Rechercher

Le créateur de la célèbre menorah Chabad accusé d’abus sexuels à titre posthume

Une femme affirme qu'Hirschel Pekkar, décédé en août, a abusé d'elle des dizaines de fois dans son enfance. Elle intente un procès pour faire fondre l'objet à titre symbolique

Illustration : Une Ménorah géante de Loubavitch est installée dans le centre de Berlin, le mardi 20 décembre 2011. (Photo AP/Markus Schreiber)
Illustration : Une Ménorah géante de Loubavitch est installée dans le centre de Berlin, le mardi 20 décembre 2011. (Photo AP/Markus Schreiber)

JTA – Une nouvelle action en justice affirme que l’homme qui a fabriqué ce qui pourrait être la ‘hannoukkia la plus célèbre du monde a abusé sexuellement d’une jeune fille des dizaines de fois dans les années 1990 et qu’un tribunal rabbinique ne l’a pas tenu pour responsable.

La survivante de ces abus présumés, aujourd’hui âgée de 36 ans vivant en Israël, tente d’entrer en possession de la ‘hannoukkia en laiton de son agresseur, qui est normalement exposée pendant Hanoukka au siège du mouvement Chabad-Loubavitch à Brooklyn.

Son avocat dit que si elle réussit, elle envisagera de la faire fondre, un acte symbolique contre les tabous qui ont empêché des cas comme le sien d’être connus.

L’artisan à l’origine de la ‘hannoukkia de près de deux mètres de haut était Hirschel Pekkar. Après sa mort en août, une notice nécrologique publiée sur un site d’information de la communauté Chabad l’a décrit comme « un orfèvre renommé de Crown Heights qui a créé la célèbre ‘hannoukkia qui se dresse chaque année à Hanoukka au 770 Eastern Parkway », en référence à l’adresse du siège du mouvement hassidique.

Pekkar a été chargé de forger une ‘hannoukia pour Hanoukka en 1982, après que le leader du Chabad, le défunt rabbin Menachem Mendel Schneerson, a déclaré dans un discours que les bras de la ménorah de l’époque du Temple étaient à l’origine diagonaux plutôt que courbés, citant le savant juif médiéval Maïmonide.

L’action en justice affirme que l’impact de la ‘hannoukkia de Pekkar – des milliers de chandeliers similaires ont été façonnées au fil des décennies – en fait « l’une des œuvres d’art juives les plus importantes du XXe siècle ».

« Nous intentons des poursuites contre la ‘hannoukkia, parce qu’elle est si symbolique et parce que nous voulons jouer un rôle actif dans la formation de ce symbolisme », a déclaré Susan Crumiller, l’avocate qui représente la plaignante, à la Jewish Telegraphic Agency. « Nous espérons que c’est un moment de transformation. Nous faisons cela par amour pour la communauté ».

Illustration : Un rabbin de Chabad allume la lumière centrale d’une Ménorah de Hanoukka de 20 pieds de haut sur le Boston Common, près de la Statehouse, à Boston, le 1er décembre 2010. (AP Photo/Steven Senne)

Crumiller avait initialement prévu de poursuivre Pekkar en vertu de la loi new-yorkaise sur les enfants victimes, qui prévoit une fenêtre de deux ans pour relancer d’anciennes affaires d’abus précédemment bloquées par le délai de prescription. Mais, le 5 août, quelques jours avant la date limite, Pekkar est décédé. Crumiller a changé de cible et s’est attaquée à la succession de Pekkar dans un procès datant du 5 octobre. Elle a déclaré à la JTA que le décès a prolongé la fenêtre légale pour intenter un procès, ce qui signifie que la date limite du 14 août ne s’applique plus.

Aucune succession officielle n’a été établie par Pekkar pour ses héritiers, et la responsabilité de la succession est traitée dans une affaire judiciaire distincte, selon Crumiller.

On ne sait pas non plus qui est officiellement propriétaire de la ‘hannoukkia, bien qu’elle ait été considérée comme la propriété commune du mouvement Chabad depuis sa mise en service. Pour l’instant, Mme Crumiller a fait valoir un privilège sur la ‘hannoukkia au nom de sa cliente, ce qui signifie qu’elle a déposé un avis public indiquant que sa cliente la revendique.

Interrogé sur les allégations et sur la propriété de la ‘hannoukkia, Motti Seligson, un porte-parole de Chabad, a déclaré que « nous sommes de tout cœur avec cette femme », mais que Chabad ne prendrait pas position sur cette affaire.

« Nous sommes attristés et écœurés par les allégations qu’elle a formulées et ne pouvons pas imaginer le traumatisme qu’elle a vécu », a déclaré Seligson dans une déclaration. « Cependant, étant donné que ces allégations sont portées contre un particulier et que nous ne sommes pas partie au procès, il n’est vraiment pas approprié pour nous de commenter davantage. »

La plaignante affirme dans son procès qu’elle a rencontré Pekkar en 1991, neuf ans après qu’il a construit la ‘hannoukkia pour le centre Chabad, lorsqu’il a commencé à employer son père comme bijoutier dans son atelier. Elle avait 5 ans à l’époque et rejoignait régulièrement son père à l’atelier de fabrication de bijoux, qui se trouvait à côté de l’appartement de Pekkar.

Des membres des Anges gardiens (à gauche), une organisation bénévole de patrouille de sécurité, se tiennent devant le siège mondial de Chabad Lubavitch, le 30 décembre 2019, dans l’arrondissement de Brooklyn à New York. (AP Photo/Mark Lennihan)

Selon le procès, le studio n’avait pas de salle de bain et un jour où la plaignante était en visite, Pekkar s’est porté volontaire pour l’emmener utiliser la salle de bain de son appartement. Juste à l’extérieur de la salle de bains, Pekkar aurait passé la main sous ses vêtements pour toucher son vagin.

Par la suite, selon la plainte, Pekkar s’est comporté de manière amicale mais lui a dit de ne pas raconter ce qui s’était passé à d’autres personnes. Ce scénario s’est répété au moins une douzaine de fois, selon la plaignante, qui est désignée comme « Jane Doe » dans l’action en justice.

« À ces occasions, Pekkar a préparé Jane et lui a fait croire que les abus étaient innocents et consensuels », indique la plainte.

Finalement, le père et la belle-mère de la plaignante ont découvert les abus présumés et, selon la plainte, ont cherché à confronter Pekkar. Ils ont essayé de le piéger en installant une caméra cachée, mais Pekkar l’a repérée et le plan a échoué, selon le procès.

Après cet échec, le père s’est adressé au tribunal rabbinique de Crown Heights, un groupe de rabbins chargé de régler les conflits dans le quartier orthodoxe, selon la plainte. La plaignante affirme que le tribunal a entendu les allégations et la réponse de Pekkar et a rendu une décision.

Le jugement du 27 août 1991, que JTA a examiné, stipule que Pekkar a admis une infraction non spécifiée mais en a nié une autre.

« Le défendeur a admis avoir fait des choses qui ne doivent pas être faites », dit le jugement en hébreu. « En revanche, il n’a pas admis la totalité (le cœur du problème) de la tromperie dont il était accusé ».

Le tribunal rabbinique a déclaré que Pekkar avait reçu l’ordre de suivre un traitement avec un « conseiller expert », mais n’avait pas présenté de preuves montrant qu’il l’avait fait.

Des milliers de personnes participent à la cérémonie publique annuelle d’allumage de la ménorah de Chabad-Lubavitch au pied de la Tour Eiffel à Paris, le dimanche 6 décembre 2015, la première nuit de Hanoukka. (Chabad.org/Thierry Guez)

Le père de la plaignante n’était pas satisfait de la décision du tribunal mais, se sentant impuissant, il est passé à autre chose, affirme le plaignant.

« Après l’échec de la procédure devant le tribunal rabbinique, [le père de la plaignante] a démissionné de son poste chez Pekkar et a éloigné sa famille de lui », selon l’action en justice. « Sentant qu’ils n’avaient aucun recours, la famille n’a pas discuté de l’abus, et a simplement fait comme si rien ne s’était passé. »

Une allégation similaire serait probablement traitée différemment aujourd’hui. C’est dû au fait qu’en 2011, deux membres du tribunal rabbinique de Crown Heights ont statué que les actes de maltraitance d’enfants devraient être signalés à la police et que cela est autorisé malgré l’interdiction traditionnelle de livrer les membres de la communauté aux autorités laïques.

La plaignante s’identifie toujours au mouvement Chabad et reste aujourd’hui une adepte de Schneerson, rapporte le Daily Beast.

« Pendant toute une décennie, [Schneerson] a allumé [la ‘hannoukkia] et l’a aimée, et il a aimé quelque chose qui n’était pas saint », aurait-elle déclaré. « Il a touché un mensonge. Et s’il le savait, peut-être qu’il ne l’aurait pas touché. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...