Le Cachemire, un conflit septuagénaire et toujours meurtrier
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Le Cachemire, un conflit septuagénaire et toujours meurtrier

Après une opération militaire indienne jeudi le long de la Ligne de contrôle divisant le territoire contesté du Cachemire, le Pakistan a réagi avec colère

Carte du Cachemire entouré en bleu : le Pakistan est en vert, l'Inde en bleu, la Chine en jaune, les autres pays en gris, le no man's land du glacier de Siachen en blanc. (Crédit : Planemad — Travail personnel/CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1914997/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)
Carte du Cachemire entouré en bleu : le Pakistan est en vert, l'Inde en bleu, la Chine en jaune, les autres pays en gris, le no man's land du glacier de Siachen en blanc. (Crédit : Planemad — Travail personnel/CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1914997/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Le Pakistan a réagi avec colère après une opération militaire indienne jeudi le long de la Ligne de contrôle divisant le territoire contesté du Cachemire. Résumé en cinq questions de ce conflit presque septuagénaire.

Pourquoi le Cachemire est-il contesté ?

A la fin de la colonisation britannique en 1947, alors que les provinces du Raj rejoignent l’Inde ou le Pakistan selon qu’elles sont majoritairement hindoues ou musulmanes, le maharaja hindou du Jammu et Cachemire, état princier majoritairement musulman, tergiverse.

Les deux camps envoient des troupes et s’affrontent jusqu’à un cessez-le-feu en 1949. Les armées indienne et pakistanaise se retirent alors de part et d’autre d’une Ligne de contrôle divisant le Cachemire en deux.

Les deux pays, qui se sont à nouveau affrontés sur ce sujet en 1965, revendiquent la totalité de la zone. Du côté indien, des groupes rebelles se battent pour l’indépendance du Cachemire ou son rapprochement avec le Pakistan.

L’insurrection a fait des dizaines de milliers de morts, majoritairement civils, depuis 1989.

Outre l’épineuse question religieuse, le conflit au Cachemire est exacerbé par son statut de château d’eau régional : cette zone montagneuse alimente en eau l’Indus, fleuve essentiel pour l’agriculture et les populations des deux pays.

Religions au Cachemire indien. (Crédit : Christophe cagé — Travail personnel/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)
Religions au Cachemire indien. (Crédit : Christophe cagé — Travail personnel/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Pourquoi cet embrasement maintenant ?

Des violations du cessez-le-feu ne sont pas rares le long de la Ligne de contrôle.

Mais les tirs de jeudi interviennent dans la foulée de l’un des pires cycles de violences au Cachemire depuis les années 90.

La mort en juillet d’un jeune rebelle charismatique, Burhan Wani, a embrasé le Cachemire indien.

Après des semaines de violente répression, l’armée indienne a été visée le 18 septembre par des rebelles qui ont tué 18 soldats dans une base à Uri, la pire attaque depuis plus d’une décennie.

New Delhi a accusé un groupe pakistanais, tandis qu’Islamabad a démenti toute implication.

L’opération de représailles de jeudi, dans un contexte aussi tendu, peut s’avérer explosive.

Le Cachemire est-il la seule source de tensions ?

Non : la question cachemirie alimente et se nourrit d’autres différends entre l’Inde et le Pakistan.

Le Baloutchistan, vaste province pakistanaise, est notamment déstabilisée par une insurrection séparatiste, accusée par le Pakistan d’être un mouvement terroriste soutenu par des Etats hostiles comme l’Inde.

Le Pakistan est de son côté soupçonné d’avoir soutenu des groupes extrémistes armés afin qu’ils s’en prennent à l’Inde, par exemple lors des attentats de Bombay en 2008.

La rivalité déborde à l’international en Afghanistan.

L’Inde est l’un des plus importants soutiens financier et politique du gouvernement afghan, alors que le Pakistan, parrain historique des talibans, est accusé de soutenir ces insurgés dans leur guerre contre Kaboul.

Les observateurs soulignent le risque que l’Afghanistan devienne le terrain d’une guerre par procuration entre Inde et Pakistan.

Quel est l’impact international de ce conflit ?

Le Cachemire, que se disputent deux puissances nucléaires, est souvent décrit comme l’une des principales poudrières au monde.

Cela reste néanmoins une question largement bilatérale, estime le géopoliticien Michael Kugelman, du Woodrow Wilson Center à Washington. Elle attire beaucoup moins d’attention internationale que le conflit israélo-palestinien, en dépit de similarités.

« L’Asie du Sud est beaucoup moins suivie, notamment en Occident, que le Moyen Orient », explique-t-il.

Des manifestants tiennent un drapeau de l'Etat islamique lors d'une protestation contre Israël, au centre de Srinagar, à Cachemire - le 18 juillet 2014 (Crédit : AFP / Tauseef MUSTAFA)
Des manifestants tiennent un drapeau de l’Etat islamique lors d’une protestation contre Israël, au centre de Srinagar, à Cachemire – le 18 juillet 2014 (Crédit : AFP / Tauseef MUSTAFA)

Et si la souffrance d’une communauté musulmane maltraitée par des forces de sécurité hindoues est susceptible d’alimenter la propagande islamiste, Kugelman souligne que le conflit ne semble pas jouer de rôle majeur dans le jihadisme mondial.

« Au Cachemire, les gens sont préoccupés par des griefs locaux, c’est-à-dire la brutalité des forces indiennes. Ils ne sont pas très intéressés par les objectifs plus internationaux de groupes comme Al-Qaïda et l’EI », estime-t-il, citant les efforts vains d’Al-Qaïda pour recruter chez les Cachemiris.

Et maintenant?

Ce n’est pas le premier bras de fer entre Pakistan et Inde, et probablement pas le dernier. Mais pour le moment, en dépit de la flambée rhétorique dans les médias et sur internet, les deux pays ont tout intérêt à agir avec retenue, estiment les observateurs.

Pour Shaukat Qadir, expert pakistanais, il est peu probable que les hostilités aillent plus loin.

« L’Inde sait très bien que si elle agissait, le Pakistan rétorquerait et il y aurait une escalade qui échapperait à tout contrôle », souligne cet ancien militaire.

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