L’avion de Netanyahu a pu survoler le Soudan, – une première
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L’avion de Netanyahu a pu survoler le Soudan, – une première

De retour du Tchad, le trajet a été écourté d'une heure après que Khartoum a autorisé le Premier ministre à traverser son espace aérien

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

La trajectoire de vol de Benjamin Netanyahu au dessus du Sud-Soudan, lors de son vol Tchad-Israël, depuis l'intérieur de l'avion, le 20 janvier 2019. (Crédit : Raphael Ahren)
La trajectoire de vol de Benjamin Netanyahu au dessus du Sud-Soudan, lors de son vol Tchad-Israël, depuis l'intérieur de l'avion, le 20 janvier 2019. (Crédit : Raphael Ahren)

Le Soudan a autorisé pour la toute première fois dimanche un avion israélien à traverser son espace aérien.

L’avion, qui ramenait le Premier ministre Benjamin Netanyahu en Israël après une visite éclair au Tchad, a survolé le Sud-Soudan, dont l’espace aérien est contrôlé par les autorités de l’aviation civile à Khartoum.

Quelques heures plus tôt, Netanyahu avait annoncé une « révolution » dans les relations entre Israël et le monde musulman, alors qu’avec le président tchadien Idriss Déby, ils annonçaient la reprise des relations diplomatiques, et sur fond de négociations diplomatiques pour obtenir un accord avec Khartoum pour autoriser les vols israéliens à survoler régulièrement le Soudan pour gagner quelques heures dans les vols à destination d’Afrique occidentale et d’Amérique latine.

Israël entretient des relations pacifiques avec le Sud-Soudan, mais l’espace aérien du pays est contrôlé par son voisin au nord, qui n’entretient pas de relations diplomatiques avec l’Etat hébreu.

Le vol de dimanche est le tout premier vol israélien à survoler le Sud-Soudan, a indiqué l’entourage du Premier ministre.

Le Sud-Soudan, à majorité chrétienne, a obtenu son indépendance du Soudan musulman il y a quelques années, et les deux pays entretiennent des rapports hostiles. Cependant, l’aviation civile reste contrôlée par Khartoum.

Les forces gouvernementales du Sud-soudan, le 12 janvier 2014. (Crédit : AP/Mackenzie Knowles-Coursin, File)

Le bureau du Premier ministre a demandé aux journalistes qui ont accompagné Netanyahu au Tchad de ne pas médiatiser le fait que l’avion survolait le Sud-Soudan, avant l’atterrissage à l’aéroport international Ben Gurion, à Tel Aviv dimanche soir, probablement pour des raisons sécuritaires, et éviter que d’autres parties fassent, en dernière minute, changer d’avis les autorités soudanaises.

Peu après le décollage, le capitaine a annoncé qu’ils étaient à bord d’un « vol historique », et que grâce à ce raccourci, le vol retour durerait une heure de moins que le vol aller.

Plus tôt dans la journée, l’avion du Premier ministre a dû survoler la mer Rouge, puis l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda, la République démocratique du Congo et la République d’Afrique centrale, avant d’entrer dans l’espace aérien tchadien.

La trajectoire de vol de Benjamin Netanyahu au dessus du Sud-Soudan, lors de son vol Tchad-Israël, depuis l’intérieur de l’avion, le 20 janvier 2019. (Crédit : Raphael Ahren)

Lors du vol retour, l’avion El al a décollé de N’Djamena, et pris la direction du sud vers la République d’Afrique centrale, avant de se diriger vers l’est pour traverser le Sud-Soudan et de poursuivre vers l’Ethiopie et l’Erythrée, puis vers la mer Rouge.

La trajectoire de vol de Benjamin Netanyahu au dessus du Sud-Soudan, lors de son vol Tchad-Israël, depuis l’intérieur de l’avion, le 20 janvier 2019. (Crédit : Raphael Ahren)

Netanyahu s’était rendu dimanche au Tchad pour annoncer la reprise des relations diplomatiques entre son pays et le Tchad, un pays africain à majorité musulmane, avec le président Déby.

On ne sait pas exactement si l’autorisation accordée par le Soudan à l’avion de Netanyahu était liée à la démarche diplomatique du Tchad. En novembre, alors que Déby était en Israël, il avait déclaré qu’il était disposé à aider Israël et le Soudan à établir des relations.

Khartoum avait récemment annoncé qu’il ne reverrait pas sa politique consistant à interdire aux avions israéliens de pénétrer son espace aérien. Au début du mois, un reportage télévisé au Soudan avait indiqué que le président Omar al-Béchir avait refusé qu’un avion d’une compagnie kenyane utilise son espace aérien pour un vol à destination de Tel Aviv.

Cependant, le vol de dimanche semble indiquer que Khartoum fait preuve de flexibilité quant aux survols des pays tiers, sous le contrôle de son autorité de l’aviation civile.

Netanyahu, qui est également ministre des Affaires étrangères, a oeuvré ces dernières années pour ouvrir davantage de trajectoires de vol vers l’Etat hébreu, notamment un vol direct vers l’Inde à travers l’Arabie saoudite et Oman.

Les autorités israéliennes et sud-américaines ont récemment convenu de créer un vol direct entre Santiago et Israël, bien que ce vol devrait contourner le Soudan, ce qui augmentera la durée du vol.

Ces dernières années, le Soudan s’est distancé de l’influence géopolitique de l’Iran, ce qui est perçu par l’Occident comme une opportunité de révolution diplomatique.

Par le passé, le Soudan aurait servi de plateforme pour le transfert d’arme iraniennes pour le groupe terroriste du Hamas, à Gaza. Israël aurait intercepté et détruit des transferts d’armes en provenance du Soudan et à destination de Gaza.

Cependant, ayant rompu ses liens avec l’Iran, le Soudan n’est plus considéré comme une menace par Israël, mais plutôt comme un allié potentiel.

Depuis dimanche, le nombre de pays entretenant des relations diplomatiques avec Israël a atteint le nombre record de 160,

La république du Tchad avait rompu ses relations diplomatiques avec Jérusalem le 28 novembre 1972 à la demande du dictateur libyen Mouammar Khadhafi.

« Nous faisons une percée dans le monde islamique », avait déclaré Netanyahu dimanche au palais présidentiel à N’Djamena, avant de signer le document officialisant le reprise des relations diplomatiques.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président du Tchad Idriss Déby au palais présidentiel de N’Djamena, au Tchad, le 20 janvier 2018 (Crédit : Kobi Gideo/GPO)

« Nous entrons dans l’histoire et nous faisons d’Israël une puissance internationale émergente. »

Peu après, lors d’un point-presse, Netanyahu a déclaré que les liens incroyablement robustes entre Jérusalem et le monde arabe permettaient à Israël de briser la glace avec les pays à majorité musulmane en Afrique, qui n’ont pas de relations diplomatiques officielles avec Israël.

« Cette première visite nous donne une leçon sur notre position dans le monde arabe », a déclaré Netanyahu. « Non seulement il n’y a eu aucune opposition, mais, je le dis officieusement, il y a eu du soutien. »

Il a refusé de dire quels pays avaient soutenu la décision du Tchad, après un demi-siècle de rupture diplomatique.

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