L’Autriche a la législation anti-nazie la plus stricte, assure son chancelier
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L’Autriche a la législation anti-nazie la plus stricte, assure son chancelier

Dans un entretien avec un hebdomadaire juif, Sebastian Kurz défend le Parti de la liberté d'extrême droite ; le dirigeant de la communauté juive affirme qu'il faut en faire plus

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Sebastian Kurz (à gauche) du Parti populaire conservateur (ÖVP) et Heinz-Christian Strache du Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ) donnent une conférence de presse conjointe à Vienne le 16 décembre 2017. (AFP Photo/Alex Halada)
Sebastian Kurz (à gauche) du Parti populaire conservateur (ÖVP) et Heinz-Christian Strache du Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ) donnent une conférence de presse conjointe à Vienne le 16 décembre 2017. (AFP Photo/Alex Halada)

L’Autriche dispose de l’arsenal juridique le plus sévère contre le nazisme, a déclaré son chancelier dans un entretien publié jeudi, à l’occasion de Yom HaShoah en Israël.

Dans l’interview accordée à un hebdomadaire juif-allemand. Sebastian Kurz a défendu le Parti de la liberté (FPÖ)  d’extrême droite, son principal partenaire de coalition, affirmant que sa chancellerie agit résolument contre l’antisémitisme dans ses rangs. Sebastian Kurz a également réitéré son engagement à soutenir Israël contre l’impartialité des organisations internationales.

« Le FPÖ, dirigé par le vice-chancelier [Heinz-Christian] Strache, a toujours réagi avec clarté contre les incidents antisémites, il est engagé dans notre lutte commune contre l’antisémitisme. C’est bien et important, » a indiqué le chef du gouvernement autrichien au Jüdische Allgemeine.

Face aux critiques de la communauté juive du pays qui considère que la direction du FPÖ n’en fait pas assez pour éliminer ses composantes antisémites et néonazies, Sebastian Kurz a répondu : « En cas d’incidents antisémites, quel que soit le parti politique impliqué, je le dénonce publiquement et je tente d’utiliser mes pouvoirs de chancelier pour m’assurer que de tels incidents ne restent pas sans réponse. En Autriche, nous disposons de la législation la plus stricte au monde contre de tels crimes. Toute forme de néonazisme constitue une acte criminel, qui se traduit en général par des années de prison. »

Il faisait référence à la Loi sur l’interdiction du nazisme datant de 1947, qui comprend des peines de prison pour les personnes tentant de faire revivre ou de glorifier des organisations proches du parti hitlérien.

Le chancelier a indiqué qu’il ne souhaitait pas parler pour son partenaire de coalition, mais souligné que Strache « est également très clair à ce sujet et agit toujours en conséquence en cas de propos antisémites. Il a aussi clairement fait savoir que les personnes défendant des idées antisémites n’avaient pas leur place dans son parti. Il est essentiel de fixer une limite. »

Le président de la Fédération des communautés juives d’Autriche, Oskar Deutsch, estime que le gouvernement devait en faire beaucoup plus pour lutter contre l’antisémitisme au sein du FPÖ.

Oskar Deutsch, président de la communauté juive d’Autriche. (Autorisation)

« L’Autriche n’est pas un pays nazi, mais le FPÖ jette une ombre sur notre pays avec plus de 60 incidents antisémites et néonazis depuis que le parti a rejoint le gouvernement, il y a un an et demi, » a-t-il expliqué au Times of Israel. « Le chancelier a encore beaucoup de travail. »

Le parti populaire conservateur  de Sebastian Kurz a « pris position contre de façon répétée », a-t-il ajouté, « mais cela exige plus que cela. »

On ignore sur quoi s’appuie le chancelier autrichien pour affirmer que son pays dispose de l’arsenal juridique le plus sévère en la matière.

« Si c’est vrai, il faut aussi se demander quelles en sont les raisons. Un pays n’adopte pas de telles lois sans réelle nécessité, » a réagi Michael Brenner, un historien juif-allemand et directeur du Centre d’études sur Israël de l’université américaine.

Michaela Küchler, responsable de la lutte contre l’antisémitisme au ministère des Affaires étrangères allemand, a indiqué qu’elle ne pouvait pas comparer les législations. Bien que la loi allemande ne définit pas l’antisémitisme comme un cri en tant que tel, « les comportements concrets exprimant de l’antisémitisme », comme les insultes et la propagande d’organisations anticonstitutionnelles, sont illégaux.

Le ministère israélien des Affaires étrangères, qui dispose d’un service dédié en la matière, n’a pas souhaité commenter cet article.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz s’adresse à un survivant de la Shoah israélien à Jérusalem, le 10 juin 2018. (Gali Tibbon/AFP/Getty Images/via JTA)

Selon une étude publiée jeudi, une majorité d’Autrichiens ignorent l’ampleur de la Shoah et le nombre de Juifs assassinés et minimisent le rôle de leur pays dans le génocide.

Dans l’entretien de jeudi, Sebastian Kurz a rappelé son engagement à reconnaître le rôle de Vienne dans la Shoah.

« Pendant trop longtemps, l’Autriche s’est exclusivement considérée comme victime des nazis. Néanmoins, nous reconnaissons la vérité historique. Je pense qu’en raison de notre passé, nous avons une responsabilité particulière pour le présent et l’avenir, » a-t-il affirmé.

« C’est pourquoi nous sommes déterminés à mener le combat contre l’antisémitisme chez nous et en Europe. Mais nous nous engageons également à soutenir l’État d’Israël et la vie juive en Israël. »

Il a reconnu que la politique étrangère de son pays était autrefois excessivement critique de l’État hébreu, confiant que cela l’avait mis « mal à l’aise » lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères et qu’il avait initié un « repositionnement » depuis sa prise de fonction à la chancellerie en décembre 2017.

« Israël est notre partenaire. Israël est un allié important. Et il mérite notre soutien. L’État juif mérite notre soutien », a-t-il assuré.

« Cela ne veut pas dire que nous détournerons les yeux en cas d’acte condamnable de la part des Israéliens. Cela ne veut pas dire que nous approuvons sa politique d’implantation ou que nous abandonnerons la solution à deux Etats. Mais ce que nous ne faisons plus — et que je pense que trop de pays font encore — c’est traiter Israël différemment d’autres pays du monde selon des standards différents. »

Il a ajouté que Vienne « souhaitait également avoir de bons contacts avec les Palestiniens. Mais j’ai délibérément choisi Benjamin Netanyahu et le gouvernement israélien comme principal point de contact pour mon premier déplacement en Israël. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le chancelier autrichien Sebastian Kurz, le 26 septembre 2018 à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies (Crédit : Avi Ohayun/GPO)

Kurz a critiqué le traitement d’Israël par les Nations unies et l’Union européenne, qu’il considère injuste. « Pour moi, l’équité est très importante. Il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures. »

« Israël doit être condamné par des résolutions lorsque le pays le mérite vraiment. Mais les différences de traitement n’ont pas leur place aux Nations unies. C’est pour cela que nous avons changé nos habitudes de vote lorsque nous l’avons jugé justifié. Et j’œuvrerai également au sein de l’UE pour qu’elle parvienne à une attitude plus équitable ».

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