Le chef du parti néonazi grec jugé coupable ; des incidents devant le palais
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Le chef du parti néonazi grec jugé coupable ; des incidents devant le palais

Le fondateur et chef du parti néonazi grec Aube dorée a été reconnu coupable mercredi de "direction d'une organisation criminelle"

Des manifestants brandissent une bannière dépeignant le chanteur grec de rap Pavlos Fyssas, poignardé et tué par un partisan de la formation d'extrême-droite Aube dorée en 2013, aux abords du tribunal, avant le verdict qui sera rendu dans l'affaire, le 7 octobre 2020. (Crédit :  AP Photo/Yorgos Karahalis)
Des manifestants brandissent une bannière dépeignant le chanteur grec de rap Pavlos Fyssas, poignardé et tué par un partisan de la formation d'extrême-droite Aube dorée en 2013, aux abords du tribunal, avant le verdict qui sera rendu dans l'affaire, le 7 octobre 2020. (Crédit : AP Photo/Yorgos Karahalis)

Le parti néonazi grec Aube dorée a été qualifié « d’organisation criminelle » mercredi par la cour pénale d’Athènes, son chef et ses principaux cadres ayant été reconnus coupables de l’avoir dirigée, dans un verdict historique acclamé par la foule mais ponctué d’incidents.

Devant le tribunal, plus de 15 000 manifestants, selon la police, s’étaient rassemblés à l’appel du mouvement antifasciste, de syndicats et de partis de gauche.

Hurlant de joie à l’énoncé du verdict au mégaphone, des manifestants ont lancé des cocktails molotov, auxquels les forces anti-émeute en nombre ont aussitôt répliqué par des tirs de gaz lacrymogène, des grenades assourdissantes et l’utilisation de canons à eau, pendant une vingtaine de minutes, a constaté une journaliste de l’AFP.

Après 5 ans et demi de procès, le chef et fondateur d’Aube dorée Nikos Michaloliakos, 62 ans, négationniste et admirateur du national-socialisme, a été reconnu coupable d’avoir « dirigé » et « appartenu à une organisation criminelle », ainsi que six autres cadres du parti.

Quelque 45 autres députés et membres d’Aube dorée ont été reconnus coupables « d’appartenance » à une telle organisation, tandis qu’une quinzaine d’autres ont été acquittés.

Seule une dizaine des 68 accusés étaient présents dans une salle d’audience clairsemée, les principaux cadres étant absents à l’énoncé du verdict. Ils connaîtront leur peine lors d’une audience ultérieure, mais ils encourent entre 5 et 15 ans de prison.

La cour pénale d’Athènes a également reconnu Yorgos Roupakias, membre d’Aube dorée, coupable du meurtre d’un rappeur antifasciste en 2013.

Le militant de gauche Pavlos Fyssas, avait été assassiné à l’arme blanche dans la nuit du 18 septembre 2013, à l’âge de 34 ans, devant un café de son quartier de Keratsini, une banlieue de l’ouest d’Athènes. Son meurtrier, qui a reconnu l’avoir tué, risque la prison à perpétuité.

« Pavlos mon fils, tu as réussi », a déclaré la mère de la victime, Magda Fyssas, très émue après la décision. Les parents de Pavlos Fyssas avaient écouté le verdict assis au fond de la salle d’audience. Mme Fyssas s’est levée, les poings serrés, en entendant le jugement, frappant frénétiquement la barre d’escalier devant elle, avant de quitter la salle pour fumer.

« C’est une décision positive », a ajouté le père du rappeur tué, qui attend cependant de « voir maintenant les peines ».

L’ancien député et chef du parti Aube dorée, Nikolaos Michaloliakos, témoigne devant un tribunal d’appel, le 6 novembre 2019, dans le cadre d’un procès phare sur un homicide ayant impliqué Aube dorée. (Photo par Aris MESSINIS / AFP)

« Une grande victoire »

Dehors, la foule a exulté de joie, dès l’annonce du premier verdict. Sur les masques des manifestants, les pancartes et les banderoles, ils proclamaient : « Le peuple veut les nazis en prison. »

« C’est une grande victoire », s’est félicité Giorgios Papanikolaou du parti d’extrême gauche Antarsya. « C’est très important que le parti soit qualifié d’organisation criminelle et pas uniquement jugé pour le meurtre de Fyssas », a-t-il dit à l’AFP.

« Mais la lutte contre les idées nazies et racistes continue », a ajouté le manifestant, alors que le cortège se dirigeait aux cris de « Pavlos vit plus que jamais aujourd’hui » vers la place centrale d’Athènes, devant le parlement grec.

Dans ce procès fleuve, Aube dorée était jugé dans deux autres affaires, des « tentatives d’homicide » impliquant elles aussi des membres du parti : l’une à l’encontre de pêcheurs égyptiens le 12 juin 2012, l’autre visant des membres du syndicat communiste PAME le 12 septembre 2013.

À la sortie du tribunal, les avocats des parties civiles ont salué une « décision historique ». « Aube dorée est une organisation criminelle nazie », s’est félicité Me Thanassi Kampayannis, avocate du syndicat PAME.

« Justice a été rendue : Aube dorée est une organisation criminelle », a également déclaré à l’AFP Me Kostas Papadakis, avocat des pêcheurs égyptiens.

La présidente de la cour Maria Lepenioti, qui a égrené les noms des accusés et leurs jugements, a vu défiler 150 témoins et une cinquantaine d’avocats au cours de plus de 400 audiences ces cinq dernières années.

Petite formation depuis les années 90, Aube dorée avait été créée par Nikos Michaloliakos, 62 ans. La débâcle socio-politique après la crise financière de 2010 a profité au parti néonazi, dont des représentants entrent pour la première fois en 2012 au Parlement grec.

À l’époque, des groupes d’hommes en noir sillonnaient les rues d’Athènes, tabassant leurs opposants à coups de pied ou de barres de fer et scandant « Sang, honneur, Aube dorée ».

Qualifié « d’historique » par le monde politique et la partie civile, ce procès a entraîné progressivement le déclin de la formation dont la direction renie actuellement l’idéologie nazie. Aube dorée n’a obtenu aucun député aux dernières législatives de juillet 2019.

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