne seront pas les mêmes. Nous devrons nous adapter », a-t-elle déclaré.

Son intervention à la conférence Biomed couvrira les nouvelles technologies biotechnologiques appliquées à la production alimentaire pour réduire la dépendance à l’agriculture traditionnelle au profit de méthodes plus durables.

Les défis auxquels l’industrie est confrontée seront également abordés, parmi lesquels les coûts, la production en masse, les ressources et infrastructures. « Cela coûte des milliers de dollars de produire de la nourriture en laboratoire, c’est un énorme problème. Il faut que les gens optent pour ce type de nourriture », a indiqué Meiron.

Par ailleurs, les investisseurs affluent vers l’industrie. « Nous avons assisté à une accélération spectaculaire au cours des 2 dernières années, les sociétés de capital-risque veulent maintenant toutes avoir un peu de technologie alimentaire. Il y a beaucoup d’argent [investi] parce que nous comprenons qu’il s’agit d’un problème grave », a-t-elle précisé.

Faux-filet produit à partir de cellules de viande cultivées en laboratoire par la start-up israélienne Aleph Farms. (Courtoisie : Aleph Farms/Technion Institute of Technology)

En Israël, le secteur des protéines alternatives, au sein d’une industrie dynamique des technologies alimentaires, a augmenté d’environ 450 % en 2021 par rapport à l’année précédente et les startups israéliennes du domaine ont levé quelque 623 millions de dollars d’investissements, selon un rapport publié en mars.

Le Good Food Institute (GFI) Israël, une organisation à but non lucratif qui promeut la recherche et l’innovation dans les technologies alimentaires, a constaté que les 623 millions de dollars d’investissements représentaient environ 12 % des capitaux mondiaux levés pour tout le secteur dans le monde l’an dernier (environ 5 milliards de dollars), « deuxièmes après les États-Unis ».

La prochaine étape de la technologie alimentaire, a conclu Meiron, est dans la « technologie habilitante qui aidera les entreprises ayant déjà levé des fonds à réduire les coûts, etc. ».

Oncologie de précision

En oncologie, la prochaine étape est « l’oncologie de précision », qui permet d’adapter les traitements contre le cancer en fonction de la biologie individuelle, a déclaré le Dr Ofer Sharon, PDG d’OncoHost, le développeur d’un test sanguin pour prédire dans quelle mesure les patients atteints de cancer réagiront au traitement.

Sharon présidera la « piste » Biomed qui examine les progrès dans les thérapies contre le cancer et les thérapies de précision, pilotées par des biomarqueurs et des outils d’intelligence artificielle.

Aujourd’hui, la plupart des programmes de traitement du cancer sont
« basés sur le même protocole donné à tout le monde, qu’il s’agisse d’une femme de 74 ans ou d’un homme de 35 ans », a expliqué Sharon.

« La chimiothérapie est comme une pluie de bombes : elle ne fait pas la différence entre les cellules saines et les cellules cancéreuses », a-t-il expliqué. « La recherche est en train de changer [de perspective] pour se concentrer sur des cibles spécifiques et adapter le traitement au niveau de la mutation » tout en fournissant des soins personnalisés basés sur la biologie [du patient].

La « piste » donnera la parole à deux types d’entreprises, celles qui développent des médicaments ciblés pour s’attaquer à des mutations spécifiques et celles, comme Oncohost, qui recherchent des biomarqueurs individuels.

Illustration : Cellules cancéreuses (Crédit : Design Cells; iStock de Getty Images)

« Nous recherchons les indications biologiques qui affectent le traitement… pour identifier si un patient va répondre au traitement » ou aider à en identifier un autre, a expliqué Sharon.

Une autre société du secteur est Nucleai, qui utilise la vision par ordinateur et l’apprentissage automatique pour étudier les caractéristiques des tumeurs afin d’aider les sociétés pharmaceutiques à prédire comment les patients réagiront aux médicaments.

Ce domaine, en plein développement, est confronté à des problèmes clés, tels que des obstacles réglementaires et la nécessité d’un « changement de paradigme » médical, a rappelé Sharon.

« La lutte contre le cancer est une vraie guerre, et on comprend qu’elle a un prix. Il est nécessaire de « tuer l’entité » et les médecins veulent agir le plus rapidement possible », a expliqué Sharon. La médecine de précision adopte une approche différente qui peut prendre plus de temps, mais qui peut se révéler beaucoup plus efficace.

L’industrie requiert également une collaboration plus étroite avec les géants pharmaceutiques. « Il existe d’excellents médicaments, mais ils fonctionnent pour un petit nombre de patients. Pour traiter le cancer, nous avons besoin de mieux comprendre cette maladie complexe. Cela nécessite de l’enseignement et un effort de sensibilisation », a indiqué Sharon.

La conférence annuelle Biomed à Tel Aviv, 2019. (Courtoisie)

Du côté réglementaire, a-t-il assuré, « il n’y a pas d’organisme susceptible d’autoriser [les technologies] de manière efficace ». Il n’existe pas davantage d’organisme réglementaire examinant spécifiquement les technologies basées sur l’IA et l’apprentissage automatique.

« Il y a beaucoup de travail à faire pour que le marché adopte [ces nouvelles méthodes] », a conclu Sharon.

La conférence Biomed se déroulera du 10 au 12 mai à Tel Aviv, sous la coprésidence de Ruti Alon, fondatrice et PDG de Medstrada, fonds de capital-risque de technologie alimentaire, la Dre Ora Dar, consultante et experte en sciences médicales & innovation santé, et ancien responsable du secteur de la santé et des sciences de la vie à l’Autorité israélienne de l’innovation, et le Dr Nissim Darvish, associé directeur chez MeOHR Ventures, société de capital-investissement axée sur les remèdes pour les maladies graves.

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