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L’argent et l’action du Qatar ont permis le 7 octobre ; il ne devrait pas être médiateur

Selon les informations de spécialistes du renseignement agissant pour les proches de victimes du Hamas, les États-Unis connaissent depuis longtemps les activités malveillantes de Doha et les torts qu'ils leur causent, sans pour autant agir

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

L'émir Tamim bin Hamad al-Thani (à droite), souverain du Qatar depuis 2013, lors d'une réunion avec le chef du politburo du Hamas, Ismaïl Haniyeh (à gauche), et le responsable Khaled Meshaal, à Doha, le 17 octobre 2016 (Crédit : Gouvernement du Qatar)
L'émir Tamim bin Hamad al-Thani (à droite), souverain du Qatar depuis 2013, lors d'une réunion avec le chef du politburo du Hamas, Ismaïl Haniyeh (à gauche), et le responsable Khaled Meshaal, à Doha, le 17 octobre 2016 (Crédit : Gouvernement du Qatar)

Un rapport confidentiel rédigé par une équipe de spécialistes confirmés des renseignements américains et israéliens pour le compte d’avocats des proches de victimes du 7 octobre affirme que le Qatar ne devrait plus être autorisé à assurer la médiation dans le conflit de Gaza, notamment en ce qui concerne la libération des otages.

Etabli sur la base de recherches en anglais, arabe et français au Moyen-Orient, en Europe et aux États-Unis, ainsi que de sources ouvertes, le rapport conclut que le Qatar est un acteur fondamentalement malhonnête mais qui se fait passer pour un intermédiaire honnête, une force modératrice dans la région et un « ami de l’Occident ».

Le rapport estime que « le Qatar n’agit pas comme un médiateur indépendant, contrairement à ce qu’il prétend, mais profite très directement des effusions de sang, des conséquences géopolitiques et des troubles qui résultent de ses politiques ».

S’agissant de l’attaque menée contre le sud d’Israël par le Hamas, au cours de laquelle près de 1 200 personnes ont été massacrées et 253 enlevées, le rapport précise que « le financement et les politiques qatariennes ont directement conduit au 7 octobre ».

« L’alliance Doha-Gaza à tous les niveaux – financier, politique et militaire – a abouti aux actuels bouleversements régionaux, dont l’impact se fait sentir dans le monde entier », peut-on encore lire dans le rapport.

Le rapport conclut que « permettre au Qatar de continuer à assurer la médiation dans le conflit de Gaza est une erreur ».

Le président Joe Biden et l’émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, dans le bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 31 janvier 2022. (Crédit : Alex Brandon/AP Photo)

Certaines parties de ce rapport, à commencer par son résumé et ses « premières conclusions politiques », ont été mises à la disposition du Times of Israël. Parmi ses auteurs, on trouve des officiers du renseignement de la CIA et des professionnels du renseignement israéliens.

Il a été établi pour le compte des avocats des proches de victimes du 7 octobre, et notamment pour les besoins d’une action en justice intentée au nom de ces derniers.

Des Gazaouis laissent éclater leur joie non loin d’un char israélien détruit au niveau de la barrière frontalière entre Israël et Gaza, à l’est de Khan Younès, le 7 octobre 2023. (Crédit : AP/Yousef Masoud)

Ses conclusions se fondent sur des documents connus depuis des années des services de renseignement américains à propos des activités malveillantes du Qatar, mais qui n’ont pas été pris en compte de manière stratégique – erreur qui, selon ses auteurs, a permis au Qatar de promouvoir des politiques préjudiciables aux intérêts des États-Unis et de leurs alliés au Moyen-Orient et ailleurs, à commencer par les fausses joies du Printemps arabe, le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan ou encore l’arrivée au pouvoir et l’armement du Hamas, sans compter le 7 octobre et ses conséquences locales et mondiales.

Le Secrétaire d’État américain Antony Blinken (à gauche) en compagnie de l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, à Lusail, le 13 octobre 2023. (Crédit : Jacquelyn Martin / POOL / AFP)

Sur la question des relations du Qatar avec Gaza, le rapport estime que le Qatar est pleinement conscient de ce qui se passe et soutient sciemment les activités militaires ainsi que la stratégie du Hamas depuis une dizaine d’années. Il ajoute que les déclarations publiques du Qatar concernant l’allocation de ses fonds au seul bien-être des Palestiniens, et non aux activités militaires du Hamas, « n’a aucune crédibilité ». Bien au contraire, dit le rapport, l’émir – le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani – et son gouvernement « savent pertinemment que l’essentiel des fonds que le Qatar envoie à Gaza servent aux infrastructures terroristes, à l’achat d’armes et à la formation du Hamas ».

Le gouvernement qatari offre un « soutien financier important » aux Frères musulmans en général et a fourni au moins 2 milliards de dollars au Hamas, branche palestinienne des Frères musulmans, selon le même rapport.

Le gouvernement permet en outre aux chefs militaires et politiques des Frères musulmans d’agir librement depuis le Qatar. Les secteurs bancaire et d’investissement de Doha « sont ouverts à ces dirigeants et militants des Frères musulmans – bien que beaucoup d’entre eux soient sanctionnés ailleurs », note le rapport.

« Et l’influente chaîne qatarie Al Jazeera ne se contente pas de suivre une politique éditoriale qui aide ces groupes illégaux, elle leur fournit également des plates-formes (programmes spéciaux, interviews, flux de réseaux sociaux, etc.) à travers lesquelles ils peuvent promouvoir le discours des Frères musulmans. »

Le rapport souligne, par exemple, que le Qatar a offert un refuge et la nationalité au chef spirituel du Hamas, Yusuf Al-Qaradawi. Religieux égyptien, ce dernier, décédé en 2022, a légitimé le terrorisme palestinien, notamment les attentats-suicides et les meurtres de femmes et d’enfants israéliens.

« Depuis Doha, Al-Qaradawi avait une émission de télévision hebdomadaire très suivie, sur Al Jazeera, et dirigeait son « organisation caritative » (désignée par le gouvernement américain comme un levier de financement du terrorisme), l’Union du Bien, depuis la capitale qatarie. »

Sur cette photo d’archives, le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, baise la main du cheikh Yusuf al-Qaradawi, religieux égyptien et président de l’Union internationale des érudits musulmans, à l’arrivée de ce dernier au point de passage de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 8 mai 2013. (Crédit : Said Khatib/AFP)

Selon les auteurs du rapport, le Qatar « tente de se couvrir » en disant que les fonds versés aux Frères musulmans et ses affiliés, comme le Hamas, sont destinés à financer des projets de « bien-être », mais il est « pleinement conscient du fait que l’argent va au terrorisme et à des fins politiques ».

Le rapport conclut par ailleurs que la « symbiose » du Qatar avec l’Iran, le soutien aux Frères musulmans et à leurs affiliés tels que le Hamas, et le soutien à d’autres groupes militants et terroristes, nuisent profondément aux intérêts des alliés des États-Unis – Israël, Égypte, Arabie saoudite, Jordanie et Émirats arabes unis – et ont un impact négatif sur les intérêts américains. Parmi les groupes cités dans le rapport figurent les talibans, le Hezbollah, Al-Nosra (Al-Qaïda) en Syrie, les Houthis du Yémen, Al-Shabab en Somalie, les groupes chiites en Irak et les groupes terroristes en Libye.

« L’impact négatif de la relation entre le Qatar et les Frères musulmans sur les intérêts politiques des États-Unis prend la forme d’effusions de sang, de troubles et d’instabilité en de multiples endroits, particulièrement au Moyen-Orient et en Afrique », explique le rapport. « Ces conflits ‘locaux’ ont des implications considérables pour la politique américaine au-delà de la région – la Russie et la Chine apparaissant souvent comme les principaux bénéficiaires de l’instabilité que ces conflits ont induite. »

Les auteurs notent que le Qatar « soutient activement des groupes terroristes extrémistes en défiant parfois ouvertement la politique et les intérêts du gouvernement américain ». Il précise que les États-Unis ont « à plusieurs reprises demandé au Qatar de cesser de soutenir ces groupes ». Pour autant, le Qatar « se refuse à faire machine arrière ».

Ces groupes terroristes, ainsi que l’Iran, utilisent des institutions financières au Qatar pour éviter les sanctions américaines, ajoute le raport. « Il semble également que ces groupes blanchissent de l’argent à grande échelle en toute connaissance des autorités qataries. »

Le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Mohammed bin Abdulrahman al-Thani (à droite), avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, à Doha, le 14 octobre 2023. (Crédit : Qatar News Agency / AFP)

L’influence du Qatar, affirment les auteurs, « tient grandement à son rôle de médiateur/arbitre entre l’Iran et l’Occident. On « pardonne » au Qatar de financer le terrorisme parce qu’il sert d’intermédiaire entre les États-Unis et l’Iran, mais il est en fait « un facteur de déstabilisation majeur ».

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amirabdollahian, à gauche, avec le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, à Doha, au Qatar, le 14 octobre 2023. (Crédit : Ministère iranien des Affaires étrangères via AP)

Le Qatar a également investi des milliards de dollars en Europe et aux États-Unis pour se donner une image positive, précise le rapport. « De fortes sommes ont notamment été investies dans les secteurs du sport et de l’enseignement, ainsi que dans des campagnes de lobbying et des actions médiatiques. Et dans l’ensemble, ces efforts ont porté leurs fruits », concluent les auteurs. « Le Qatar continue ainsi à soutenir des organisations et des individus interdits ailleurs. »

Depuis le 7 octobre, même si les États-Unis et Israël travaillent avec le Qatar en sa qualité de médiateur avec Gaza en général et sur la question de la libération des otages en particulier, « tout indique » que l’alliance Qatar-Hamas « se poursuit sans aucune forme de contrôle », note le rapport.

Les journalistes lèvent la main pour poser des questions alors que, de gauche à droite, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, le ministre palestinien des Affaires étrangères Riyad al-Maliki, le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al-Thani, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, et le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry donnent une conférence de presse à propos de la guerre entre Israël et le Hamas, le vendredi 8 décembre 2023, à Washington. (Crédit : AP Photo/Jacquelyn Martin)

Pour autant, le Qatar n’est pas « le médiateur indépendant qu’il prétend », estiment les auteurs du rapport. Cet attribut de ‘médiateur indépendant’ est tout simplement utilisé par le Qatar lorsqu’il se trouve sous la pression des États-Unis ou d’autres, quand la situation – liée au soutien de Doha au Hamas, à l’Iran et à d’autres régimes et groupes – l’exige.

« La situation actuelle », affirment les auteurs, « est à examiner dans un contexte plus large : les dégâts – pas seulement depuis le 7 octobre, mais ces dix dernières années voire plus – occasionnés par le soutien du Qatar aux Frères musulmans/Hamas et leur lourd impact dans toute la région – notamment au regard des intérêts premiers des États-Unis ou de leurs alliés. »

Un homme collant des photos des Israéliens toujours retenus en otage par les terroristes du Hamas à Gaza, sur la « Place des otages », à Tel Aviv, le 4 mars 2024. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Par conséquent, concluent-ils, « permettre au Qatar de continuer à être médiateur dans le conflit de Gaza est une erreur. Son rôle dans cette médiation, y compris dans les négociations sur les otages américains, israéliens ou autres détenus par le Hamas, doit être limité et considéré dans le cadre de son soutien de longue date – et toujours pertinent – aux infrastructures, opérations et stratégies militaires du Hamas.

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