Le chef d’un groupe de réflexion US de droite défend Tucker Carlson
Kevin Roberts de la Heritage Foundation nie l'antisémitisme et dénonce la "classe mondialiste" et "ses porte-parole à Washington" ; Carlson a invité Nick Fuentes, négationniste de la Shoah

Le président de la Heritage Foundation, le principal groupe de réflexion conservateur, a pris la défense du commentateur de droite Tucker Carlson, annonçant que le groupe ne romprait pas ses liens avec lui, quelques jours après que Carlson a interviewé l’influenceur antisémite Nick Fuentes.
Dans une vidéo publiée sur le réseau social X, Kevin Roberts a également déclaré que « l’antisémitisme doit être condamné », mais que les chrétiens doivent rejeter les appels à ne pas critiquer Israël. Et d’ajouter que ceux qui condamnent Carlson, ancien présentateur de Fox News qui anime désormais une émission-débat en ligne, forment une « coalition venimeuse » de « mauvais acteurs », et que les conservateurs devraient désormais s’abstenir de « censurer » Fuentes.
« Nous défendrons toujours la vérité, nous défendrons toujours l’Amérique et nous défendrons toujours nos amis victimes des calomnies de mauvais acteurs au service d’intérêts étrangers », a martelé Roberts. « Cela inclut Tucker Carlson, qui reste et qui, ainsi que je l’ai déjà dit, sera toujours un ami proche de la Heritage Foundation. »
Il a lancé une mise en garde aux critiques de Carlson : « Leur tentative de le censurer échouera. »
Roberts a souligné que les appels exhortant les conservateurs à soutenir automatiquement Israël émanent d’une « classe mondialiste » influente à Washington, utilisant un langage qui, selon certains, alimente les stéréotypes antisémites.
« Lorsque la coopération avec Israël et d’autres alliés sert les intérêts des États-Unis, alors nous devons la développer, en établissant des partenariats dans les domaines de la sécurité, du renseignement et de la technologie », a-t-il indiqué. « Mais lorsque ce n’est pas le cas, les conservateurs ne devraient pas se sentir obligés de soutenir automatiquement un gouvernement étranger, quelle que soit l’intensité de la pression exercée par la classe mondialiste ou par ses porte-parole à Washington. »
There has been speculation that @Heritage is distancing itself from @TuckerCarlson over the past 24 hours.
I want to put that to rest right now—here are my thoughts: pic.twitter.com/F8bcxBIqKI
— Kevin Roberts (@KevinRobertsTX) October 30, 2025
Une vidéo qui a illustré de manière frappante le soutien apporté par cette influente organisation conservatrice, qui avait précédemment lancé le « Project Esther », un plan de droite visant à lutter contre l’antisémitisme après l’attaque menée par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. La Heritage Foundation était également à l’origine du Project 2025, un plan d’action de droite pour le second mandat du président Donald Trump, qui a été scrupuleusement suivi au niveau politique, et qui a permis de recruter nombre des plus proches collaborateurs de Trump.
Fuentes, mettant en avant son antisémitisme avoué, a tenté d’exercer une influence au sein du mouvement de droite dans son ensemble. Mardi, ses échanges amicaux avec Carlson – qui semblait partager l’avis du provocateur sur de nombreuses questions, notamment Israël – ont été perçus comme une nouvelle banalisation de l’antisémitisme au sein de la droite. Ce n’est en effet pas la première fois que Carlson reçoit un négationniste de la Shoah dans sa populaire émission-débat.
Selon Roberts, cependant, Fuentes ne doit pas être mis à l’écart, mais engagé.
« Je n’approuve pas les propos de Nick Fuentes. Je les trouve même répugnants », a confié Roberts, sans donner plus de détails. « Mais le censurer n’est pas non plus la solution. Lorsque nous sommes en désaccord avec les pensées et les opinions d’une personne, nous devons contester ces idées dans le cadre d’un débat. C’est cette approche qui s’est avérée fructueuse. Nous continuons à démanteler ainsi les idées ignobles de la gauche. »
Décrivant les critiques de Carlson comme des utilisateurs mécontents des réseaux sociaux, Roberts a poursuivi : « La Heritage Foundation n’est pas devenue le pilier intellectuel du mouvement conservateur en censurant nos propres membres, ni en contrôlant la conscience des chrétiens. Et nous n’allons pas commencer à le faire maintenant. Nous ne suivrons pas les directives que l’on nous donne dans les commentaires sur X. »
Après avoir affirmé qu’il ne soutenait Israël que lorsque cela bénéficiait aux États-Unis, Roberts a cité une déclaration en ce sens faite par le vice-président JD Vance mercredi soir, dans le Mississippi, alors qu’il assistait à une séance de questions-réponses sur un campus universitaire – au cours de laquelle il a lui aussi été critiqué pour ne pas avoir condamné une question teintée d’antisémitisme.
« Ce que je n’accepte pas, c’est qu’un pays, quel qu’il soit, puisse passer avant les intérêts des citoyens américains. Il est important pour nous tous, en tant que citoyens américains, de faire des intérêts de notre propre pays une priorité absolue », a souligné Vance, dans la déclaration citée par Roberts.
Différents commentateurs conservateurs, Juifs et non juifs, ont critiqué les propos de Roberts.
« La Heritage Foundation a peur de Tucker Carlson et de son public », a ainsi écrit David French, chroniqueur au New York Times. « La frange extrémiste est désormais majoritaire. Et l’une des plus puissantes institutions de la droite américaine s’incline devant elle. »
« Dire ‘Les chrétiens peuvent critiquer l’État d’Israël sans être antisémites’ est une réponse insultante, face à un Tucker Carlson qui s’extasie devant un admirateur d’Hitler, assurant à ce néonazi à quel point lui aussi méprise Israël et les chrétiens qui soutiennent l’État juif », a pour sa part posté Eliot Kaufman, membre du comité de rédaction du Wall Street Journal.
Fuentes, toutefois, a exprimé sa reconnaissance à Roberts pour ses propos.
« Je vous remercie pour votre courage, pour votre défense d’un discours ouvert et pour votre défense de Tucker contre la droite woke pro-Israël », a-t-il écrit à Roberts sur le réseau X.







